Et voici que Snorri le Godi apprend ce qu'il est advenu de l'affaire.
Aussitôt, il se met à rassembler son monde au bas de l'Almannagja, entre
elle et les huttes de ceux de Hlad. Il avait dit déjà à ses hommes ce
qu'ils auraient à faire.
En même temps, le messager arrive auprès de Thorhal fils d'Asgrim. Il
lui dit ce qui est arrivé, comme quoi Mörd et tous les autres vont être
proscrits, et toute la poursuite pour le meurtre réduite à néant.
En apprenant cela, Thorhal fut tellement saisi qu'il ne pouvait
prononcer une parole. Il sauta de son lit, et prenant à deux mains la
lance que lui avait donné Skarphjedin, il se l'enfonça dans la jambe.
Quand il la retira, il y pendait de la chair, et le coeur de l'abcès,
qu'il avait arraché tout entier. Et il en sortit un tel torrent de sang
et de matières que c'était comme un ruisseau sur le sol. Il sortit de la
hutte sans s'arrêter, et il allait si vite que le messager ne pouvait le
suivre. Il courut tout droit jusqu'au cinquième tribunal. Là il
rencontra Grim le rouge, parent de Flosi. Sitôt qu'il l'eut rejoint,
Thorhal pointa sa lance contre lui. La lance entra dans le bouclier, et
le fendit en deux, après quoi elle perça Grim de part en part, et la
pointe ressortit entre les deux épaules. Et Thorhal, secouant sa lance,
le jeta à terre, mort.
Kari, fils de Sölmund, l'avait vu faire: il dit à Asgrim: «Voilà ton
fils Thorhal qui arrive et qui a déjà tué son homme. C'est une grande
honte pour nous, s'il a seul le coeur de venger l'incendie.»--«Cela ne
sera pas, dit Asgrim, marchons sur eux.» Alors il s'éleva une grande
clameur dans toute la troupe, et ils poussaient tous leur cri de guerre.
Flosi et les siens se rangèrent en bataille; et des deux côtés, ils
s'excitaient à marcher en avant.
Kari, fils de Sölmund, courut à l'endroit où se trouvaient, en avant des
autres, Arni fils de Kol, et Halbjörn le fort. Dès qu'Halbjörn vit Kari,
il leva son épée pour le frapper à la jambe. Mais Kari sauta en l'air,
et Halbjörn le manqua. Alors Kari se tourna contre Arni fils de Kol et
le frappa de sa hache. Le coup l'atteignit à l'épaule, fendit la
clavicule et l'omoplate, et lui entra dans la poitrine. Arni tomba à
terre, mort. Après cela, Kari frappa Halbjörn. La hache s'enfonça dans
son bouclier, le traversa, et lui enleva le gros orteil. Holmstein lança
un javelot à Kari. Kari prit le javelot en l'air et le renvoya, et tua
un homme de la troupe de Flosi.
Thorgeir Skorargeir arriva devant Halbjörn le fort. Il poussa sa lance
contre lui, d'une seule main, avec tant de force, qu'Halbjörn tomba à la
renverse. Il se releva à grand'peine et prit la fuite sur le champ.
Thorgeir se trouva en face de Thorvald, fils de Thrumketil. Il leva sur
lui sa hache Rimmugygi, la hache de Skarphjedin. Thorvald se couvrit de
son bouclier. Thorgeir frappa sur le bouclier, et le fendit en deux,
mais la pointe du devant entra dans la poitrine de Thorvald et s'y
enfonça. Thorvald tomba sur le coup, et il était mort.
Asgrim fils d'Ellidagrim et son fils Thorhal, Hjalti fils de Skeggi et
Gissur le blanc avaient marché vers l'endroit où étaient Flosi, les fils
de Sigfus, et les autres qui avaient eu part à l'incendie. Il y eut là
une rude bataille, et à la fin si hardiment allaient Asgrim et les siens
que Flosi et les autres plièrent devant eux.
