possible le raccommodement de la Prusse avec l'Angleterre, imagina un
expédient fort habile, pour faire durer la querelle. Il avait offert
Malte à Paul, il offrit le Hanovre à la Prusse. On a vu que la Prusse
avait occupé cette province, si chère au coeur de Georges III, comme
représaille des violences que le gouvernement anglais commettait à
l'égard du pavillon neutre. La Prusse s'était difficilement résolue à
un acte aussi grave; mais le secret penchant qui l'a toujours
entraînée vers cette province, la plus souhaitable de toutes pour
elle, celle qui arrondirait le mieux son territoire, ce penchant
avait contribué à la décider, malgré son goût pour la paix et le
repos. D'autres motifs l'avaient influencée. Elle avait une indemnité
à réclamer en Allemagne, car elle était du nombre des princes
séculiers qui devaient être indemnisés de leurs pertes sur la rive
gauche du Rhin, par la sécularisation des États ecclésiastiques. Ses
prétentions étaient fort grandes, et, dans l'espoir que le Premier
Consul les favoriserait, elle avait voulu le satisfaire en occupant le
Hanovre. Le général Bonaparte lui fit déclarer tout de suite, que si
elle voulait garder le Hanovre, et en faire son indemnité, quoique
cette indemnité fût dix fois supérieure à ce qui lui était dû, il y
consentirait volontiers, sans aucune jalousie pour ce gros
accroissement, accordé à une puissance voisine de la France. Cette
proposition charma, et troubla tout à la fois le coeur du jeune
monarque. L'offre était séduisante, mais la difficulté grande à
l'égard de l'Angleterre. Cependant, sans accepter la proposition d'une
manière définitive, le cabinet de Berlin répondit que le roi
Frédéric-Guillaume était touché des bonnes dispositions du Premier
Consul, qu'il n'avait aucun parti pris, qu'on devait réserver pour le
moment où l'on négocierait la paix générale de l'Europe cette
importante question territoriale; et il ajouta que, se fondant sur
l'état présent des choses, qui était un armistice tacitement convenu,
plutôt que formellement stipulé, il ne cesserait pas encore d'occuper
le Hanovre.
Il n'en fallait pas davantage au Premier Consul, qui avait créé de la
sorte entre les cours de Londres et de Berlin la plus grave des
complications, et placé dans les mains d'une puissance qui lui était
dévouée, un gage précieux, dont il pourrait profiter fort utilement
dans les négociations avec l'Angleterre.
[En marge: L'opinion générale en Angleterre est fortement prononcée
pour la paix.]
Le moment de ces négociations approchait enfin. L'Angleterre avait
saisi avec empressement l'occasion de se relâcher de la rigueur de ses
principes maritimes, pour conjurer le danger qui la menaçait du côté
du Nord; elle désirait en finir, et avoir la paix, non-seulement avec
les neutres, mais avec une puissance bien autrement redoutable que les
neutres, avec la France, qui depuis dix ans remuait l'Europe, et
commençait à menacer le sol britannique de sérieux dangers. Un moment,
grâce à l'entêtement de M. Pitt, grâce à l'habileté du général
Bonaparte, elle s'était vue seule contre tout le monde: sortie de
cette position par une hardiesse heureuse, par un coup de bonne
fortune, elle ne voulait pas retomber dans de semblables périls, par
de semblables fautes. L'Angleterre pouvait d'ailleurs traiter
aujourd'hui avec honneur, et il convenait, après avoir perdu tant
d'occasions heureuses, de ne pas laisser échapper celle qui se
présentait de nouveau. Pourquoi, disaient les gens raisonnables en
Angleterre, pourquoi prolonger la guerre? nous avons pris toutes les
colonies qui en valaient la peine; la France en même temps a battu
tous les alliés que nous nous étions donnés; elle s'est agrandie à
leurs dépens; elle est devenue la puissance la plus formidable du
globe. Chaque jour ajouté à la lutte la rend plus redoutable, surtout
par la conquête successive du littoral européen. Elle a soumis la
Hollande et Naples, elle marche sur le Portugal. Il ne faut pas la
faire plus grande encore, en s'obstinant follement à poursuivre la
guerre. Si c'était pour le maintien des principes les plus salutaires
que l'on combattait il y a quelques années, si c'était pour l'ordre
social menacé par la Révolution française, ce n'est plus le cas
aujourd'hui, car la France donne les plus beaux exemples d'ordre et de
sagesse. Songerait-on à rétablir les Bourbons? mais c'est là justement
la grande faute de M. Pitt, l'erreur de sa politique; et, si on a
perdu sa puissante influence, ses grands talents, il faut recueillir
du moins le seul avantage possible de sa retraite, c'est-à-dire
renoncer à cet esprit haineux et inflexible, qui a jeté entre lui et
le général Bonaparte les insultes les plus imprudentes et les plus
grossières.
