Une dépêche de Madrid annonce que le bombardement de Carthagène a
commencé lundi. Le blocus de la ville était établi du côté de la terre,
mais l'entrée et la sortie du port étaient libres, ce dont les insurgés
profitaient pour envoyer leurs navires se procurer des vivres sur divers
points de la côte. L'amiral anglais, décidé à empêcher tout
bombardement, faisait surveiller les démarches de ces navires. Les
insurgés étaient parvenus à garnir les forts de canons à longue portée
et se préparaient «à une vigoureuse résistance». Peut-être, dans
l'emploi de ces mots, faut-il faire la part de l'exagération espagnole;
en tout cas, il est probable que la capitulation, qu'on regarde comme
inévitable, n'aura lieu qu'après un succès du général Martinez Campos.
Avec le commencement du bombardement de Carthagène, premier acte
d'énergie du ministère Castelar, coïncide l'adoption par les Cortès de
la proposition qui remet en vigueur l'ordonnance militaire sur la peine
de mort.
On sait que c'est au sujet de cette dernière proposition qu'a éclaté
entre les Cortès et le prédécesseur de M. Castelar le différend qui a
causé sa chute. Le cabinet nouveau paraît aussi décidé à appliquer la
mesure que vient d'approuver l'assemblée, qu'il s'est montré ardent à la
soutenir; il y a donc lieu d'espérer que le rétablissement de la
discipline va faire enfin sortir l'armée de cet état de désorganisation
qui a été jusqu'à présent le plus grand obstacle au rétablissement de
l'ordre.