Gudmund le puissant, Mörd fils de Valgard, Kari fils de Sölmund, et
Thorgeir Skorargeir s'étaient attaqués aux gens de l'Öxfjord, à ceux des
fjords de l'Est, et du Reykdal. Il y eut là aussi une rude bataille.
Kari fils de Sölmund arriva devant Bjarni fils de Brodhelgi. Il prit une
lance à terre, et la pointa sur lui; la lance entra dans son bouclier.
Bjarni jeta le bouclier loin de lui, sans quoi la lance l'eût percé de
part en part. Il leva son épée sur Kari, pour le frapper à la jambe.
Kari retira vivement sa jambe et tourna sur ses talons, en sorte que
Bjarni le manqua. Kari leva son épée sur lui. À ce moment un homme
accourut qui mit son bouclier devant Bjarni. Kari fendit en deux le
bouclier, et la pointe de son épée atteignit l'homme à la cuisse, et lui
fendit la jambe, tout du long. L'homme tomba, et il fut estropié tant
qu'il vécut.
Alors Kari prit sa lance à deux mains et, se tournant contre Bjarni, il
la pointa sur lui. Bjarni ne vit plus qu'une seule chose à faire: il se
laissa tomber à terre pour éviter le coup. Mais sitôt qu'il fut remis
sur ses pieds, il s'enfuit.
Thorgeir Skorargeir s'était attaqué à Holmstein fils de Bersir le sage,
et à Thorkel fils de Geitir. Et le combat finit de telle sorte
qu'Holmstein et les siens furent enfoncés. Et les gens de Gudmund le
puissant poussèrent de grands cris en les voyant fuir. Thorvard fils de
Tjörvi, de Ljosavatn, reçut une grave blessure. Un javelot lui perça le
bras, et on pensa que c'était Haldor, fils de Gudmund le puissant, qui
avait lancé le javelot. Thorvard ne guérit jamais de cette blessure,
tant qu'il vécut.
Alors il y eut une grande mêlée. Quoiqu'il soit ici parlé de plusieurs
hauts faits qui s'y passèrent, il y en eut encore beaucoup d'autres qui
n'ont pas été rapportés.
Flosi avait dit à ses hommes de s'en aller vers l'Almannagja, pour s'y
fortifier, s'ils étaient repoussés; car là, on ne pouvait les attaquer
que d'un côté. Mais la troupe que menaient Hal de Sida et son fils Ljot
s'était retirée avant l'attaque d'Asgrim et de son fils Thorhal. Ils
s'en allaient vers l'est, descendant l'Öxara. Hal dit: «Ce sera trop
grand dommage si tous les gens qui sont au ting viennent à se battre.
J'ai envie, Ljot mon fils, de chercher de l'aide pour les séparer,
quoiqu'il soit probable que plus d'un nous en fera reproche. Attends-moi
au bout du pont. Moi j'irai vers les huttes et je demanderai du
secours.» Ljot répondit: «Si je vois que Flosi et les siens ont besoin
de nos hommes j'irai les retrouver au plus vite.»--«Tu feras comme tu
voudras, dit Hal; pourtant je te prie de m'attendre ici.»
À ce moment la panique se met dans la troupe de Flosi, et ils prennent
tous la fuite vers l'est, traversant l'Öxara. Asgrim et les siens, et
Gissur le blanc, les poursuivaient, et toute l'armée. Flosi et ses gens
descendaient, entre les huttes de Virkir et celles de Hlad. C'était là
que Snorri le Godi avait rangé sa troupe en bataille, si serrée qu'il
n'y avait pas moyen de passer. «Où courez-vous si vite? cria Snorri à
Flosi; et qui donc vous poursuit?» Flosi répondit: «Si tu me demandes
cela, ce n'est pas faute de le savoir, mais pourquoi veux-tu nous
empêcher de nous défendre dans l'Almannagja?»--«Ce n'est pas moi qui
vous en empêche, dit Snorri, mais je sais qui c'est, et je te le dirai
si tu veux: c'est Thorvald Kroppinskeg, et Kol.» Ceux dont il parlait
étaient morts tous les deux, et ils avaient été les plus grands
malfaiteurs parmi les gens de Flosi.
