XIX

Conclusion.

Nos lecteurs ont pu voir que le territoire du Yukon est une grande et

rude contrée, riche en minéraux et appelée sous ce rapport à un grand

avenir.

Ils ont pu conclure aussi de ce que nous avons raconté que ce n'est pas

le premier venu qui peut s'y rendre dans l'espoir d'y faire fortune en

ramassant les pépites sur les placers.

Il faut, pour y aller: de l'argent, de la santé, de l'énergie, surtout

de l'énergie et encore de l'énergie.

Le voyage à lui seul exige une somme assez ronde. Le prix du passage de

l'Atlantique n'est qu'une faible fraction du total; il y a ensuite à

traverser le continent américain, puis à prendre un vapeur jusqu'à

Skagway, de là à aller par chemin de fer ou train d'animaux de bât à

Bennett, et finalement de Bennett à Dawson par bateau; tous ces frais

réunis peuvent s'élever à 1 750 francs en voyageant en seconde classe et

à plus de 2 000 francs en première. Puis le retour coûtera une somme

égale. Mais ce n'est pas tout: il faut des vêtements, des vivres, des

outils, du moins si l'on va là-bas comme prospecteur ou mineur. Sans

doute, tout maintenant se trouve en abondance sur place, à Dawson; mais

à quels prix? Nous en avons donné des exemples. Et puis, une fois là,

même muni de tout ce qu'il faut pour prospecter, on doit s'attendre à

beaucoup de mécomptes, de travaux pénibles, de perte de temps.

Supposez qu'un jeune homme plein de vigueur et d'enthousiasme parte de

Dawson à la recherche de l'or; il découvrira bien vite que, sur un rayon

de 100 kilomètres, tous les creeks sont occupés et que le terrain a déjà

été très bien fouillé. Ce n'est pas à dire qu'on n'y puisse plus rien

trouver, mais c'est difficile.

[image: TOTEMS À SITKA.--PHOTOGRAPHIE DE LA ROCHE, À SEATTLE.]

S'il veut aller plus loin, il lui faut emporter ses vivres, ses outils

et ses couvertures. Un très robuste gaillard peut porter jusqu'à 50

kilos sur son dos, mais c'est exceptionnel. La moyenne des chercheurs

d'or ne peut prendre que la moitié de cette charge, soit 25 kilos, car

il faut bien se rendre compte qu'on ne suivra pas une route

départementale, ni même un chemin vicinal, mais un sentier gravissant et

descendant sans les contourner toutes les aspérités du terrain, quelque

abruptes qu'elles puissent être. Une fois en route, il faut plonger dans

des fondrières d'une boue épaisse qui s'attache comme de la glu à vos

jambes, franchir des torrents ou des bras de rivière sur un tronc

d'arbre frêle et oscillant jeté en travers du courant et sur lequel on

doit s'aider des pieds et des mains, traverser la forêt si dense que les

branches vous fouettent le visage jusqu'à l'ensanglanter, à moins que

vous ne préfériez vous tailler un passage un peu plus libre à coups de

hache ou de machete. Si de ces 25 kilos on déduit le poids des

couvertures et des instruments du mineur, il ne restera que peu de chose

pour les aliments. Avec cela on ne va pas loin, peut-être 4 ou 5 jours,

mettons 10 au maximum. Dans cet intervalle-là on ne fait pas grande

avance, car il faut calculer le temps du retour aussi bien que celui de

l'aller, et alors que reste-t-il pour prospecter? Absolument rien.

D'aucuns obvient à cette difficulté en faisant une cache à une certaine

distance et en l'approvisionnant amplement, quitte à repartir de là

comme d'une base d'opérations pour s'avancer plus loin dans l'intérieur,

en établissant d'autres caches plus en avant et ainsi de suite.

