Les nuées s'allègent un peu, puis se résolvent, mais l'air est glacé:
c'est de la neige.
La neige tombe: les feuilles mortes, puis les vertes feuilles des houx
blanchissent sans perdre leur forme, mais la neige tombe toujours plus
épaisse; les feuilles mortes ne sont plus qu'un tapis uniformément
candide et les buissons de houx ressemblent à de blancs agneaux de sel.
On voit arriver, courbés, haletants et aveuglés, le bûcheron et la
bûcheronne; le bûcheron porte sur son dos un gros fagot que surcharge la
neige; la bûcheronne a mis le petit dans son tablier et elle le protège
encore en faisant à sa tête chétive un abri avec sa main tout engourdie.
La neige devient si épaisse et si lourde que les pieds des pauvres gens
ont peine à en soulever le poids. Ils s'arrêtent et se consultent,
pendant que les deux jeunes gens, occupés de leur seul amour, arrivent
et passent; ils ont presque disparu, on ne voit plus que la flottante
chevelure blanche de la jeune femme, quand un coup de vent les rejette
sur la scène et les couche dans la neige. Ils se débattent, ils prennent
pied, ils se relèvent; le vent les couche encore une fois, fauchant du
même coup le bûcheron et la bûcheronne, et le tourbillon amasse sur les
vaincus une montagne de neige aussi haute que la montagne de granit où
l'idole, invisible aux hommes, amuse son sommeil des extatiques rêves de
la stérilité.
La nuit tombe.