Quand Emma eut renvoyé ses femmes tout étonnées qu'elle voulût se
coiffer et se délacer elle-même,... la jeune fille tira peu à peu de son
corset la lettre d'Albert et se mit à la déplier.
Puis soit qu'elle pensât qu'un tel travail serait bien long, soit
qu'elle voulût mieux savourer le plaisir en le retardant... elle posa le
gros vilain papier sous les dentelles de son oreiller et se déshabilla
lentement.
Il y eut un instant où ses joues devinrent pourpres, ce fut au moment
où debout devant sa glace, demi nue, elle élevait au-dessus de sa tête
ses beaux bras blancs et arrondis, pour soutenir son épaisse et longue
chevelure blonde.
Ainsi placée, éclairée à demi par la lueur des bougies placées derrière
elle, qui trahissaient par un reflet doré les délicieux contours de ce
corps charmant à travers les plis diaphanes de la batiste... Ainsi
placée, Emma ne pouvant s'empêcher de se trouver belle, adorable, ne put
pas non plus s'empêcher de rougir de plaisir et d'orgueil, ou peut-être
même de modestie.
Et puis aussi il lui sembla qu'elle en aimait deux fois plus Albert; car
il y a quelquefois dans le coeur des femmes de ces moments
d'abnégation entière;--ils sont rares--où elles aiment leur amant en
raison du bonheur et de l'ivresse dont elles peuvent le combler.
Emma se coucha donc, prit une bougie près d'elle et après avoir vingt
fois approché ses jolies lèvres du rude papier, elle le déplia
lentement, soupirant à de longs intervalles... souriant... s'arrêtant
pour réfléchir une seconde et après continuer son travail avec ce soin
minutieux, cette attention dévorante que met l'antiquaire à dérouler un
précieux papyrus Syrien...
Enfin la lettre se déploya tout entière, et Emma lut bien facilement ce
qui suit.