Mais la saison est courte: trois mois environ. Aussi, après toutes ces

marches et contre-marches, il reste fort peu de temps pour travailler

aux fouilles. Et ceci non plus n'est point facile, le sol étant partout

recouvert d'une couche épaisse de mousse qui en masque entièrement la

surface, de sorte que les indices sont presque entièrement absents. Il

faut tâtonner et deviner, puis débarrasser le terrain de son manteau de

végétation, et alors on trouve le sol gelé à une grande profondeur. Nous

avons montré par quels procédés on le dégèle. Souvent, après avoir

beaucoup peiné pour creuser un puits profond de 5, 10 ou 20 mètres, on

trouve des «couleurs», c'est-à-dire des parcelles d'or, mais en quantité

insuffisante pour exploiter le claim avec profit. Il faut alors pousser

plus loin et recommencer les mêmes opérations avec la même difficulté,

sans être sûr d'avoir plus de succès.... On doit avouer que, pour mener

cette existence le plus souvent solitaire (car un parti de prospecteurs

se disperse généralement dans toutes les directions afin d'augmenter les

chances de découvertes), il faut une dose peu ordinaire de patience

obstinée et de force d'endurance.

Que si vous avez 2 000 ou 3 000 francs disponibles, vous pouvez les

placer sur un cheval de bât qui portera 100 à 125 kilos de votre bagage,

et alors vous pourrez cheminer plus à votre aise et racheter le temps,

car il vous sera possible de voyager en ligne droite et sans arrêt dans

la région déjà explorée. Mais les obstacles habituels subsistent.

[image: RENNES IMPORTÉS PAR LE GOUVERNEMENT DES ÉTATS-UNIS À

SEATTLE. PHOTOGRAPHIE DE LA ROCHE, À SEATTLE.]

Une santé de fer et un coeur bardé de l'_oes triplex_ des anciens sont

donc de toute nécessité pour affronter les périls de ce pays où tout est

extrême: aride, désert, désolé, là où il est pauvre, et livrant des

trésors incalculables et inépuisables là où il est riche, excessivement

froid et excessivement chaud. Le thermomètre parcourt la gamme la plus

étendue connue, de 40° au-dessus en été jusqu'à 50° et davantage

au-dessous en hiver. Il y a peu de neige, excepté sur les montagnes.

Pourtant, dans ces froids extrêmes, l'air est très sec et calme, ce qui

permet de les supporter avec une facilité relative. L'hiver commence

d'ordinaire après la mi-septembre et continue jusqu'à fin mai; on dit

que les mineurs ne possédant pas de thermomètre laissent leur mercure

dehors toute la nuit. Si au matin ils le trouvent gelé, c'est un signe

qu'il vaut mieux rester à la maison ce jour-là, le froid étant trop

intense pour permettre de travailler.

De la mi-juin aux premiers jours d'août il n'y a pas de nuit, et les

travaux ou les marches peuvent se poursuivre sans interruption; par

contre, en hiver, il n'y a guère qu'un peu plus de 4 heures de jour dans

les 24 heures; le reste du temps, on est illuminé par l'éclat d'une

chandelle à l'intérieur, des étoiles et de la neige au dehors.

