Albi et Lombers tombent en la possession du comte Simon.
Comme il revenait de Fanjaux, notre comte délibéra d'aller au château de
Lombers dont nous avons dit ci-dessus un mot, afin d'en prendre
possession. Or, il y avait en ce château plus de cinquante chevaliers,
lesquels, à son arrivée, reçurent le comte avec honneur, et lui dirent
que le lendemain ils feraient suivant ses ordres. Le lendemain étant
survenu, les susdits chevaliers se concertèrent pour le trahir
lâchement; mais leur conciliabule ayant duré jusqu'à la neuvième heure,
la chose vint aux oreilles du comte, qui, prétextant une affaire, sortit
sans délai du château. Pour lors ils le suivirent, et, poussés par la
crainte, ils se soumirent à sa volonté et livrèrent la place, lui
faisant hommage et jurant fidélité.
Puis vint notre comte à Albi, laquelle cité avait appartenu au vicomte
de Béziers. L'évêque d'Albi, Guillaume, qui en était le principal
seigneur, le reçut avec joie pour maître, et lui rendit la ville. Que
dirai-je? Le comte prit alors possession de tout le diocèse albigeois, à
l'exception de quelques châteaux que tenait le comte de Toulouse, qui
les avait enlevés au vicomte de Béziers.
Ces choses dûment achevées, notre comte retourna à Carcassonne, d'où,
quelques jours après, il partit pour aller à Limoux[63], dans le
territoire du comté de Razez, et y mettre garnison; car s'était ledit
château vendu au comte, sitôt la prise de Carcassonne, et tout en y
allant, il prit plusieurs castels qui résistaient à la sainte Église, et
pendit à bon droit plusieurs de leurs habitans à des potences que bien
avaient gagnées.
[Note 63: Ancienne capitale du comté du Razez, à quinze lieues de
Narbonne.]
À son retour de Limoux, le comte marcha contre un certain fort, voisin
de Carcassonne, et appartenant au comte de Foix, lequel avait nom
Preissan[64]. Or, durant qu'il en faisait le siége, ledit comte de Foix
vint à lui, lui jurant qu'il agirait en tout suivant les ordres de
l'Église; et, en outre, il donna au comte son propre fils en otage, lui
abandonnant encore le château qu'il assiégeait. Après quoi, Simon revint
à Carcassonne.
[Note 64: Dans le diocèse de Narbonne.]