Comment vint derechef l'abbé de Vaulx au pays Albigeois pour
raffermir les esprits presque abattus des Croisés.
Dans le même temps, le vénérable abbé de Vaulx-Cernay, Gui, cet homme
excellent, qui embrassait d'un merveilleux amour les affaires de
Jésus-Christ, et, après l'abbé de Cîteaux, était celui qui les poussait
à bonne issue plus que tous les autres, était venu de France à
Carcassonne, à telle fin que de réconforter les nôtres qui étaient alors
dans un grand abattement; et telle était, comme nous l'avons dit, son
ardeur pour les intérêts du Christ, que, dès l'origine de l'entreprise,
il avait couru d'un et d'autre côté par la France, allant et prêchant en
tous lieux.
Or ceux qui étaient en la cité de Carcassonne ressentaient un tel
trouble et frayeur si grande, que, désespérant, peu s'en fallait,
entièrement, ils ne songeaient plus qu'à la fuite, étant de toutes parts
enfermés par d'innombrables et très-puissans ennemis. Mais cet homme de
vertu, au nom de celui qui donne le succès avec les épreuves, mitigeait
chaque jour par de salutaires avertissemens leur accablement et leurs
craintes.