Voici maintenant quelques détails sur la manière de travailler les

placers du Klondyke; il est évident que la nature du climat et

l'éloignement des lieux suffisent à eux seuls pour fixer le caractère et

les conditions d'exploitation des claims. D'abord quant à la façon de

jalonner un claim: le prospecteur mesure 250 pieds (autrefois c'étaient

500 pieds) dans la direction de la vallée; la largeur en est déterminée

par les bancs du ruisseau, de telle sorte que le claim court d'une base

à l'autre des collines ou des montagnes le long d'une ligne imaginaire

aérienne à trois pieds au-dessus du niveau de l'eau. S'il n'y a pas

encore de claims jalonnés sur ce creek, le claim est connu sous le nom

de «découverte», et le piquet porte le nº 0. Le claim suivant jalonné en

amont est marqué nº 1, et s'appelle nº 1 _au-dessus_; celui à côté du nº

0, en aval, est aussi marqué nº 1, mais est nommé nº 1 _au-dessous_, et

ainsi de suite. Il ne peut donc y avoir deux claims avec le même numéro

sur chaque creek (ruisseau). Un claim situé à une distance de moins de

15 kilomètres du bureau du commissaire de l'or doit être enregistré dans

les trois jours qui suivent sa location, et si c'est une «découverte»,

la preuve doit être fournie par la présentation de l'or qu'on y a

trouvé. Un jour additionnel est accordé par chaque 15 kilomètres de

distance du bureau. Le droit d'enregistrement d'un claim est de 15

dollars. Une taxe de 10 pour 100 sur l'or miné est levée par des

officiers nommés à cet effet.

Dès que le prospecteur a piqueté un claim, il fait une épreuve

expérimentale au pan. Cela peut donner très peu d'abord, mais si l'on

considère que du gravier livrant 5 sous d'or au pan est une quantité

payante, on verra que l'étalon du mineur n'est pas si élevé, après

tout.

M. Ogilvie dit: «Quant à la quantité qui donne des résultats

satisfaisants, on considère que 10 sous le pan avec une épaisseur de 3

ou 4 pieds de gravier aurifère est une affaire excellente.»

Après qu'on s'est ainsi assuré que le claim vaut la peine d'être

travaillé, il faut préparer les boîtes à laver (_sluice-boxes_). Au

Klondyke, cet article est fort rare et fort cher, si on se le procure à

la scierie. Le mineur industrieux abattra lui-même assez d'arbres pour

se faire les planches nécessaires à la construction des boîtes. Les

boîtes ainsi obtenues sont mises en position et tout est prêt pour

l'opération du lavage, mais il faut maintenant jeter le gravier

aurifère, qui repose toujours sur le _bed rock_; or le plus souvent une

autre couche de gravier (celui-ci non aurifère) existe entre la couche

payante et la surface. Il arrive quelquefois qu'il faut enlever dix ou

quinze mètres de terrain avant d'atteindre l'aurifère. Comme il serait

trop long et coûteux de déplacer cette tranche improductive, on fore des

puits jusqu'au fond du gravier, et on perce des galeries souterraines le

long de la couche payante. Le moyen dont on se sert est intéressant, vu

que c'est en hiver seulement qu'on peut l'employer: en effet, pendant

l'été, et jusqu'à la fonte des neiges, la surface est couverte de

torrents bourbeux. Plus tard, la neige étant partie, les sources

commencent à geler, les courants se dessèchent et bientôt toute la masse

de la surface jusqu'au lit de roche est congelée solidement; c'est alors

qu'il est possible de pénétrer à l'intérieur du sol en faisant des feux

sur l'aire où l'on veut creuser et en maintenant ces feux allumés

pendant plusieurs heures. Au bout de ce temps, le terrain se sera dégelé

et amolli à une profondeur de six pouces peut-être. On enlève cette

tranche aisément; un autre feu est allumé sur le même emplacement et

ainsi de suite jusqu'à ce que le gravier aurifère soit atteint. Quand le

puits est foré à cette profondeur, des galeries sont ouvertes dans

plusieurs directions, toujours au moyen des feux. Le sautage à la mine

n'aurait pas d'effet à cause de la dureté du terrain. Le gravier

contenant l'or est sorti des galeries au moyen de treuils établis à

l'ouverture du puits et mis en tas jusqu'en été, c'est-à-dire jusqu'au

moment où les torrents recommencent à couler; alors il est jeté à la

pelle dans les sluices-boxes et lavé.