[En marge: Dispositions du vieux Georges III à l'égard du Premier
Consul.]
Tous les esprits sensés en Angleterre étaient donc pour la paix. Deux
grandes influences se prononçaient dans le même sens: le roi et le
peuple. Le roi d'Angleterre, ce roi opiniâtre et pieux, qui refusait
l'émancipation des catholiques à M. Pitt, par fidélité à la cause du
protestantisme, n'en applaudissait pas moins au rétablissement du
catholicisme en France, rétablissement qui déjà était annoncé comme
prochain. Il y voyait le triomphe des principes religieux, et cela lui
suffisait. Il avait la Révolution française en aversion, et, bien que
le général Bonaparte eût fait essuyer de terribles échecs à la
politique anglaise, il lui savait un gré infini de réagir contre cette
révolution, et de remettre en honneur les vrais principes sociaux.
Cette France, qui possède à un si haut degré la faculté de communiquer
à tous les peuples les sentiments qu'elle éprouve, cette France étant
calmée, ramenée à de saines idées, le roi Georges III regardait
l'ordre social comme sauvé dans l'univers. Si, pour M. Pitt, la guerre
avait été une guerre d'ambition nationale, pour le roi Georges III,
elle avait été une guerre de principes. Il était donc acquis au
générai Bonaparte, mais à sa manière, non pas à celle de Paul Ier.
Revenu de l'accès qui avait paralysé sa raison pendant quelques mois,
il était tout disposé à la paix, et poussait ses ministres à la
conclure. Le peuple anglais, amoureux de nouveautés, regardait la paix
avec la France comme la plus grande des nouveautés, car il y avait dix
ans qu'on s'égorgeait dans le monde entier; attribuant surtout la
disette à la lutte sanglante qui désolait la terre et les mers, il
demandait qu'on se rapprochât de la France. Enfin, le nouveau premier
ministre, M. Addington, ne pouvant prétendre à la gloire de M. Pitt,
dont il était bien loin d'égaler les talents, la renommée,
l'importance politique, M. Addington n'avait qu'une mission qui fût
claire et concevable, c'était celle de faire la paix. Il la voulait
donc, et M. Pitt, resté tout-puissant dans le parlement, la lui
conseillait de son côté comme nécessaire. Les événements du Nord, loin
d'exalter l'orgueil britannique, lui étaient, au contraire, une
occasion plus commode et plus honorable de négocier. Le nouveau
ministre y était résolu le jour de son avénement; et il ne fit que se
confirmer dans cette résolution, en apprenant ce qui s'était passé à
Copenhague et à Saint-Pétersbourg. Allant même plus loin, il prit le
parti de faire auprès du Premier Consul une démarche directe, qui
servit de pendant à celle que le Premier Consul avait faite à l'égard
de l'Angleterre, lors de son avénement au pouvoir.
[En marge: Ouvertures directes du ministère anglais au Premier Consul,
relativement à la paix.]
Lord Hawkesbury, qui était, dans le cabinet de du ministère M.
Addington, secrétaire d'État pour les affaires étrangères, fit appeler
M. Otto. Celui-ci remplissait à Londres, comme on l'a déjà vu, des
fonctions diplomatiques, relatives aux prisonniers, et avait été
chargé six mois auparavant des négociations entamées pour l'armistice
naval. Il était l'intermédiaire tout naturel des nouvelles
communications qui allaient s'établir entre les deux gouvernements.
