CHAPITRE VI.

Du colloque de Pamiers et de la mort de l'évêque d'Osma.

L'évêque d'Osma voulut lors retourner à son évêché, partie pour veiller

sur ses ouailles, et partie pour fournir de ses revenus aux nécessités

des prédicateurs de Dieu en la province de Narbonne. Or donc, comme il

s'en allait devers l'Espagne, il vint à Pamiers au territoire de

Toulouse, et près de lui se rendirent Foulques, évêque de Toulouse, et

Navarre, évêque de Conserans[27], avec plusieurs abbés. Là, ils

disputèrent avec les Vaudois, lesquels furent vaincus à plat et

confondus; et le peuple du lieu, principalement les pauvres, se

rangèrent pour la plupart au parti des nôtres; voire même celui qui

avait été institué juge de la dispute (lequel était favorable aux

Vaudois et considérable en son endroit) renonça à la perversité

hérétique, et s'offrit lui et tout son bien aux mains du seigneur évêque

d'Osma, et dès lors il a combattu virilement les sectateurs de la

superstition.

[Note 27: _Consoranum_; ville de Gascogne, avec un territoire ayant

titre de vicomté, borné par les comtés de Foix et de Comminges, et par

la Catalogne. Elle fut détruite par Bernard de Comminges, et la

résidence de l'évêque fut transportée à Saint-Lizier.]

Fut présent à cette dispute ce traître et méchant comte de Foix[28], ce

très-cruel persécuteur de l'Église et ennemi du Christ, lequel avait une

femme qui faisait manifeste profession de l'hérésie des Vaudois; plus

deux soeurs dont l'une professait cette même doctrine, et l'autre, ainsi

que le comte, celle des autres sectes déloyales des hérétiques. La

dispute susdite ayant eu lieu dans le palais du comte même, celui-ci un

jour pratiquait les Vaudois, et l'autre jour nos prédicateurs. Ô feinte

humilité!

[Note 28: Raimond-Roger, comte de Foix de 1188 à 1223.]

Ceci achevé, l'évêque d'Osma s'achemina vers son évêché, résolu de

revenir le plus tôt possible, afin de poursuivre les affaires de la foi

dans la province de Narbonne. Mais, après avoir passé peu de jours dans

son siége, comme il se disposait au retour, il fut prévenu par la mort,

et s'endormit heureusement dans sa vieillesse. Avant son décès, était

mort pareillement le frère Raoul, dont nous avons parlé ci-dessus, homme

de bonne mémoire, lequel rendit l'âme dans une certaine abbaye de

l'ordre de Cîteaux, dite Franquevaux, près Saint-Gilles.

Ces deux luminaires étant ravis au monde (savoir l'évêque d'Osma et

frère Raoul), le vénérable Gui, abbé de Vaulx-Cernay, au diocèse de

Paris, qui était venu avec les autres abbés au pays de Narbonne à cause

de la prédication, homme de noble lignage, mais plus noble encore de

beaucoup par science et par vertu, le même qui fut fait ensuite évêque

de Carcassonne, fut constitué le premier et maître entre les

prédicateurs; d'autant que l'abbé de Cîteaux se transporta en d'autres

lieux, empêché qu'il était par les grandes affaires du temps.

Nos saints prêcheurs discourant donc et confondant très-apertement les

hérétiques, mais ne pouvant, en leur obstination dans la malice, les

convertir à la vérité, après beaucoup de temps employé à des

prédications et disputes qui furent de mince ou nulle utilité, ils

revinrent au pays de France.

Du reste, il n'est à omettre que ledit abbé de Vaulx-Cernay ayant

disputé plusieurs fois avec Théodore, plus haut nommé, et un certain

autre hérésiarque très-notable, à savoir Bernard de l'Argentière[29],

estimé le premier dans le diocèse de Carcassonne, et les ayant maintes

et maintes fois confondus, ledit Théodore, n'ayant un jour pu répondre

rien autre, dit à l'abbé: «La paillarde (il entendait par là l'Église

romaine) m'a long-temps, retenu à elle[30]; mais elle ne me retiendra

plus.» Il ne faut taire davantage que le même abbé de Vaulx-Cernay ayant

gagné un castel près de Carcassonne, nommé Laurac[31], afin d'y prêcher

à son entrée dans ledit lieu, il se signa: ce que voyant un certain

homme d'armes hérétique qui était dans le château, il dit à l'abbé: «Que

ce signe ne me soit oncques en aide!»

[Note 29: _Cimorra._ Cette petite ville, nommée aussi _Cimolus_ ou

_Argenteria_, est située en Languedoc dans le département de l'Ardèche.]

[Note 30: Il avait été catholique et chanoine de Nevers.]

[Note 31: _Lauranum_; anciennement, et avant Castelnaudary, capitale du

Lauraguais.]

Histoire de l'hérésie des Albigeois, et de la sainte guerre entreprise contre eux de l'an 1203 à  l'an 1218 · 第 13 / 144 题