Pour les claims de bancs ou de collines où l'eau est très rare, il faut

faire usage du _rocker_ (berceuse), qui est une simple boîte longue d'un

mètre et un peu moins large, faite de deux compartiments posés l'un sur

l'autre. Le supérieur étant très peu haut, ayant pour fond une feuille

de tôle percée de trous d'un centimètre et demi de diamètre, l'inférieur

contient un plan incliné à peu près au milieu de sa hauteur et sur

lequel est une épaisse couverture de laine. L'appareil est monté sur

deux morceaux de bois en arc de cercle ressemblant à ceux d'un berceau.

Quand on veut en faire usage, on le pose sur une couple de grosses

branches ou planches, afin qu'il soit balancé aisément. Pour s'en

servir, il faut creuser un trou dans lequel une quantité suffisante

d'eau s'amasse, puis le mineur trie et met de côté les cailloux et le

gros gravier, rassemblant en un tas le fin gravier et le sable près du

rocher. Il en remplit la boîte supérieure, et imprime d'une main le

mouvement de balancement au rocker, tandis que de l'autre il arrose

copieusement le gravier. Les petits fragments passent à travers les

trous dans le compartiment du dessous, sur la couverture, qui arrête et

retient les fines particules d'or, tandis que les sables et la terre

roulent par-dessus et tombent au fond sur le plan incliné de la boîte,

de manière que cette matière sans valeur est rejetée à l'extérieur.

En travers du fond de la boîte sont fixées de minces baguettes le long

desquelles on place du mercure qui s'amalgame à l'or ayant glissé de la

couverture. Si l'or est en pépites, les plus larges restent dans le

compartiment supérieur, leur poids les retenant jusqu'à ce que la

matière plus légère ait passé outre, et les plus petites sont retenues

par une baguette placée à l'extrémité extérieure du fond de la boîte. La

couverture est sortie de temps à autre et rincée dans un tonneau. Si

l'or est fin, on met du mercure au fond du baril pour qu'il puisse

s'amalgamer à l'or.

L'usage des «boîtes à laver» (_sluices_) est préféré, quand il y a ample

provision d'eau avec une chute suffisante.

Des planches sont assemblées de façon à former une boîte de dimensions

convenables, soit d'environ 2 mètres de long, 50 centimètres de large et

30 de haut. Des baguettes sont fixées en travers du fond à intervalles

réguliers, ou bien encore des trous ne traversant pas la planche sont

pratiqués dans le fond et disposés de telle sorte qu'une parcelle d'or

voyageant en ligne droite ne pourrait manquer de se loger dans un de ces

trous. Plusieurs de ces boîtes sont mises en place, s'emboîtant l'une

dans l'autre, et inclinées. Un courant d'eau est alors dirigé dans la

boîte supérieure; puis le gravier amassé tout près des boîtes est jeté

par pelletées dans la boîte supérieure, et est lavé par l'eau courante.

L'or est retenu par son poids et arrêté par les baguettes ou les trous

mentionnés plus haut. S'il est fin, on place du mercure dans la boîte

pour le saisir. De cette façon on peut dans le même temps laver trois

fois plus de gravier qu'avec le rocker, et par conséquent on recueille

trois fois plus d'or.

Les boîtes ayant fini leur service sont brûlées, et leurs cendres sont

lavées pour leur faire rendre l'or qu'elles contiennent.

C'est donc l'hiver qui est la saison active du travail sur les placers,

comportant surtout des claims de rivières et partant impossibles à

exploiter en été.

Mais outre ces claims de ruisseaux, du bancs et de ravins qui se

trouvent au fond de la vallée et sur ses flancs immédiats, on a

découvert vers le mois de mars 1898 une série phénoménale de claims à

des hauteurs variant de 100, 200, 300 mètres au-dessus du niveau du

ruisseau sur Eldorado et Bonanza Creek. Il paraîtrait qu'elles marquent

les bords de l'ancien lit de la rivière; l'eau s'est depuis creusé un

lit de plus en plus profond, mais l'or a été déposé sur les bancs comme

il l'est aujourd'hui à plusieurs centaines de pieds plus bas. Le premier

de ces claims de montagnes fut découvert par Bourke, qui, pauvre

manoeuvre sans argent et sans autre ressource que ses bras, s'était vu

obligé de travailler à gages sur un claim de l'Eldorado.

