La convention relative à la partie militaire débutait par le considérant
suivant: «L'état d'inquiétude et de fermentation dont après tant de
secousses violentes et surtout après la dernière catastrophe, la France
doit se ressentir encore, exigeant pour la sûreté des États voisins des
mesures de précaution et de garantie temporaire, il a été jugé
indispensable de faire occuper, pendant un certain temps, par un corps
de troupes alliées, des positions militaires le long de la frontière de
la France...»
C'est là le caractère distinctif de ce traité. En 1871, c'est pour
garantir le payement de l'indemnité de guerre que l'occupation a lieu;
en 1815, c'est uniquement par suite de considérations politiques.
Cette convention ne laissait à la France qu'un délai de dix jours pour
remettre entre les mains de leurs nouveaux possesseurs les places qui
nous étaient enlevées.
L'armée d'occupation, forte de 150,000 hommes, était ainsi composée:
l'Autriche, l'Angleterre, la Russie, la Prusse donnèrent chacune 30,000
hommes, la Bavière 10,000, le Danemarck, la Saxe, le Wurtemberg chacun
5,000 hommes.
La ligne militaire que ces troupes devaient occuper s'étendait le long
des frontières qui séparent les départements du Pas-de-Calais, du Nord,
des Ardennes, de la Moselle, du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, de l'intérieur
de la France. Chaque corps d'armée étranger était autant que possible
placé de façon à conserver les lignes de communication avec son pays.
Les Prussiens espéraient, sans doute, que l'honneur de commander en chef
l'armée d'occupation reviendrait à un de leurs généraux, Blücher par
exemple; mais, heureusement pour la France, leur attente fut déçue:
c'est le duc de Wellington qui fut choisi. Son autorité était d'ailleurs
plutôt nominative qu'effective; il n'avait, en effet, le droit
d'intervenir vis-à-vis des soldats des puissances alliées que dans un
intérêt stratégique. Pour tout ce qui concernait la discipline,
l'administration, les divers corps d'armée n'avaient à recevoir d'ordres
que de leurs chefs respectifs.
[Illustration: SOUVENIRS DE LA CAPTIVITÉ.--L'Exécution.]
[Illustration: TYPES ET PHYSIONOMIES D'IRLANDE.--Meurtre d'un landlord
par son tenancier.]
Dans le but d'éviter tout conflit entre l'armée d'occupation et les
troupes françaises, on décida l'établissement d'une zone neutre qui
comprenait la partie du département de la Somme, située au nord de cette
rivière, les districts de Saint-Quentin, Vervins, Laon, Reims,
Sainte-Menehould, Vitry, Saint-Dizier, Joinville, Toul, Dieuze,
Sarrebourg, Blamont, Saint-Dié, Baugères; Remiremont, Lure et
Saint-Hippolyte.
Un article spécial autorisait le gouvernement français à entretenir,
dans les lignes situées entre les territoires occupés, des troupes dont
l'effectif était déterminé.
La convention arrêtée et signée, l'ordre d'évacuation fut donné. Certes,
ce n'était pas encore la libération, puisque pendant cinq années encore,
la France devait supporter la présence de l'étranger; c'était du moins
un adoucissement notable.
Le duc de Wellington fut chargé de se concerter avec le gouvernement
français pour accélérer le plus possible le départ des innombrables
troupes qui se trouvaient en France; il fut convenu que cette évacuation
serait faite dans un délai de vingt et un jours, à compter de la
signature du traité de Paris. Ce n'est cependant que vers la fin de
décembre 1815 que l'évacuation fut enfin terminée.
Les troupes alliées, officiers et soldats, montraient peu d'empressement
à abandonner cette riche terre de France.