Ceux qui étaient restés au fort eurent également à souffrir d'un froid

qui descendit de trois degrés au-dessous de celui dont Parry avait

souffert à l'île Melville, située cependant neuf degrés plus près du

pôle. Les effets de cette température rigoureuse ne se faisaient pas

sentir sur les hommes seulement; les arbres furent gelés jusqu'au

cœur, au point que la hache se brisait sans pouvoir y creuser une

entaille.

Deux interprètes de la baie d'Hudson avaient accompagné Back au fort

Entreprise. L'un d'eux possédait une fille qui passait pour la plus

belle créature qu'on eût vue. Aussi, bien qu'elle n'eût encore que

seize ans, avait-elle eu déjà deux maris. L'un des officiers anglais

fit son portrait, au grand désespoir de la mère, qui craignait que le

grand chef d'Angleterre, en contemplant cette froide image, ne devînt

amoureux de l'original.

Le 14 juin 1821, la Coppermine fut assez dégelée pour être navigable.

On s'y embarqua aussitôt, bien que les vivres fussent presque

complètement épuisés. Par bonheur, le gibier était nombreux sur les

rives verdoyantes de la rivière, et l'on tua assez de bœufs musqués

pour nourrir tout le monde.

L'embouchure de la Coppermine fut atteinte le 18 juillet. Les Indiens,

dans la crainte de rencontrer leurs ennemis les Esquimaux, reprirent

aussitôt la route du fort Entreprise, tandis que les Canadiens osaient

à peine lancer leurs frêles embarcations sur cette mer courroucée.

Franklin les détermina cependant à se risquer, mais il ne put aller

au delà de la pointe du Retour, par 68° 30´ de latitude, promontoire

qui formait l'ouverture d'un golfe profond semé d'îles nombreuses, et

auquel Franklin donna le nom de golfe du Couronnement de Georges IV.

Franklin avait commencé de remonter la rivière Hood, lorsqu'il se vit

arrêté par une cascade de deux cent cinquante pieds; il dut donc faire

le reste de la route par terre, au milieu des neiges épaisses de plus

de deux pieds, dans un pays stérile et complètement inconnu. Il est

plus facile d'imaginer que de décrire les fatigues et les souffrances

de ce voyage de retour. Franklin rentra au fort Entreprise, le 11

octobre, dans un état d'épuisement complet, n'ayant rien mangé depuis

cinq jours. Le fort était abandonné. Sans provisions, malade, il

semblait que Franklin n'eût plus qu'à se laisser mourir. Le lendemain,

il se mit cependant à la recherche des Indiens et de ceux de ses

compagnons qui l'avaient précédé; mais la neige était si épaisse

qu'il dut rebrousser chemin et rentrer au fort. Pendant dix-huit

jours, il ne vécut que d'une sorte de bouillie faite avec les os et

les peaux du gibier tué l'année précédente. Le 29 octobre, le docteur

Richardson arrivait enfin avec John Hepburn, sans les autres membres de

l'expédition. En se revoyant, tous furent douloureusement frappés de

leur maigreur, de l'altération de leur voix et d'un affaiblissement qui

semblait le signe le moins douteux d'une fin prochaine.

«M. le docteur Richardson, dit Cooley, rapportait du reste de tristes

nouvelles. Pendant les deux premiers jours qui avaient suivi la

séparation en trois parties de la colonne, son détachement n'avait rien

trouvé à manger; le troisième, Michel était revenu avec un lièvre et

une perdrix qu'ils s'étaient partagés. Le lendemain se passa encore

dans une disette absolue. Le 11, Michel offrit à ses compagnons un

quartier de viande qu'il leur dit avoir été coupé sur un loup; mais,

ensuite, ils acquirent la conviction que c'était la chair d'un des

malheureux qui avaient quitté le capitaine Franklin pour revenir auprès

du docteur Richardson. Michel devenait tous les jours plus insolent et

plus froid. On le soupçonna fortement d'avoir quelque part un dépôt

d'aliments qu'il se réservait pour lui seul. Hepburn, étant occupé à

couper du bois, entendit la détonation d'un fusil, et, regardant du

côté où partait le bruit, il vit Michel se précipiter vers la tente;

