Le Chinois est joueur. Le jeu est, en Chine, une passion commune à
toutes les classes de la société. Du plus petit au plus grand, tout le
monde joue. On rencontre dans les rues de Pékin une foule de petits
tripots ambulants, où l'ouvrier ne perd que trop souvent le soir le
fruit de son travail de la journée. Les marchands, les gens riches se
réunissent, pour jouer, dans les maisons de thé, qui sont, dans le
Céleste-Empire, ce que sont chez nous les cafés.
Plus ou moins luxueuses, suivant leur clientèle habituelle, ces maisons
se reconnaissent au laboratoire qui occupe le fond de la salle
principale, et qui est garni d'immenses bouilloires et de théières non
moins grandes. Les habitués y passent une partie des nuits, sinon la
nuit entière, à jouer aux cartes, aux dés, aux dominos et aux dames.
A l'inverse de chez nous, les cases du damier chinois sont rondes et les
dames carrées.
Mais ce n'est pas le jeu des joueurs de profession. Ceux-ci préfèrent
les dés. Ils se ruinent intrépidement à ce jeu.
Lorsqu'ils n'ont plus d'argent, ils jouent leurs propriétés; les
propriétés perdues, ils veulent les regagner; alors c'est leur famille
qui devient l'enjeu de la partie avant leurs propres personnes, qui
finit aussi par y passer.
Le jeu n'est pas la seule distraction que trouvent les Chinois dans les
maisons de thé; ils y vont aussi fumer l'opium. Pour cela il y a,
attenant à la salle, de petits cabinets garnis de nattes et d'oreillers,
où ils se retirent pour se plonger dans cette fatale ivresse. Beaucoup
de ces maisons possèdent encore un théâtre, où se donnent des
représentations dramatiques, pour lesquelles les Chinois ont un goût
assez vif, qu'ils ne peuvent satisfaire que là, ou sur les places
publiques, les jours de fête, car il n'y a pas de théâtres permanents à
Pékin, et tout le inonde n'est pas assez riche pour en avoir un chez
soi. Il est juste d'ajouter que, chaque fois qu'un personnage loue une
troupe d'acteurs pour donner une représentation sur son théâtre, il y
laisse entrer librement la foule.
La représentation est toujours précédée d'une ouverture, d'après
laquelle on peut juger du misérable état de l'art musical en Chine, car
tous les instruments connus dans le Céleste-Empire y figurent. Ils ne
sont pas nombreux. Lorsque nous aimons mentionné la flûte, la guitare,
le violon à une corde, le tambour, et une sorte de petite harpe posée
horizontalement sur une table, nous aurons tout dit, ou peu s'en faut.
Quant à l'effet produit par ces ustensiles divers, n'en parlons pas...