CHAPITRE LIX.

Comment Robert de Mauvoisin, suivi de cent chevaliers français,

vint au secours de Montfort.

Les choses étaient en tel état quand le plus noble des guerriers, ce

serviteur du Christ, ce promoteur et principal ami de la cause de Jésus,

savoir, Robert de Mauvoisin, lequel, l'été précédent, s'en était allé en

France, revint, ayant avec lui plus de cent chevaliers français, tous

hommes d'élite, qui l'avaient choisi pour leur chef et maître; et tous,

par les exhortations des vénérables personnages, je veux dire l'évêque

de Toulouse et l'abbé de Vaulx, s'étaient croisés et avaient pris parti

dans la milice de Dieu. Au demeurant, consacrant tout cet hiver[134] au

service de Jésus-Christ, ils relevèrent noblement nos affaires de

l'abaissement où elles étaient alors. Le comte, apprenant leur arrivée,

alla au-devant d'eux jusqu'à Carcassonne, où sa présence fit naître une

joie indicible parmi les nôtres et le plus ardent enthousiasme; puis,

avec lesdits chevaliers, il vint jusqu'à Fanjaux, dans le même temps que

le comte de Foix assiégeait un château appartenant à un des chevaliers

du pays, nommé Guillaume d'Aure, lequel avait pris parti pour Montfort

et l'aidait de tout son pouvoir. Or le comte de Foix avait attaqué

pendant quinze jours ce château voisin de ses domaines, et qu'on nommait

Quier. Les nôtres donc partant de Fanjaux marchèrent en hâte pour le

forcer à lever le siége; mais lui, apprenant la venue des nôtres,

s'éloigna brusquement et s'enfuit avec honte, abandonnant ses machines.

Après quoi, nos gens dévastant sa terre durant plusieurs jours,

détruisirent quatre de ses castels; puis revenant à Fanjaux, ils en

sortirent derechef et se portèrent rapidement vers un château du diocèse

de Toulouse, nommé la Pommarède, qu'ils assiégèrent quelques jours de

suite, et dont enfin ils comblèrent de force le fossé après un vigoureux

assaut; mais la nuit qui survint les empêcha de prendre le fort cette

même fois. Finalement, ceux qui le défendaient voyant qu'ils étaient

presque au pouvoir des nôtres, trouèrent leur mur à l'heure de minuit et

décampèrent secrètement. En ce temps, on vint annoncer au comte qu'un

autre château, nommé Albedun, au diocèse de Narbonne, s'était soustrait

à sa domination. Pourtant, comme il s'y rendait, le seigneur vint

au-devant de lui, et s'abandonna lui et son château à sa discrétion.

[Note 134: En 1212.]

Histoire de l'hérésie des Albigeois, et de la sainte guerre entreprise contre eux de l'an 1203 à  l'an 1218 · 第 66 / 144 题