Alors Snorri dit à ses hommes: «Frappez d'estoc et de taille, et faites
en sorte de les chasser d'ici. Ils ne tiendront pas longtemps, si les
autres arrivent, et les attaquent d'en bas. Mais gardez-vous de les
poursuivre, et laissez-les se tirer d'affaire tout seuls.»
On vint dire à Skapti fils de Thorod que son fils Thorstein Holmud avait
suivi au combat son beau-père Gudmund le puissant. Sitôt que Skapti le
sut, il vint à la hutte de Snorri le Godi: il voulait prier Snorri
d'aller les séparer. Mais il n'était pas arrivé à la porte de la hutte,
que la bataille s'était engagée là, plus chaude que nulle part ailleurs.
Asgrim et ses hommes arrivaient d'en bas. Thorhal dit à Asgrim «Voilà,
père, Skapti fils de Thorod.»--«Je le vois, mon fils» dit Asgrim. Il
lança un javelot à Skapti, et il l'atteignit à la jambe, à l'endroit le
plus gras. Skapti eut les deux jambes transpercées. Il tomba sur le coup
sans pouvoir se relever. Ceux qui étaient là ne purent faire autre chose
pour lui que de le traîner tout de son long dans la hutte d'un forgeron.
Asgrim et les siens allaient de l'avant, si hardiment que Flosi et ses
hommes furent enfoncés. Ils s'enfuirent vers le Sud le long de la
rivière, jusqu'aux huttes de ceux de Mödruvöll. Il y avait là dehors,
devant une hutte, un homme qui s'appelait Sölvi. Il faisait cuire de la
viande dans un grand chaudron; il venait de la retirer et l'eau était
toute bouillante. Sölvi vint à s'apercevoir de la fuite des gens de
l'Est. Ils passaient à ce moment juste devant lui. «Ce sont donc des
poltrons, tous ces gens de l'Est, cria-t-il, pour fuir ainsi? Voilà
Thorkel fils de Geitir, en vérité, qui s'enfuit avec eux. On a bien
menti sur son compte quand on a dit qu'il était la bravoure en personne,
car voici qu'il court plus fort qu'eux tous.»
Halbjörn le fort était tout près de lui: «Tu ne diras pas longtemps que
nous sommes tous des poltrons» dit-il. Il le prit, le brandit en l'air,
et le jeta la tête la première dans le chaudron bouillant. Sölvi mourut
sur le champ.
Les autres arrivaient, poursuivant Halbjörn, et il dut reprendre la
fuite.
Flosi lança un javelot à Bruni, fils de Haflidi. Il l'atteignit au
milieu du corps, et le tua. Bruni était de la troupe de Gudmund le
puissant. Thorstein fils de Hlenni sortit le javelot de la blessure et
le renvoya à Flosi, il l'atteignit à la jambe, et lui fit une profonde
blessure. Flosi tomba sur le coup, mais il se releva aussitôt. Ils
reprirent leur course vers les huttes de ceux du Vatnfjord.
À ce moment, Ljot et Hal arrivèrent de l'est, passant la rivière, avec
toute leur troupe. Comme ils débouchaient sur la plaine de lave, un
javelot fut lancé, de la troupe de Gudmund le puissant, qui atteignit
Ljot au milieu du corps. Il tomba mort. On n'a jamais su qui l'avait
tué.
Flosi et les siens passaient devant les huttes de ceux du Vatnsfjord.