bientôt après, on trouva M. Hood mort, il avait une balle dans le

derrière de la tête, et l'on ne put douter que son assassin ne fût

Michel. Dès ce moment, il devint plus méfiant, plus effronté que

jamais; et, comme sa force était supérieure à celle des Anglais qui

avaient survécu, comme d'ailleurs il était bien armé, ils virent qu'il

n'y avait plus pour eux de salut que dans sa mort. Je me déterminai,

dit Richardson, dès que je fus convaincu que cet acte horrible était

nécessaire, à en prendre sur moi toute la responsabilité, et, au moment

où Michel revenait vers nous, je mis fin à ses jours en lui faisant

sauter la cervelle.»

[Illustration: CARTE DES REGIONS POLAIRES du Nord.

_Gravé par E. Morieu._]

Plusieurs des Indiens qui avaient accompagné Franklin et Richardson

étaient morts de faim, et les deux chefs allaient les suivre à bref

délai dans la tombe, lorsque, enfin, le 7 novembre, trois Indiens,

envoyés par Back, apportèrent les premiers secours. Aussitôt qu'ils

se sentirent un peu plus vigoureux, les deux Anglais gagnèrent

l'établissement de la Compagnie, où ils trouvèrent Georges Back, à qui,

par deux fois dans la même expédition, ils devaient la vie.

[Illustration: Husson découvrit la terre Victoria. (Page 421.)]

Les résultats de ce voyage, qui embrasse cinq mille cinq cents milles,

étaient de la plus haute importance pour la géographie, les expériences

de magnétisme, les études de météorologie, et la côte d'Amérique, sur

une immense étendue, avait été suivie jusqu'au cap Turn-again.

Malgré tant de fatigues et de souffrances si bravement endurées, les

explorateurs étaient prêts à recommencer leur voyage et à essayer

encore une fois d'atteindre les rivages de la mer polaire.

A la fin de 1823, Franklin reçut l'ordre de reconnaître la côte à

l'ouest de la rivière Mackenzie. Tous les agents de la Compagnie durent

préparer des provisions, des canots, des guides, et se mettre, eux et

leurs ressources, à la disposition des explorateurs.

Reçu avec bienveillance à New-York, Franklin gagna Albany par le

fleuve Hudson, remonta le Niagara depuis Lewinston jusqu'à la fameuse

chute, atteignit le fort Saint-Georges sur l'Ontario, traversa le lac,

débarqua à Yorck, capitale du haut Canada; puis, passant par les lacs

Simcoe, Huron, Supérieur, où il fut rejoint par vingt-quatre Canadiens,

le 29 juin 1825, il rencontra les embarcations sur la rivière Methye.

Tandis que le docteur Richardson relevait la côte orientale du lac du

Grand-Ours et que Back surveillait les préparatifs de l'hivernage,

Franklin gagna l'embouchure de la Mackenzie. La navigation fut très

facile, et le voyageur ne trouva d'obstacles qu'au delta du fleuve.

L'Océan était libre de glaces; des baleines noires et blanches, des

phoques se jouaient à la surface des flots. Franklin débarqua dans

la petite île Garry, dont la position fut déterminée par 69° 2´ de

latitude et 135° 41´ de longitude, observation précieuse qui prouvait

quel degré de confiance on devait accorder aux relèvements de Mackenzie.

Le retour se fit sans difficulté, et le 5 septembre, les voyageurs

rentrèrent dans le fort, auquel le docteur Richardson avait donné le

nom de fort Franklin. L'hiver se passa en amusements, en réjouissances,

en bals, auxquels prenaient part des Canadiens, des Anglais, des

Écossais, des Esquimaux et des Indiens de quatre tribus différentes.