Au mois de mars donc, il vit scintiller de l'or dans le sillon tracé par

les troncs d'arbre qu'il charriait. Il retourna là pour fouiller le

terrain, mais ne trouva rien d'abord. Bientôt ensuite, à plus de 20

pieds de profondeur, il trouva une couche de gravier fort riche, qui lui

rapporta, dit-on, plus de 25 000 dollars; puis il vendit son claim 50

000 dollars. C'était à French Gulch, en face du nº 17 Eldorado, et à 300

ou 400 pieds au-dessus du creek. Quelques-uns de ces claims se

trouvèrent être extrêmement riches, et leurs dimensions furent réduites

à 100 pieds de côté, puis on les reporta à 250 pieds. Des investigations

ultérieures firent retrouver l'ancien chenal en face du nº 31 de

l'Eldorado, sur la rive droite et au-dessus de l'embouchure du creek

d'Oro Grande. Ces claims s'étendent tout le long de la vallée

d'Eldorado, sur un niveau à peu près uniforme et dans la vallée de

Bonanza. Ils commencent vers le nº 60 au-dessous, sur la rive gauche, à

environ 150 mètres de haut, dans la direction des Fourches. Les claims,

sans motif apparent, passent la rivière et occupent ainsi les deux

rives. Au nº 17, l'Adams Creek vient de l'Ouest, et entre l'Adams et

l'Eldorado, et longeant le Bonanza, se voient les fameux claims de

montagne de Petit Skookum et de Grand Skookum, qui ont livré jusqu'à 100

dollars par heure et par homme.

Une scène de grande activité minière a pour théâtre les rives de ces

ruisseaux sur tout leur parcours, qui est de 30 kilomètres pour Bonanza

et de 12 pour Eldorado. Le sol est couvert de huttes, de monceaux de

gravier, de fossés, de boîtes à laver. Au-dessous de sa surface le

terrain est littéralement criblé de trous de puits, de tranchées, de

tunnels, de galeries latérales, tandis que sur la première et la seconde

rangée des bancs et le long de la roche, des fouilles et des tunnels

mettent à découvert de grandes quantités d'or grossier reposant sur le

fond pierreux.

La méthode aujourd'hui en usage pour travailler les claims de ruisseau

(_creek_), de ravin (_gulch_), de bancs (_bench_) et de collines (_hill

claims_), est de creuser des puits et des galeries, bien que dans

certains cas on ait ouvert des tranchées jusqu'au lit de roche (_bed

rock_); des pompes refoulant l'eau d'infiltration et de surface, le

gravier aurifère est jeté par pelletées sur des tables d'où on le

rejette dans les boîtes à laver. La lenteur du courant est une grande

entrave à l'application du minage rapide et facile. Les puits et les

tranchées se remplissent bien vite d'eau; le plan incliné en général

n'offre pas un degré suffisant pour le lavage en boîtes, et de plus il

n'y a pas d'espaces où entasser les énormes amas de gravier, à moins

qu'on ne les laisse sur son propre claim ou qu'on ne les emprunte à

celui du voisin.

Les puits creusés jusqu'au _bed rock_, avec leurs galeries latérales,

sont opérés pendant les mois d'hiver, alors que le sol est gelé,

compact, et qu'il n'y a pas d'eau de surface. Comme le terrain est trop

dur pour être attaqué avec succès, même avec la meilleure pique, on le

dégèle au moyen de grands feux de bois qu'on allume le soir. En quelques

heures, il est devenu assez friable, sur une profondeur de quelques

centimètres, pour être creusé sans difficulté le jour suivant, et on

procède ainsi à tour de rôle, avec le feu d'abord, puis avec le fer. Il

en est de même quand on est arrivé à la couche «payante» (_pay streak_),

qui se trouve de 3 à 7 mètres de profondeur, et dont l'épaisseur varie

de quelques centimètres à 1 mètre ou 1m,50.

