trois navires à l'ancre. On nous assura qu'elle en pourrait contenir de
cinquante à soixante. Plus loin est Savone où se trouve actuellement
interné le pape de Rome. Il lui a été défendu de s'établir ailleurs, et
l'on peut croire qu'il ne sortira plus de cette place. De là nous nous
rendons à Gênes où régnait dans le peuple une grande misère. Les
faubourgs de cette ville et les villages des environs souffrent du plus
grand dénuement et l'on m'a assuré que la population y mourait
littéralement de faim. Malgré cette situation, le recrutement militaire
s'y poursuit, comme en Provence, avec la plus grande rigueur. La
jeunesse du pays, par groupes de 5 à 600 hommes, est envoyée sur les
champs de manoeuvres pour y être exercée. Toute la partie du littoral
comprise entre Marseille et Gênes est garnie de canons en prévision
d'une attaque des Anglais. De distance en distance, l'on a placé des
installations télégraphiques pour signaler les tentatives de
débarquement que leurs vaisseaux y pourraient faire. Aussitôt
qu'apparaît à l'horizon une voile suspecte, tous les postes sont
prévenus et l'alerte est générale. Nonobstant ces précautions les
navires anglais n'en renouvellent pas moins, comme il leur plaît, leurs
provisions d'eau. Arrivant inopinément sur un point de la côte, ils
effrayent la population qui les laisse agir à leur guise.
«De Nice à Gênes, le voyage s'accomplit à dos de mulet, à cause du
mauvais état des routes. Nous dûmes escalader une montagne abrupte dont
le parcours nous prit quatre heures de la journée. La campagne est
fertile et entièrement recouverte d'oliviers et de châtaigniers; de tous
côtés s'étendent de belles cultures. L'on est en train d'y construire
une route carrossable qui contourne le pied des montagnes et qui doit,
dit-on, mener de Nice à Gênes. Cette dernière ville est grande. De
vastes palais attirent nos regards en traversant les rues. Ils sont
ornés de hautes colonnes et d'escaliers de marbre du plus magnifique
effet. Les portes qui y donnent accès sont aussi élevées que celles de
nos _hans_ de Stamboul. La brique dont ils sont construits est de la
couleur de la décoration qui est le vert antique. Ce sont
incontestablement les constructions les plus solides que j'aie vues en
Europe. Dans le port, des corsaires français sont mouillés non loin des
môles.
«Puis, nous traversons Campo-Moro et la ville de Piacenza où s'élève un
château. Sa campagne est arrosée par le Pô qui est le plus grand fleuve
de l'Italie. Le volume d'eau qui gonfle son lit en hiver est trois fois
plus considérable qu'en été. Je traverse plus loin un autre fleuve, la
Trébigne, dont j'ai entendu souvent prononcer le nom à Paris, à cause de
la bataille que Français et Autrichiens s'y sont livrée en ces derniers
temps. Elle aurait été si acharnée que les eaux en furent troublées.
«Puis nous traversâmes successivement Keramote, Pouzzole où s'élève un
château construit en briques, Mantoue où nous admirons un autre château,
Edebella (?) et sa citadelle romaine, Cartoletto, Callomonte, Udine où
s'élève une autre fameuse citadelle, puis Coridjé sur la frontière, qui
aurait été cédée par les Autrichiens aux Français. Après avoir fait une
halte à Lobiata, autrement dit Lyntch, je visitai Trieste, puis Fiume
sur l'Adriatique, Costanitza, sur les bords du Lono. Je m'arrêtai
ensuite quelques jours à Dubnitza pour y célébrer les fêtes du baïram en
compagnie de mes frères musulmans. Ensuite, m'étant remis en chemin, je
parcourus les étapes de Banialvka, Isvonik, Tchélébi-Pazari, Tachlidja,
Pierpol, Ieni-Pazar, Wulschtrin, Pristnia, Coumanova, Kustendil,
Pazardjik, Filippé, Edirné. Le 28 du mois de Zilhidjé 1226, j'atteignais
la Der-Saadet[30]. Moins heureux que nous, nos compagnons, qui s'étaient
embarqués à Toulon, sont tombés aux mains des Anglais qui les ont gardés
prisonniers pendant quarante jours; remis en liberté, ils sont arrivés à
bon port en même temps que nous, ce qui nous a fort étonnés. Que Dieu
donne la paix aux musulmans; qu'ils soient heureux sous les auspices de
l'État sublime. Amen!