Thorgeir Skorargeir dit à Kari, fils de Sölmund: «Voilà Eyjolf fils de
Bölverk. Si tu veux, nous allons lui faire payer son anneau.»--Je ne
demande pas mieux» dit Kari; il prit un javelot à un de ses hommes et le
lança à Eyjolf. Le javelot atteignit Eyjolf au milieu du corps et le
perça de part en part. Il tomba à terre, mort.
Alors il y eut quelque répit dans le combat. Snorri le Godi arrivait
avec sa troupe. Skapti était avec lui. Ils se lancèrent au milieu d'eux,
et il n'y eut pas moyen de continuer à se battre, Hal joignit sa troupe
à celle de Snorri, et ils s'efforcèrent de les séparer. On fit donc une
trêve qui devait durer tant que durerait le ting. Les cadavres furent
ensevelis et portés à l'église, et les blessés eurent leurs blessures
pansées.
Le jour suivant, les hommes allèrent au tertre de la loi. Hal de Sida se
leva, et demanda qu'on fît silence pour l'écouter, ce qui fut fait
aussitôt. Il parla ainsi: «Il vient de se passer ici des choses
fâcheuses, en fait de morts d'hommes et d'actions en justice. Je vais
montrer que je ne suis pas des plus braves, car je viens prier Asgrim,
et les autres qui menaient avec lui cette affaire, de nous accorder la
paix, à termes égaux.» Et il ajouta encore beaucoup de belles paroles.
Kari fils de Sölmund répondit: «Quand tous les autres entreraient en
arrangement pour leurs affaires, je ne le ferai pas pour la mienne. Vous
voulez que la mort des vôtres soit mise en compensation de l'incendie;
mais nous, nous ne pouvons souffrir cela.» Et Thorgeir Skorargeir parla
comme lui.
Alors Skapti fils de Thorod se leva et dit: «Tu aurais mieux fait, Kari,
de ne pas t'enfuir d'auprès de tes beaux-frères. Tu n'aurais pas
maintenant à refuser la paix que t'offrent de vaillants hommes.»
Kari répondit par un chant:
«Que me reproches-tu d'avoir pris la fuite? Souvent pour une moindre
cause, les traits pleuvent comme grêle sur les boucliers. Il y en a un
qui, lorsque les épées chantaient à voix haute, a été se cacher sous
terre, le lâche à la barbe rouge.
«Lorsque les guerriers enfants des dieux quittaient le combat à grand
peine, (les héros ce jour-là combattaient sans bouclier) il arriva
malheur à Skapti. Parmi le fracas de la bataille, des gens qui faisaient
cuire leur viande le tirèrent tout de son long dans leur hutte, grande
était sa peur alors.
«Ils ont ri de Grim, et d'Helgi, et de Njal, qu'ils ont fait brûler. Ils
auront à chercher où se cacher quand, la ting venu à sa fin, les plaines
retentiront d'une autre clameur.»
Il y eut de grands éclats de rire. Snorri le Godi souriait. Il dit entre
ses dents, mais de manière que bien des gens purent l'entendre:
«Skapti peut nous dire si le javelot d'Asgrim a bien touché. Holmstein a
pris la fuite: il court de toutes ses forces. Quant à Thorkel, il combat
à grand peine.»
Et les gens se remirent à rire, plus fort que jamais.
Hal de Sida reprit la parole: «Chacun sait, dit-il, quelle perte j'ai
subie par la mort de mon fils Ljot. Beaucoup seront d'avis qu'il mérite
la plus grosse amende parmi ceux qui ont été tués ici. Et pourtant voici
ce que je vais faire pour arriver à un arrangement: je consens à ce
qu'il ne soit pas payé d'amende pour mon fils, et à promettre néanmoins
paix et fidélité à ceux qui furent mes adversaires. Je te prie donc toi,
Snorri le Godi, et vous autres, les meilleurs de nos chefs, de vous
employer à faire la paix entre nous.» Après cela Hal s'assit, et il se
fit une grande rumeur au sujet de ses paroles; on les trouvait bonnes et
chacun louait son bon vouloir.