Pour l'extraire de la base des puits, on ouvre des galeries courant dans

toute l'épaisseur de la couche payante, qu'on hisse à la surface au

moyen de treuils placés au-dessus de l'ouverture des puits. Elle est

mise en tas et laissée là jusqu'au printemps suivant pour être lavée. Ce

lavage est effectué au moyen de _sluices_ et de _rockers_. On ne fait

presque pas de puits ni de galeries dans les mois d'été, ou plutôt on

n'en fait que si les claims sont secs et élevés, ce qui est rarement le

cas. En quelques endroits le gravier est recouvert de détritus et de

marne, parfois sur une épaisseur de 20 pieds ou davantage, et forme une

masse congelée toute l'année.

Une autre raison pour laquelle il est presque impossible et souvent

dangereux de prospecter en été, c'est la présence dans le sol de gaz

délétères qui tuent parfois d'imprudents mineurs. L'été dernier, il y a

eu, sur les creeks, plusieurs cas d'asphyxie mortelle dus à cette

cause.

On estime que la production d'or du Klondyke en 1897 a été de 6 000 000

de dollars, soit 30 000 000 de francs; trois des experts les plus

compétents, et que nous avons déjà cités, donnent pour 1898 une

évaluation moyenne de 10 000 000 de dollars ou de 50 000 000 de francs,

tandis que pour cette même année la production de l'or du monde entier a

été de 237 504 800 dollars, soit en francs 1 187 500 000, les trois

principaux producteurs étant l'Afrique avec 58 306 000 dollars, soit 291

500 000 francs, les États-Unis avec 57 363 000 dollars, soit 286 800 000

francs, et l'Australie avec 55 684 200 dollars, soit 278 400 000 francs.

On le voit, le Klondyke est encore bien en arrière, mais si l'on tient

compte du petit nombre d'années d'exploitation, deux ou trois ans au

plus, du mode primitif et absolument insuffisant de l'extraction, si de

plus on réfléchit que le terrain des creeks même les plus rapprochés de

Dawson, par conséquent les plus faciles à exploiter, n'a pour ainsi dire

été qu'effleuré et que, selon les prévisions de gens compétents, on

retirera l'an prochain 30 000 000 de dollars, soit 150 000 000 de francs

du Klondyke, tandis que la production totale des deux creeks seulement

du Bonanza et de l'Eldorado est évaluée de 300 à 400 millions de francs,

on concluera que ce territoire a en perspective le plus brillant avenir

minier.

Mais encore un coup, pour arracher ses richesses à cette terre marâtre,

il faut un assemblage peu commun de qualités physiques et morales avec

le concours de ressources financières assez importantes.

Le mineur ou le prospecteur a dans ces régions-là des obstacles presque

surhumains à surmonter, des ennemis terribles à vaincre, entre lesquels,

pour n'en citer que quelques-uns, il y a le froid intense, la nuit

presque continuelle d'un long hiver, les moustiques, l'humidité, la

fièvre, le scorbut qui, après une saison ou deux, attaque presque

invariablement quiconque a été privé, comme c'est le cas général, de

viande et de légumes frais. Et puis, comme on l'a vu plus haut, si

quelques-uns ont la chance de découvrir le claim qui «paye», il y en a

des centaines et des milliers qui voient leurs cheveux blanchir, leur

échine se voûter, leurs illusions s'envoler, sans avoir réussi qu'à

vivoter bien chétivement pendant les longues et pénibles années de leurs

pérégrinations à la recherche de l'or.

Après tout, n'est-ce pas Dieu qui fait le riche et le pauvre, qui

abaisse et qui élève?

Aux mines d'or du Klondike du lac Bennett à Dawson City · 第 22 / 24 题