Le 22 juin eut lieu le départ, et, le 4 juillet, fut atteinte la

fourche où les bras de la Mackenzie se séparent. Là, l'expédition se

divisa en deux détachements, qui allèrent à l'est et à l'ouest explorer

les rivages polaires. A peine Franklin fut-il sorti de la rivière que,

dans une grande baie, il rencontra une troupe nombreuse d'Esquimaux.

Ceux-ci montrèrent d'abord une joie exubérante, mais ils ne tardèrent

pas à devenir bruyants et cherchèrent à s'emparer des embarcations. Les

Anglais firent en cette circonstance preuve d'une patience extrême et

parvinrent à éviter toute effusion de sang.

Franklin reconnut et nomma Clarence la rivière qui sépare les

possessions de la Russie de celles de l'Angleterre. Un peu plus

loin, un nouveau cours d'eau reçut le nom de Canning. Le 16 août,

ne se trouvant encore qu'à moitié chemin du cap Glacé et l'hiver

avançant rapidement, Franklin revint en arrière et pénétra dans la

belle rivière de Peel, qu'il prit pour la Mackenzie. Il ne reconnut

son erreur qu'en voyant dans l'est une chaîne de montagnes. Le 21

septembre, il rentrait au fort, après avoir, en trois mois, parcouru

deux mille quarante-huit milles et relevé trois cent soixante-quatorze

milles de la côte américaine.

Quant à Richardson, il s'était avancé sur une mer plus profonde, moins

encombrée de glaces, au milieu d'Esquimaux doux et hospitaliers.

Il reconnut les baies Liverpool et Franklin, découvrit en face de

l'embouchure de la Coppermine une terre qui n'est séparée du continent

que par un canal d'une vingtaine de milles de largeur, à laquelle il

donna le nom de Wollaston. Le 7 août, les embarcations étant parvenues

dans le golfe du Couronnement, déjà exploré dans une course précédente,

revinrent en arrière, et rentrèrent, le 1er septembre, au fort

Franklin, sans avoir éprouvé le moindre accident.

Entraînés par l'exposition des voyages de Parry, il nous a fallu

laisser pour un moment de côté ceux que faisait à la même époque John

Ross, à qui son étrange exploration de la baie de Baffin avait fait le

plus grand tort aux yeux de l'Amirauté.

John Ross désirait vivement réhabiliter sa réputation d'intrépidité

et d'habileté. Si le gouvernement n'avait plus confiance en lui, il

rencontra du moins en Félix Booth, un riche armateur, qui ne craignit

pas de lui confier le commandement du bâtiment à vapeur la _Victoire_,

sur lequel il partit, le 25 mai 1829, pour la baie de Baffin.

On fut quatre ans sans nouvelles de ce courageux navigateur, et

lorsqu'il fut de retour, on apprit que la moisson de ses découvertes

était aussi riche que celle qu'avait faite Parry dans sa première

expédition.

Entré par les détroits de Barrow et de Lancastre dans celui du

Prince-Régent, John Ross avait retrouvé l'endroit où, quatre ans

auparavant, la _Fury_ avait été abandonnée.

Continuant sa route au sud, John Ross hiverna au havre Félix,--ainsi

appelé en l'honneur du promoteur de l'expédition,--et là, il apprit que

les terres qu'il venait de reconnaître formaient une immense presqu'île

rattachée dans le sud à l'Amérique.

Au mois d'avril 1830, James Ross, neveu du chef de l'expédition, partit

en canot pour reconnaître ces côtes, ainsi que celles de la Terre du

Roi-Guillaume.

En novembre, il fallut hiverner de nouveau, car on n'avait pu faire

remonter le navire que de quelques milles vers le nord, et l'on

s'établit dans le havre Shériff. Le froid fut excessif, et de tous

ceux que les marins de la _Victoire_ passèrent dans les glaces, ce fut

l'hiver le plus rigoureux.

