M. le baron de Boutensac était déjà debout, pâle de colère.

--Sagouin! malpropre! porc! malotru! Se comporter ainsi à la table d'un

gentilhomme en compagnie de sa lignée seigneuriale!

Et d'une voix plus forte, comme s'il lançait une armée à l'assaut d'une

citadelle:

--Holà! Lambert! Lafleur! Pierre! Jean! Mathieu! Laramée....

Laramée, Mathieu, Jean, Pierre, Lafleur, Lambert apparurent haletants.

--Saisissez-moi cet incongru, poursuivit le gentilhomme exaspéré,

couchez-le sur le ventre et lui enlevez son haut-de-chausses.

Toutes les dames et demoiselles s'étaient sauvées en poussant de petits

cris d'horreur à ce dernier commandement.

--Et maintenant, videz-lui la salière là où son haut-de-chausses n'est

plus!

Lambert, Lafleur, Pierre, Jean, Mathieu et Laramée obéirent avec

enthousiasme, non sans agrémenter d'une effroyable bourrade l'exécution

des ordres qu'ils avaient reçus.

Indignement piqué dans son amour-propre, Rouspignol criait comme un

blaireau.

Ayant pris à deux mains le reste des radis demeurés sur la table, M. le

baron les planta de force dans les mains de Guignevent que deux hommes

tenaient solidement.

--Et maintenant, lui cria-t-il, tu vas, toi, les manger tout en les

trempant dans cette salière-là!

Qu'on nous parle donc, maintenant, de la bonne éducation des grands

seigneurs! A peine supérieure à celle des huissiers!

Contes irrévérencieux · 第 24 / 58 题