Lord Hawkesbury dit à M. Otto que le roi l'avait chargé d'une
commission fort douce pour lui, laquelle sans doute ferait en France
autant de plaisir qu'en Angleterre, et que cette commission consistait
à proposer la paix. Il déclara que Sa Majesté était prête à envoyer un
plénipotentiaire, même à Paris, si on le voulait, ou dans toute autre
ville au gré du Premier Consul. Lord Hawkesbury ajoutait qu'il
n'entendait offrir que des conditions honorables pour les deux pays,
et, pour preuve de la franchise de cette réconciliation, il affirmait
qu'à partir de ce jour toute trame dirigée contre le gouvernement
actuel de la France, serait repoussée par le cabinet britannique. Il
attendait, disait-il, la réciprocité de la part de la République
française.
C'était désavouer la politique antérieure de M. Pitt, qui avait
toujours affecté de poursuivre le rétablissement de la maison de
Bourbon, et n'avait cessé de soudoyer les tentatives des émigrés et
des Vendéens. On ne pouvait ouvrir plus dignement les négociations
proposées. Lord Hawkesbury insista pour avoir une prompte réponse.
[En marge: Acceptation des offres du cabinet britannique.]
Le Premier Consul qui, dans le moment, n'aspirait qu'à tenir
complètement la promesse faite à la France, de lui procurer l'ordre et
la paix, le Premier Consul fut heureux de cette solution, qu'il avait
pour ainsi dire commandée par ses succès, et par l'habileté de sa
politique. Il accueillit les ouvertures de l'Angleterre avec autant
d'empressement qu'on en mettait à les faire. Cependant une négociation
d'apparat lui semblait gênante et peu efficace. Le souvenir de celle
de lord Malmesbury, en 1797, qui n'avait été qu'une vaine
démonstration de la part de M. Pitt, lui avait laissé une fâcheuse
impression. Il pensait que si on était de bonne foi à Londres, comme
véritablement on paraissait l'être, il suffisait de s'aboucher
directement, sans éclat, au Foreign-Office, et là, d'y traiter avec
franchise et simplicité des conditions de la paix. Il les regardait
comme faciles, si on voulait sincèrement aboutir à un rapprochement;
car, disait-il, l'Angleterre a pris les Indes, et nous, nous avons
pris l'Égypte. Si nous convenons de garder, les uns et les autres, ces
riches conquêtes, le reste est de peu d'importance. Que sont, en
effet, quelques îles dans les Antilles ou ailleurs, que l'Angleterre
détient à nous et à nos alliés, à côté des vastes possessions que nous
avons conquises? Peut-elle refuser de les rendre, quand le Hanovre est
dans nos mains, quand le Portugal doit y être bientôt, et que nous
offrons de lui rendre ces royaumes, pour quelques îles de l'Amérique?
La paix est donc facile, écrivit-il à M. Otto, si on la veut. Je vous
autorise à traiter, mais directement avec lord Hawkesbury.--
[En marge: M. Otto chargé de négocier directement avec lord
Hawkesbury.]
Des pouvoirs furent envoyés à M. Otto, avec recommandation de ne rien
publier, d'écrire le moins possible, de s'entendre verbalement, et de
ne passer des notes que pour les questions les plus importantes. Il
était impossible de tenir une pareille négociation absolument secrète;
mais le Premier Consul prescrivit à M. Otto de demander, et d'observer
de son côté, la plus grande discrétion, relativement aux questions qui
seraient soulevées et discutées, de part et d'autre.
Lord Hawkesbury accepta cette manière de procéder, au nom du roi
d'Angleterre, et il fut convenu que les conférences commenceraient
tout de suite à Londres, entre lui et M. Otto. Elles commencèrent,
effectivement, dans les premiers jours d'avril 1801 (milieu de
germinal an IX).
[En marge: Certitude d'une paix prochaine sur terre et sur mer.]
Du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), au mois de germinal an IX
(avril 1801), il s'était écoulé environ dix-huit mois, et la France en
paix avec le continent, en négociation franche et sincère avec
l'Angleterre, allait enfin obtenir, pour la première fois depuis dix
ans, la paix générale sur terre et sur mer. La condition de cette paix
générale, admise par toutes les parties contractantes, était la
conservation de nos belles conquêtes.
