VII

Les découvertes anglaises de 1497 & l'essai de colonisation de 1498,

bientôt connus en Espagne & en Portugal, y éveillèrent la crainte d'une

concurrence inattendue dans la recherche des richesses dont on s'était

promis la possession exclusive, & des expéditions y furent aussitôt

projetées à l'encontre de cette méconnaissance de leurs prétendus

droits.

On a cru retrouver dans une lettre royale datée de Séville le 6 mai

1500, & dans quelques autres circonstances douteusement significatives,

les indices d'une entreprise méditée par l'Espagne, mais qui n'eut point

alors de suites sérieuses.

Le Portugal fut plus actif: une expédition fut confiée dès l'année 1500,

par le roi Emmanuel à Gaspard Cortereal, qui partit de Tercère avec deux

navires, s'avança tout d'abord jusqu'à 50° de latitude ou davantage, &

reconnut, jusqu'à un fleuve chargé de glaçons, Rio Nevado, la grande

terre qui fut alors appelée de son nom & que l'on désigne aujourd'hui

sous celui de Labrador. Revenu heureusement à Lisbonne, il en repartit

l'année suivante avec ses deux navires; se dirigeant à l'ouest

nord-ouest, il trouva la terre à une distance de deux mille milles, &

courut l'espace de six à sept cents milles encore le long d'une côte,

arrosée de fleuves nombreux & couverte de grands bois, qu'il supposa

devoir être la continuation de celle qu'il avait vue dans le nord

l'année précédente, mais jusqu'à laquelle il ne pouvait tenter d'arriver

cette fois, à cause des glaces: le pays était très-peuplé, & il ne se

fit pas scrupule d'y enlever un certain nombre d'habitants, dont il

garda cinquante à son bord, & plaça huit autres sur la seconde de ses

caravelles. Celle-ci rentra à Lisbonne le 8 octobre 1501, mais l'autre,

attendue d'heure en heure, de semaine en semaine, ne reparut plus.

Michel Cortereal résolut d aller à la recherche de son frère, & partit

au printemps de 1502 avec trois navires pour aller fouiller séparément

toutes les rivières de la côte, fixant au 20 août un rendez-vous

général en un lieu convenu, pour le retour; mais il ne s'y trouva point

lui-même, & les deux autres navires, après l'avoir vainement attendu,

revinrent seuls en Portugal, où l'on n'eut plus aucune nouvelle de son

sort.

Dans l'intervalle, d'autres Portugais des Açores, Jean Gonçalves, Jean

& François Fernandes, s'associaient à des armateurs de Bristol,

Richard Warde, Thomas Ashehurste & Jean Thomas, pour une expédition de

découverte en ces parages, & obtenaient avec eux à cet effet, du roi

Henri VII, des lettres de privilége, données ä Westinster le 19 mars

1501, en conséquence desquelles deux voyages paraissent avoir été

exécutés cette même année & la suivante. A la fin de celle-ci, une

nouvelle association fut concertée pour le même objet entre les deux

Portugais Jean Gonçalves & François Fernandes, & les deux armateurs de

Bristol Hugues Elyot & Thomas Ashehurste, qui obtinrent pareillement des

lettres royales données à Westminster le 9 décembre 1502, & en vertu

desquelles paraissent avoir été exécutés en 1503, 1504, & 1505 des

voyages successifs, dont on retrouve quelque trace, comme pour les deux

précédents, dans les comptes de dépenses de la cassette particulière du

roi Henri VII: on peut même conjecturer qu'il se tentait dès lors de

nouveaux essais de colonisation, puisqu'un prêtre faisait partie de

l'expédition de 1504.

Bref récit et succincte narration de la navigation faite en MDXXXV et MDXXXVI par le capitaine Jacques Cartier aux îles de Canada, Hochelaga, Saguenay et autres · 第 7 / 18 题