L'été de 1831 fut consacré à diverses reconnaissances, qui démontrèrent

l'absence de communication entre les deux mers. On ne parvint encore

cette fois qu'à faire avancer le navire de quelques milles dans le

nord, jusqu'au havre de la Découverte. Mais, à la suite d'un nouvel

hiver très froid, il fallut renoncer à le tirer de sa prison glacée.

Bien heureux d'avoir trouvé les provisions de la _Fury_, sans

lesquelles ils seraient morts de faim, les Anglais attendirent, au

milieu d'un abattement chaque jour plus grand, de privations, de

souffrances incroyables, le retour du nouvel été. Au mois de juillet

1833, les quartiers d'hiver furent définitivement abandonnés, l'on

gagna par terre le détroit du Prince-Régent, celui de Barrow, et

l'on débouchait sur le rivage de la baie de Baffin, lorsqu'un navire

apparut. C'était l'_Isabelle_, que Ross avait commandée lui-même

autrefois, et qui recueillit les naufragés de la _Victoire_.

Pendant ce temps, l'Angleterre n'avait pas abandonné ses enfants, et

chaque année elle avait envoyé une expédition à leur recherche. En

1833, c'est Georges Back, le compagnon de Franklin. Parti du fort

Révolution, sur les rives du lac de l'Esclave, il s'avance vers le

nord, et, après avoir découvert la rivière Thloni-Tcho-Déseth, il

prend ses quartiers d'hiver et se dispose à gagner l'année suivante

la mer polaire, où l'on suppose Ross prisonnier, lorsqu'il apprend

l'incroyable retour de celui-ci.

L'année suivante, le même explorateur reconnaît à fond la belle rivière

aux Poissons, qu'il avait découverte l'année précédente, et aperçoit

les montagnes de la Reine Adélaïde, ainsi que les pointes Booth et

James Ross.

En 1836, il est à la tête d'une nouvelle expédition qui, cette fois,

se fait par mer, et il essaye vainement de relier entre elles les

découvertes de Ross et de Franklin.

Cette tâche était réservée à trois officiers de la Compagnie de la baie

d'Hudson, MM. Peter William, Dease et Thomas Simpson.

Ils partirent le 1er juin 1837 du fort Chippewayan, et, descendant

la Mackenzie, ils arrivèrent le 9 juillet aux bords de la mer, sur

laquelle ils purent s'avancer par 71° 3´ de latitude et 156° 46´ de

longitude ouest jusqu'à un cap qui reçut le nom de Georges-Simpson, le

gouverneur de la Compagnie.

Thomas Simpson continua à s'avancer dans l'ouest, par terre, avec cinq

hommes, jusqu'à la pointe Barrow, qu'un des officiers de Beechey avait

déjà vue en venant du détroit de Behring.

La reconnaissance de la côte américaine depuis le cap Turn-again

jusqu'au détroit de Behring était donc complète. Il ne restait plus

d'inconnu que l'espace compris entre la pointe Ogle et le cap

Turn-again: ce fut la tâche que se donnèrent les explorateurs pour la

campagne suivante.

Partant en 1838 de la Coppermine, ils suivirent la côte à l'est,

arrivèrent le 9 août au cap Turn-again; mais, les glaces ne permettant

pas aux canots de le doubler, Thomas Simpson hiverna, découvrit la

Terre Victoria, et le 12 août 1839, arrivé à la rivière de Back, il

continua jusqu'à la fin du mois à explorer la Boothia.

La ligne de côtes était donc définitivement déterminée. Au prix

de quels efforts, de quelles fatigues, de quels sacrifices et

de quel dévouement! Mais combien peu compte la vie humaine,

lorsqu'elle entre en balance avec les progrès de la science! Qu'il

faut de désintéressement, de passion à ces savants, ces marins,

ces explorateurs, qui abandonnent tout ce qui fait le bonheur de

l'existence, pour contribuer, dans la mesure de leurs forces, aux

progrès des connaissances humaines et au développement scientifique et

moral de l'humanité!

