LES EMPRUNTS.

On conçoit sans peine qu'il était impossible avec un budget qui montait

en 1814 à 637 millions au chapitre des dépenses, et à 814 millions en

1815, de faire lace aux exigences de la situation. Il était donc

indispensable de faire appel au crédit.

Déjà, il avait été nécessaire d'inscrire au grand livre des titres de

rentes pour une somme approximative de 36 millions de revenu, afin de

donner aux puissances alliées la garantie stipulée au traité de paix.

Cette opération ne constitua, à vrai dire, qu'une remise de rentes.

Ce n'est qu'en mai 1810 que le premier emprunt fut émis: il était de 6

millions de rentes 5 pour 100 au prix moyen de 57 fr. 20 c.

Une loi du 25 mars 1817 autorisait un second emprunt de 30 millions de

rentes. Après une longue discussion législative, le ministre des

finances, M. Corvetto, fut autorisé à traiter avec la maison Hope et

Baring (de Londres et d'Amsterdam), par opérations successives. Ces

négociations produisirent un capital de 345 millions. L'emprunt

ressortait à 8 fr. 00 pour 100 en moyenne, tandis que le premier s'était

élevé à 9 francs.

Le 9 mai 1818, un troisième emprunt de 14 millions 800 francs de rentes

fut émis sous une forme nouvelle. Les souscriptions publiques devaient

être de 5,000 francs de rentes au moins: quant au prix, il n'était pas

fixé, et ne devait l'être qu'après le relevé des demandes. Malgré la

forme singulière de cet emprunt, qui fut d'ailleurs vivement critiqué à

l'époque et donna lieu à plusieurs discussions au sein des chambres, le

résultat surpassa tout ce que l'on attendait: pour 14 millions 600

francs de renies demandés aux capitalistes, on eut 163 millions de

soumissions; l'emprunt fut donc couvert onze fois environ.

Le quatrième emprunt fut conclu le 9 octobre 1818 avec la maison Hope et

Baring, au cours de 67 francs; il produisit 105 millions de francs

destinés à nous acquitter en partie de la contribution de guerre.

Ce payement effectué, nous ne restions plus débiteurs vis-à-vis de

l'étranger que d'une somme de 100 millions. L'article 14 du traité du 20

novembre 1815 autorisant la France à s'acquitter des 100 derniers

millions par la remise d'un litre de rente au cours moyen d'alors, le

gouvernement français inscrivit au grand livre un nouveau titre de plus

de 6 millions 500,000 francs, au cours de 75 fr. 57. Les puissances

étrangères vendirent ce titre à la maison Hope et Baring.

Malheureusement, il survint à ce moment à la Bourse de Paris une crise

tellement violente que de plus de 75 francs, la rente tomba alors à 60

francs. La maison Hope et Baring fit alors observer que comme il lui

était impossible de garder en portefeuille toutes ces rentes, elle

allait surcharger le marché et amener une baisse plus considérable. Le

traité fut alors résilié; la rente de 6 millions 615,000 francs fut

rendue à la France, qui acquitta les 100 millions dont elle était

redevable en bons du Trésor.

La liquidation financière n'était pas encore terminée, et puisque nous

avons énuméré les charges qui pesaient sur la France après les

Cent-Jours, il nous faut suivre jusqu'à la fin ces opérations.

La loi de 1817, votée grâce à l'intervention du baron Louis, portait que

l'arriéré serait payé par des reconnaissances de liquidation que le

Trésor acquitterait par cinquièmes, à partir de 1821. A cette époque, le

ministre des finances, M. Roy, offrit aux créanciers de les payer, soit

en numéraire, soit en annuités 6 pour 100, soit en annuités 4 pour 100

avec 2 pour 100 de lots et de primes à leur choix. L'arriéré à payer

cette année étant de 60 millions, 50 millions d'annuités 4 pour 100 avec

lois furent réclamés.

Ce résultat, peut-être inattendu, méritait d'être signalé dans ce rapide

récit de la liquidation financière de 1815. Il constitue, en effet, un

précédent instructif, et servit de base à une combinaison proposée plus

tard, et que nous retrouverons lorsque nous aurons à raconter les

efforts que la France dut faire une fois encore pour remédier aux

désastres de la plus terrible des invasions.

En 1821, un cinquième emprunt de 12 millions 514,000 francs de rentes

fut adjugé à MM. Hottinger, Hope et Delessert.

Enfin, en 1823, eut lieu le dernier emprunt. Il s'élevait à 23 millions

114,000 francs de rentes, mais 19 millions 514,000 francs seulement

étaient imputables à la liquidation antérieure; il fut adjugé à MM.

Rothschild au taux de 89 fr. 55.

La liquidation financière de 1815 était terminée.

L'Illustration, No. 1595, 20 Septembre 1873 · 第 32 / 45 题