FIN DU LIVRE NEUVIÈME ET DU TOME DEUXIÈME.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES
DANS LE TOME DEUXIÈME.
LIVRE CINQUIÈME.
HÉLIOPOLIS.
État de l'Égypte après le départ du général Bonaparte.--Profond
chagrin de l'armée; son désir de retourner en France.--Kléber
excite ce sentiment au lieu de le contenir.--Rapport qu'il fait
sur l'état de la colonie.--Ce rapport, destiné au Directoire,
parvient au Premier Consul.--Faussetés dont il est
plein.--Grandes ressources de la colonie, et facilité de la
conserver à la France.--Kléber, entraîné lui-même par le
sentiment qu'il avait encouragé, est amené à traiter avec les
Turcs, et les Anglais.--Coupable convention d'El-Arisch,
stipulant l'évacuation de l'Égypte.--Refus des Anglais d'exécuter
la convention, et leur prétention d'obliger l'armée française à
déposer les armes.--Noble indignation de Kléber.--Rupture de
l'armistice et bataille d'Héliopolis.--Dispersion des
Turcs.--Kléber les poursuit jusqu'à la frontière de Syrie.--Prise
du camp du visir.--Répartition de l'armée dans la
Basse-Égypte.--Retour de Kléber au Kaire, afin de réduire cette
ville qui s'était insurgée sur ses derrières.--Temporisation
habile de Kléber.--Après avoir réuni ses moyens, il attaque et
reprend le Kaire.--Soumission générale.--Alliance avec
Murad-Bey.--Kléber, qui croyait ne pouvoir garder l'Égypte
soumise, l'a reconquise en trente-cinq jours contre les forces
des Turcs et contre les Égyptiens révoltés.--Ses fautes
glorieusement effacées.--Émotion des peuples musulmans en
apprenant que l'Égypte est aux mains des infidèles.--Un
fanatique, parti de la Palestine, se rend au Kaire pour
assassiner Kléber.--Mort funeste de ce dernier, et conséquences
de cette mort pour la colonie.--Tranquillité présente.--Kléber et
Desaix avaient succombé le même jour.--Caractère et vie de ces
deux hommes de guerre......................................1 à 72
LIVRE SIXIÈME.
ARMISTICE.
Vastes préparatifs pour secourir l'armée d'Égypte.--Arrivée de M.
de Saint-Julien à Paris.--Impatience du cabinet français de
traiter avec lui.--Malgré l'insuffisance des pouvoirs de M. de
Saint-Julien, M. de Talleyrand l'entraîne à signer des articles
préliminaires de paix.--M. de Saint-Julien signe, et part avec
Duroc pour Vienne.--État de la Prusse et de la Russie.--Démarche
adroite du Premier Consul à l'égard de l'empereur Paul.--Il lui
renvoie six mille prisonniers russes sans rançon, et lui offre
l'île de Malte.--Enthousiasme de Paul Ier pour le général
Bonaparte, et mission donnée à M. de Sprengporten pour
Paris.--Nouvelle ligue des neutres.--Les quatre grandes questions
du droit maritime.--Rapprochement avec le Saint-Siége.--La cour
d'Espagne, et son intimité avec le Premier Consul.--État
intérieur de cette cour.--Envoi du général Berthier à Madrid.--Ce
représentant du Premier Consul négocie un traité avec Charles IV,
tendant à donner la Toscane à la maison de Parme, et la Louisiane
à la France.--Érection du royaume d'Étrurie.--La France, reprend,
faveur auprès des puissances de l'Europe.--Arrivée de M. de
Saint-Julien à Vienne.--Étonnement de sa cour à la nouvelle des
articles préliminaires signés sans pouvoirs.--Embarras du cabinet
de Vienne, qui s'était engagé à ne pas traiter sans
l'Angleterre.--Désaveu de M. de Saint-Julien.--Essai d'une
négociation commune, comprenant l'Angleterre et l'Autriche.--Le
Premier Consul, pour admettre l'Angleterre dans la négociation,
exige un armistice naval, qui lui permette de secourir
l'Égypte.--L'Angleterre refuse, non pas de traiter, mais
d'accorder l'armistice proposé.--Le Premier Consul veut alors une
négociation directe et immédiate avec l'Autriche, ou la reprise