Avec le récit de ces derniers voyages dans lesquels s'achève la

découverte de la Terre, se termine cette œuvre, qui s'est ouverte avec

l'histoire des tentatives des premiers explorateurs.

La configuration du globe est maintenant connue, la tâche des

explorateurs est finie. La terre que l'homme habite lui est désormais

familière. Il ne lui reste plus qu'à utiliser les immenses ressources

des contrées dont l'accès lui est devenu facile ou dont il a su

s'emparer.

Qu'elle est fertile en enseignements de tout genre, cette histoire de

vingt siècles de découvertes!

Jetons un coup d'œil en arrière, et résumons à grands traits les

progrès accomplis durant cette longue suite d'années.

Si nous prenons la mappemonde d'Hécatée, qui vivait cinq cents ans

avant l'ère chrétienne, que verrons-nous?

Le monde connu n'embrasse guère que le bassin de la Méditerranée. La

Terre, si profondément défigurée dans ses contours, n'est représentée

que par une minime partie de l'Europe méridionale, de l'Asie antérieure

et de l'Afrique septentrionale. Autour de ces terres tourne un fleuve

sans commencement ni fin, qui porte le nom d'Océan.

Plaçons maintenant à côté de cette carte, vénérable monument de la

science antique, un planisphère qui nous représente le monde de 1840.

Sur l'immensité du globe, ce que connaissait Hécatée, encore bien

qu'imparfaitement, ne constitue plus qu'une tache presque imperceptible.

Avec ces points de départ et d'arrivée, vous pouvez juger de

l'immensité des découvertes.

Imaginez maintenant ce que suppose d'informations de tout genre la

connaissance du globe tout entier, vous resterez émerveillé devant

le résultat des efforts de tant d'explorateurs et de martyrs; vous

embrasserez l'utilité de ces découvertes et les rapports intimes

qui unissent la Géographie à toutes les autres sciences. Tel est le

point de vue auquel il faut se placer pour saisir toute la portée

philosophique d'une œuvre à laquelle se sont dévouées tant de

générations.

Assurément, ce sont des motifs d'ordres bien différents qui ont fait

agir tous ces découvreurs.

C'est d'abord la curiosité naturelle au propriétaire, qui tient à

connaître dans toute son étendue le domaine qu'il possède, à en mesurer

les portions habitables, à en délimiter les mers; puis, ce sont les

exigences d'un commerce encore dans l'enfance, qui ont cependant permis

de transporter jusqu'en Norwège les produits de l'industrie asiatique.

Avec Hérodote, le but s'élève, et c'est déjà le désir de connaître

l'histoire, les mœurs, la religion des peuples étrangers.

Plus tard, avec les croisades, dont le résultat le plus certain fut de

vulgariser l'étude de l'Orient, c'est, pour un petit nombre, le désir

d'arracher aux mains des infidèles le théâtre de la passion d'un Dieu;

pour la plupart, c'est la soif du pillage et l'attrait de l'inconnu.

Si Colomb, cherchant une nouvelle route pour se rendre au pays des

Épices, rencontre l'Amérique sur son chemin, ses successeurs ne sont

plus animés que du désir de faire rapidement fortune. Combien ils

diffèrent de ces nobles Portugais, qui sacrifient leurs intérêts privés

à la gloire et à la prospérité coloniale de leur patrie, et meurent

plus pauvres qu'ils n'étaient au moment où ils ont été investis de ces

fonctions qu'ils devaient honorer.

Au XVIe siècle, le désir d'échapper à la persécution religieuse et la

guerre civile jettent dans le Nouveau Monde ces huguenots et surtout

ces quakers qui, en posant les bases de la prospérité coloniale de

l'Angleterre, devaient transformer l'Amérique.

