--Maman, dit Odette, lorsque la dernière visite fut partie, comment
feras-tu pour recevoir madame Lesquen?
Madame Varèze, plus agitée qu’elle ne voulait le paraître, répondit:
--M. d’Estanger ne vient jamais à notre jour. J’étais si liée autrefois
avec Marguerite qu’il m’est impossible de lui faire mauvais accueil.
--Il ne me semble pas qu’on puisse demeurer amis avec les deux.
--C’est affreux pourtant, et très injuste. Du reste, je suis persuadée
que Marguerite ne m’en voudrait aucunement de recevoir son mari. Elle
aimait beaucoup ce pauvre garçon.
--C’est possible, mais aujourd’hui elle a un autre mari.
--Comme il y a des gens qui se compliquent la vie! dit madame Varèze
avec un soupir de découragement. D’ailleurs, Marguerite attendra
maintenant notre visite, nous avons le temps de réfléchir.
M. Despasse, mis au courant de l’incident, fut résolument de l’opinion
d’Odette; pour le moins, il jugeait convenable de prévenir les parties
intéressées; elles seraient libres alors d’agir à leur gré. Odette
protesta avec chaleur:
--Ce serait lâche d’avertir M. d’Estanger: lui qui est seul et trouve
plaisir à venir nous voir, il croirait que nous voulons le chasser.
Madame Lesquen n’a pas besoin de nous; elle l’a suffisamment témoigné
puisqu’elle ne venait presque plus.
--Ta fille a raison, dit M. Despasse en s’adressant à madame Varèze, et
du reste je ne trouve pas madame Lesquen intéressante du tout. Elle
avait pour mari un très gentil garçon; elle a renoncé à lui à cause
d’une bagatelle. Maintenant elle en a pris un autre, tu ne peux te
croire utile à son bonheur. Donc, tu as toute latitude.
--Maman manque de courage, affirma Odette.
--C’est vrai, je ne sais pas faire de la peine, et il me semble toujours
que Marguerite ne peut pas être parfaitement heureuse.