M. Séneschal en était presque interloqué.

--Que pensez-vous donc, monsieur? interrogea-t-il.

--Que monsieur de Boiscoran doit être innocent, répondit le jeune

avocat. (Et sans permettre une objection:) C'est, insista-t-il, l'avis

d'un homme dont nulle considération ne trouble le jugement. J'arrive,

sans idée préconçue, je ne connais pas plus monsieur de Claudieuse que

monsieur de Boiscoran. Un crime a été commis, on m'en dit les

circonstances, et tout aussitôt je reconnais que les raisons mêmes qui

ont fait arrêter le prévenu me feraient le mettre en liberté.

--Oh!...

--Je m'explique: si monsieur de Boiscoran est coupable, il a montré, par

la façon dont il a reçu monsieur Galpin-Daveline, une puissance sur soi

inouïe et un incomparable talent de comédien. Donc, s'il est coupable,

il est très fort.

--Cependant...

--Permettez. S'il est coupable, il a fait preuve dans son interrogatoire

d'une absence de sang-froid insigne, et, tranchons le mot, d'une

imbécillité sans nom. Donc, s'il est coupable, il est très faible.

--Mais...

--Pardon, j'achève. Le même homme peut-il être à la fois si fort et si

faible que cela? Décidez... Il y a plus: si monsieur de Boiscoran était

coupable, c'est à Charton et non au bagne qu'il faudrait l'envoyer, car

tout autre qu'un fou eût jeté l'eau où il avait lavé ses mains noires de

charbon et enterré n'importe où ce fusil Klebb, que la prévention

brandit si victorieusement.

--Jacques est sauvé! s'écria M. de Chandoré. M. Séneschal n'était pas si

prompt à l'enthousiasme.

--C'est spécieux, fit-il. Malheureusement, il faut autre chose qu'une

déduction, si logique qu'elle soit, à des juges qui ont les mains

pleines de preuves...

--On leur en trouvera de plus fortes.

--Que comptez-vous donc faire?

--Je ne sais pas... Je viens de vous dire ma première impression;

maintenant, il faut que j'étudie l'affaire, que j'interroge les gens, à

commencer par le vieil Antoine.

La corde au cou · 第 42 / 106 题