Le siècle suivant est par excellence colonisateur. En Amérique les

Français, aux Indes les Anglais, en Océanie les Hollandais, établissent

des comptoirs et des loges, tandis que les missionnaires s'efforcent de

conquérir à la foi du Christ et aux idées modernes l'immuable empire du

Milieu.

Le XVIIIe siècle, préparant la voie à notre époque, rectifie les

erreurs accréditées; il relève en détail et par le menu les continents

et les archipels, il perfectionne en un mot les découvertes de ses

devanciers. C'est à la même tâche que se dévouent les explorateurs

modernes, qui tiennent à ne pas laisser échapper à leurs relèvements le

moindre coin de terre, le plus petit îlot. C'est à cette préoccupation

qu'obéissent aussi ces intrépides navigateurs, qui vont explorer les

solitudes glacées des deux pôles et déchirent le dernier lambeau du

voile qui avait si longtemps dérobé le globe à nos regards.

Ainsi donc, tout est connu, classé, catalogué, étiqueté! Mais le

résultat de tant de nobles travaux va-t-il être enterré dans quelque

atlas soigneusement dressé, où n'iront le chercher que les savants de

profession?

Non! Ce globe conquis par nos pères, au prix de tant de fatigues et

de dangers, c'est à nous qu'il appartient de l'utiliser, de le faire

valoir. L'héritage est trop beau pour n'en point tirer parti!

A nous, par tous les moyens que le progrès des sciences met à notre

disposition, d'étudier, de défricher, d'exploiter! Plus de terrains

en jachère, plus de déserts infranchissables, plus de cours d'eau

inutiles, plus de mers insondables, plus de montagnes inaccessibles!

Les obstacles que la nature nous oppose, nous les supprimons. Les

isthmes de Suez et de Panama nous gênent: nous les coupons. Le Sahara

nous empêche de relier l'Algérie au Sénégal: nous y jetons un railway.

L'Océan nous sépare de l'Amérique: un câble électrique nous y relie. Le

Pas de Calais empêche deux peuples, si bien faits pour s'entendre, de

se serrer cordialement la main: nous y percerons un chemin de fer!

Voilà notre tâche, à nous autres contemporains. Est-elle donc moins

belle que celle de nos devanciers, qu'elle n'ait encore tenté quelque

écrivain de renom?

Pour nous, si attrayant qu'il soit, ce sujet sortirait du cadre que

nous nous étions d'abord tracé. Nous avons voulu écrire l'_Histoire de

la découverte de la Terre_, nous l'avons écrite, notre œuvre est donc

finie.

FIN

[Illustration: Les desiderata de la géographie au XIXe siècle.

_Gravé par E. Morieu, 23 r. de Bréa, Paris_]

TABLE DES MATIÈRES

PREMIÈRE PARTIE

CHAPITRE I

L'AURORE D'UN SIÈCLE DE DÉCOUVERTES

Ralentissement des découvertes pendant les luttes de la

République et de l'Empire.--Voyages de Seetzen en Syrie et

en Palestine.--Le Haouran et le périple de la mer Morte.--La

Décapole.--Voyage en Arabie.--Burckhardt en Syrie.--Courses

en Nubie sur les deux rives du Nil.--Pèlerinage à la Mecque

et à Médine.--Les Anglais dans l'Inde.--Webb aux sources du

Gange.--Relation d'un voyage dans le Pendjab.--Christie et

Pottinger dans le Sindhy.--Les mêmes explorateurs à travers

le Béloutchistan jusqu'en Perse.--Elphinstone en Afghanistan.

--La Perse d'après Gardanne, Ad. Dupré, Morier,

Macdonald-Kinneir, Price et Ouseley.--Guldenstædt et Klaproth

dans le Caucase.--Lewis et Clarke dans les montagnes Rocheuses.

