Comment Robert de Mauvoisin, suivi de cent chevaliers français,
vint au secours de Montfort.
Les choses étaient en tel état quand le plus noble des guerriers, ce
serviteur du Christ, ce promoteur et principal ami de la cause de Jésus,
savoir, Robert de Mauvoisin, lequel, l'été précédent, s'en était allé en
France, revint, ayant avec lui plus de cent chevaliers français, tous
hommes d'élite, qui l'avaient choisi pour leur chef et maître; et tous,
par les exhortations des vénérables personnages, je veux dire l'évêque
de Toulouse et l'abbé de Vaulx, s'étaient croisés et avaient pris parti
dans la milice de Dieu. Au demeurant, consacrant tout cet hiver[134] au
service de Jésus-Christ, ils relevèrent noblement nos affaires de
l'abaissement où elles étaient alors. Le comte, apprenant leur arrivée,
alla au-devant d'eux jusqu'à Carcassonne, où sa présence fit naître une
joie indicible parmi les nôtres et le plus ardent enthousiasme; puis,
avec lesdits chevaliers, il vint jusqu'à Fanjaux, dans le même temps que
le comte de Foix assiégeait un château appartenant à un des chevaliers
du pays, nommé Guillaume d'Aure, lequel avait pris parti pour Montfort
et l'aidait de tout son pouvoir. Or le comte de Foix avait attaqué
pendant quinze jours ce château voisin de ses domaines, et qu'on nommait
Quier. Les nôtres donc partant de Fanjaux marchèrent en hâte pour le
forcer à lever le siége; mais lui, apprenant la venue des nôtres,
s'éloigna brusquement et s'enfuit avec honte, abandonnant ses machines.
Après quoi, nos gens dévastant sa terre durant plusieurs jours,
détruisirent quatre de ses castels; puis revenant à Fanjaux, ils en
sortirent derechef et se portèrent rapidement vers un château du diocèse
de Toulouse, nommé la Pommarède, qu'ils assiégèrent quelques jours de
suite, et dont enfin ils comblèrent de force le fossé après un vigoureux
assaut; mais la nuit qui survint les empêcha de prendre le fort cette
même fois. Finalement, ceux qui le défendaient voyant qu'ils étaient
presque au pouvoir des nôtres, trouèrent leur mur à l'heure de minuit et
décampèrent secrètement. En ce temps, on vint annoncer au comte qu'un
autre château, nommé Albedun, au diocèse de Narbonne, s'était soustrait
à sa domination. Pourtant, comme il s'y rendait, le seigneur vint
au-devant de lui, et s'abandonna lui et son château à sa discrétion.
[Note 134: En 1212.]