des hostilités.--Manière dont il a profité de la suspension
d'armes pour mettre les armées française sur un pied
formidable.--Effroi de l'Autriche, et remise des places de
Philipsbourg, Ulm et Ingolstadt, pour obtenir une prolongation
d'armistice continental.--Convention de Hohenlinden accordant une
nouvelle suspension d'armes de quarante-cinq jours.--Désignation
de M. de Cobentzel pour se rendre au congrès de Lunéville.--Fête
du, 1er vendémiaire.--Translation du corps de Turenne aux
Invalides.--Le Premier Consul profite du temps que lui laisse
l'interruption des hostilités, pour s'occuper de l'administration
intérieure.--Succès de ses mesures financières.--Prospérité de
la Banque de France.--Payement des rentiers en
argent.--Réparation des routes.--Rentrée des
prêtres.--Difficultés pour la célébration du dimanche et du
décadi.--Nouvelle mesure à l'égard des émigrés.--État des
partis.--Leurs dispositions envers le Premier Consul.--Les
révolutionnaires et les royalistes.--Conduite du gouvernement à
leur égard.--Influences en sens contraires auprès du Premier
Consul.--Rôle que jouent auprès de lui MM. Fouché, de Talleyrand
et Cambacérès.--Famille Bonaparte.--Lettres de Louis XVIII au
Premier Consul, et réponse faite à ce prince.--Complot de
Ceracchi et Aréna.--Agitation des esprits en apprenant ce
complot.--Les amis imprudents du Premier Consul veulent en
profiter pour l'élever trop tôt au pouvoir suprême.--Pamphlet
écrit dans ce sens par M. de Fontanes.--Obligation où l'on est de
désavouer ce pamphlet.--Lucien Bonaparte privé du ministère de
l'intérieur, est envoyé en Espagne...................... 73 à 215
LIVRE SEPTIÈME.
HOHENLINDEN.
Paix avec les États-Unis et les Régences Barbaresques.--Réunion
du Congrès de Lunéville.--M. de Cobentzel se refuse à une
négociation séparée, et veut au moins la présence d'un
plénipotentiaire anglais, pour couvrir la négociation réelle
entre l'Autriche et la France.--Le Premier Consul, afin de hâter
la conclusion, ordonne la reprise des hostilités.--Plan de la
campagne d'hiver.--Moreau est chargé de franchir l'Inn, et de
marcher sur Vienne.--Macdonald avec une seconde armée de réserve
a ordre de passer des Grisons dans le Tyrol.--Brune avec 80 mille
hommes est destiné à forcer l'Adige et le Mincio.--Plan du jeune
archiduc Jean, devenu généralissime des armées
autrichiennes.--Son projet de tourner Moreau, manqué par des
fautes d'exécution.--Il s'arrête en route, et veut assaillir
Moreau dans la forêt de Hohenlinden.--Belle manoeuvre de Moreau,
supérieurement exécutée par Richepanse.--Mémorable bataille de
Hohenlinden.--Grands résultats de cette bataille.--Passage de
l'Inn, de la Salza, de la Traun, de l'Ens.--Armistice de
Steyer.--L'Autriche promet de signer la paix
immédiatement.--Opérations dans les Alpes et en Italie.--Passage
du Splugen par Macdonald, au milieu des horreurs de
l'hiver.--Arrivée de Macdonald dans le Tyrol
italien.--Dispositions, de Brune pour passer le Mincio sur deux
points.--Vice de ces dispositions.--Le général Dupont essaie un
premier passage à Pozzolo, et attire sur lui seul le gros de
l'armée autrichienne.--Le Mincio est forcé, après une effusion de
sang inutile.--Passage du Mincio et de l'Adige.--Heureuse fuite
du général Laudon au moyen d'un mensonge.--Les Autrichiens battus
demandent un armistice en Italie.--Signature de cet armistice à
Trévise.--Reprise des négociations à Lunéville.--Le principe
d'une paix séparée admis par M. de Cobentzel.--Le Premier Consul
veut faire payer à l'Autriche les frais de cette seconde
campagne, et lui impose des conditions plus dures que dans les
préliminaires de M. de Saint-Julien.--Il pose pour _ultimatum_ la