[30] Maison de félicité. C'est ainsi que les Turcs désignent
Constantinople à l'imitation des Arabes qui donnaient ce nom à
Bagdad.
ÉDITIONS BOSSARD, 43, RUE MADAME
PARIS (VIe)
EXTRAIT DU CATALOGUE
Auguste Gauvain.--L'Europe au Jour le Jour.--Recueil d'histoire
contemporaine.
Tome I.--La Crise Bosniaque (1908-1909). Prix 7.50
Tome II.--De la contre-révolution turque au Coup d'Agadir
(1909-1911). Prix 7.50
Tome III.--Le Coup d'Agadir (1911). Prix 7.50
Tome IV.--La Première Guerre Balkanique (1912). Prix 7.50
Tome V.--La Deuxième Guerre Balkanique (1913). Prix 9 »
Tome VI.--Les Préliminaires de la Guerre Européenne (1913-1914).
Prix 9 »
Tome VII--La Guerre Européenne (juin 1914-février 1915). Prix 12 »
Tome VIII.--La Guerre Européenne (février 1915-novembre 1915).
Prix 12 »
Tome IX.--La Guerre Européenne (novembre 1915-septembre 1916).
Prix 15 »
P.-N. Milioukov.--Le Mouvement intellectuel russe (Traduit du
russe par J.-W. Bienstock). Avec 4 portraits. Prix 12 »
A. Albert-Petit.--La France de la Guerre.
--Tome I.--(Août 1914-mars 1916). Prix 9 »
--Tome II.--(Mars 1916-septembre 1917). Prix 9 »
--Tome III.--(Septembre 1917-juin 1919). Prix 12 »
Président W. Wilson.--Messages, Discours, Documents diplomatiques
relatifs à la guerre mondiale.--Traduction conforme aux textes
officiels, publiée avec des notes historiques et un index par
Désiré Roustan, professeur de philosophie au Lycée Louis-le-Grand.
Volume I: _18 août 1914-8 janvier 1918_; Volume II: _11 février
1918-4 mars 1919_.--Appendice et Index. 2 vol. in-8 (_se vendant
séparément_). Prix de chacun 4.50
Ernest Lémonon.--L'Allemagne vaincue.--Un vol. in-8. Prix 7.50
Eugène Gascoin.--Les victoires Serbes de 1916.--20 photographies,
une carte hors texte. Un vol. in-8. Prix 4.80
Jules Chopin (_alias_ Jules Pichon).--L'Unité de la Politique
Italienne.--Une carte hors texte. Un vol. in-16 Bossard. Prix 2.70
Louis Hautecoeur.--L'Italie sous le Ministère Orlando,
1917-1919.--Un vol. in-8. Prix 7.50
Auguste Boppe.--A la suite du Gouvernement Serbe. _De Nich à
Corfou_ (20 octobre 1915-19 janvier 1916). Une carte hors texte.
Un vol. in-16 Bossard. Prix 3 »
Auguste Gauvain.--L'Encerclement de l'Allemagne.--Un vol. in-16
Bossard. 1919 (7e mille). Prix 3 »
Fernand Roches.--Manuel des Origines de la Guerre.--_Causes
lointaines._--_Cause immédiate._ Préface de M. A. de Lapradelle,
professeur de Droit des Gens à la Faculté de Droit de Paris.
Avec un tableau synoptique en deux encres et un index des noms
propres (500 pages). 1919 (3e mille). Prix 6.60
A. Lugan.--Les Problèmes internationaux et le Congrès de la Paix
(_Vue d'ensemble_).--Un vol. in-8. 1919 (2e mille). Prix 3.90
Jacques Ancel.--L'Unité de la politique Bulgare 1870-1919. Avec
une carte hors texte en déplié.--Un vol. in-16 Bossard. Prix 2.40
Auguste Gauvain.--L'Affaire Grecque.--Un vol. in-16 Bossard.
1918 (8e mille). Prix 3 »
Charles Frégier.--Les Étapes de la Crise Grecque, 1915-1918.
Préface de M. Gustave Fougères, directeur de l'École française
d'Athènes.--Un vol. in-16 Bossard. Prix 3.90
Émile Laloy.--Les Documents secrets des Archives du Ministère
des Affaires étrangères de Russie publiés par les Bolchéviks.
--Un vol. in-16 Bossard. 1920. Prix 3.90
ABBEVILLE.--IMPRIMERIE F. PAILLART.