--Raffles à Sumatra et à Java. 1

CHAPITRE II

L'EXPLORATION ET LA COLONISATION DE L'AFRIQUE

I

Peddie et Campbell dans le Soudan.--Richtie et Lyon dans le

Fezzan.--Denham, Oudney et Clapperton au Fezzan, dans le pays

des Tibbous.--Le lac Tchad et ses affluents.--Kouka et les

principales villes du Bornou.--Le Mandara.--Une razzia chez

les Fellatahs.--Défaite des Arabes et mort de Bou-Khaloum.--Le

Loggoun.--Mort de Toole.--En route pour Kano.--Mort du docteur

Oudney.--Kano.--Sockatou.--Le sultan Bello.--Retour en Europe. 75

II

Second voyage de Clapperton.--Arrivée à Badagry.--Le Yourriba

et sa capitale Katunga.--Boussa.--Tentatives pour obtenir un

récit fidèle de la mort de Mungo-Park.--Le Nyffé, le Gouari

et le Zegzeg.--Arrivée à Kano.--Déboires.--Mort de Clapperton.

--Retour de Lander à la côte.--Tuckey au Congo.--Bowdich

chez les Aschanties.--Mollien aux sources du Sénégal et de

la Gambie.--Le major Gray.--Caillié à Tembouctou.--Laing aux

sources du Niger.--Richardet et John Lander à l'embouchure

du Niger.--Cailliaud et Letorzec en Égypte, en Nubie et à

l'oasis de Siouah. 98

CHAPITRE III

LE MOUVEMENT SCIENTIFIQUE ORIENTAL ET LES EXPLORATIONS AMÉRICAINES

Le déchiffrement des inscriptions cunéiformes et les études

assyriologiques jusqu'en 1840.--L'ancien Iran et l'Avesta.

--La triangulation de l'Inde et les études indoustaniques.

--L'exploration et la mesure de l'Himalaya.--La presqu'île

Arabique.--La Syrie et la Palestine.--L'Asie centrale et

Alexandre de Humboldt.--Pike aux sources du Mississipi, de

l'Arkansas et de la rivière Rouge.--Les deux expéditions du

major Long.--Le général Cass.--Schoolcraft aux sources du

Mississipi.--L'exploration du Nouveau-Mexique.--Voyages

archéologiques dans l'Amérique centrale.--Les recherches

d'histoire naturelle au Brésil.--Spix et Martius, le prince

Maximilien de Wied-Neuwied.--D'Orbigny et l'homme américain. 171

DEUXIÈME PARTIE

CHAPITRE I

LES CIRCUMNAVIGATEURS ÉTRANGERS

I

Le commerce des fourrures en Russie.--Krusenstern reçoit le

commandement d'une expédition.--Nouka-Hiva.--Nangasaki.

--Reconnaissance de la côte du Japon.--Iéso.--Les Aïnos.

--Saghalien.--Retour en Europe.--Otto de Kotzebue.--Relâche

à l'île de Pâques.--Penrhyn.--L'archipel Radak.--Retour en

Russie.--Second voyage.--Changements arrivés à Taïti et aux

Sandwich.--Voyage de Beechey.--L'île de Pâques.--Pitcairn et

les révoltés de la _Bounty_.--Les Pomotou.--Taïti et les

Sandwich.--Les îles Bonin-Sima.--Lütké.--Le Quebradas de

Valparaiso.--La semaine sainte au Chili.--La Nouvelle-Arkhangel.

--Les Kaloches.--Ouna-Lachka.--L'archipel des Carolines.

--Les pirogues des Carolins.--Guaham, île déserte.--Beauté

et utilité des îles Bonin-Sima.--Les Tchouktchis, leurs mœurs

et leurs jongleurs.--Retour en Russie. 196

CHAPITRE II

LES CIRCUMNAVIGATEURS FRANÇAIS

I

Les voyageurs du XIXe siècle · 第 38 / 39 段