limite du Rhin en Allemagne, la limite de l'Adige en
Italie.--Courageuse résistance de M. de Cobentzel.--Cette
résistance, quoique honorable, fait perdre à l'Autriche un temps
précieux.--Pendant qu'on négocie à Lunéville, l'empereur Paul, à
qui le Premier Consul avait cédé l'île de Malte, la réclame des
Anglais, qui la refusent.--Colère de Paul Ier.--Il appelle à
Pétersbourg le roi de Suède, et renouvelle la ligue de
1780.--Déclaration des neutres.--Rupture de toutes les cours du
Nord avec la Grande-Bretagne.--Le Premier Consul en profite pour
être plus exigeant envers l'Autriche.--Il veut, outre la limite
de l'Adige, l'expulsion de l'Italie de tous les princes de la
maison d'Autriche.--Le grand-duc de Toscane doit avec le duc de
Modène être transporté en Allemagne.--M. de Cobentzel finit par
céder, et signe avec Joseph Bonaparte, le 9 février 1801, le
célèbre traité de Lunéville.--La France obtient pour la seconde
fois la ligne du Rhin dans toute son étendue, et reste à peu près
maîtresse de l'Italie.--L'Autriche est rejetée au delà de
l'Adige.--La République Cisalpine doit comprendre le Milanais, le
Mantouan, le duché de Modène et les Légations.--La Toscane
destinée à la maison de Parme, sous le titre de royaume
d'Étrurie.--Le principe des sécularisations posé pour
l'Allemagne.--Grands résultats obtenus par le Premier Consul dans
l'espace de quinze mois................................ 216 à 302
LIVRE HUITIÈME.
MACHINE INFERNALE.
Complots dirigés contre la vie du Premier Consul.--Trois agents
de Georges, les nommés Carbon, Saint-Réjant, Limoëlan, forment le
projet de faire périr le Premier Consul par l'explosion d'un
baril de poudre.--Choix de la rue Saint-Nicaise et du 3 nivôse,
pour l'exécution de ce crime.--Le Premier Consul sauvé par la
dextérité de son cocher.--Émotion générale.--Le crime attribué
aux révolutionnaires, et aux faiblesses du ministre Fouché pour
eux.--Déchaînement des nouveaux courtisans contre ce
ministre.--Son silence et son sang-froid.--Il découvre en partie
la vérité, et la fait connaître; mais on n'en persiste pas moins
à poursuivre les révolutionnaires.--Irritation du Premier
Consul.--Projet d'une mesure arbitraire.--Délibération à ce sujet
dans le sein du Conseil d'État.--On se fixe après de longues
discussions, et on aboutit à la résolution de déporter un certain
nombre de révolutionnaires sans jugement.--Quelques résistances,
mais bien faibles, opposées à cet acte arbitraire.--On examine
s'il aura lieu par une loi, ou par une mesure spontanée du
gouvernement, déférée seulement au Sénat, sous le rapport de la
constitutionnalité.--Ce dernier projet l'emporte.--La déportation
prononcée contre cent trente individus qualifiés de
terroristes.--Fouché, qui les savait étrangers à l'attentat du 3
nivôse, consent néanmoins à la mesure qui les
proscrit.--Découverte des vrais auteurs de la machine
infernale.--Supplice de Carbon et de Saint-Réjant.--Injuste
condamnation de Topino-Lebrun, Aréna, etc.--Session de l'an
IX.--Nouvelles manifestations de l'opposition dans le
Tribunat.--Loi des tribunaux spéciaux pour la répression du
brigandage sur les grandes routes.--Plan de finances pour la
liquidation des années V, VI, VII et VIII.--Budget de l'an
IX.--Règlement définitif de la dette publique.--Rejet par le
Tribunat, et adoption par le Corps Législatif, de ce plan de
finances.--Sentiments qu'éprouve le Premier Consul.--Continuation
de ses travaux administratifs.--Routes.--Canal de
Saint-Quentin.--Ponts sur la Seine.--Travaux du
Simplon.--Religieux du grand Saint-Bernard établis au Simplon et
au Mont-Cenis.......................................... 303 à 360
LIVRE NEUVIÈME.
LES NEUTRES.