Alors Snorri le Godi se leva, et fit un long et beau discours. Il pria
Asgrim et Gissur, et les autres qui menaient cette affaire, de vouloir
bien faire la paix.
Asgrim répondit: «Le jour où Flosi est entré chez moi avec sa troupe, je
m'étais promis que je ne ferais jamais de paix avec lui. Pourtant,
Snorri, j'y consens, pour l'amour de toi, et de nos autres amis.»
Thorleif Krak et Thorgrim le grand parlèrent de même, et dirent qu'ils
feraient la paix; et ils pressèrent fort leur frère Thorgeir Skorargeir
de la faire aussi. Mais il s'en défendait, et disait qu'il ne se
séparerait jamais de Kari. «C'est donc à Flosi de décider, dit Gissur le
blanc, s'il veut faire une paix qui soit telle que quelques-uns
resteront en dehors.» Flosi dit qu'il voulait bien: «Moins j'aurai,
dit-il, de braves hommes contre moi, et mieux cela vaudra.»
Gudmund le puissant prit la parole: «Je propose, pour ma part, dit-il,
d'entrer en arrangement pour les meurtres commis au ting, à la condition
que les poursuites au sujet de l'incendie ne seront pas réduites à
néant.» Gissur le blanc et Hjalti fils de Skeggi, Asgrim fils
d'Ellidagrim et Mörd fils de Valgard parlèrent dans le même sens. On
entra donc en arrangement. Ils se donnèrent la main, et convinrent de
s'en remettre au jugement de douze hommes. Snorri le Godi fut mis à leur
tête, et tous les autres furent choisis parmi les meilleurs. Les
meurtres furent mis en compensation les uns des autres et on fixa des
amendes pour ceux qui étaient en plus. Puis ils prononcèrent dans
l'affaire d'incendie. Ils fixèrent pour Njal une amende triple du prix
d'un homme, pour Bergthora une amende double. Le meurtre de Skarphjedin
fut mis en compensation du meurtre d'Höskuld, Godi de Hvitanes. Quant à
Grim et à Helgi, on fixa pour chacun d'eux deux fois le prix d'un homme,
et une fois le prix d'un homme pour chacun de ceux qui avaient été
brûlés dans la maison de Njal. Pour le meurtre de Thord fils de Kari il
n'y eut pas d'arrangement.
Flosi et les autres qui avaient eu part à l'incendie furent condamnés à
quitter le pays; mais ils ne devaient partir cet été même que s'ils le
voulaient bien. Si pourtant trois hivers étant passés ils n'étaient pas
encore partis, la sentence portait qu'ils seraient proscrits, lui et les
autres incendiaires. Et cette sentence devait être proclamée au ting
d'automne ou au ting de printemps, selon que les arbitres le
préféreraient. Flosi devait rester au loin pendant trois hivers. Mais
Gunnar fils de Lambi, Grani fils de Gunnar, Glum fils d'Hildir, et Kol
fils de Thorstein, ceux-là n'auraient jamais permission de revenir.
On demanda à Flosi s'il ne voulait pas faire rendre un jugement au sujet
de sa blessure. Il répondit qu'il ne prendrait jamais d'argent pour un
dommage à lui fait. On décida qu'il ne serait point payé d'amende pour
Eyjolf fils de Bölverk, à cause de ses mauvaises façons d'agir.
La paix fut donc conclue dans ces termes, en se donnant la main, et elle
a été toujours gardée depuis.
Asgrim et les siens firent à Snorri le Godi de riches présents. Il se
fit grand honneur de sa conduite en cette affaire. Skapti eut une amende
pour sa blessure. Gissur le blanc, Hjalti fils de Skeggi, et Asgrim fils
d'Ellidagrim invitèrent chez eux Gudmund le puissant. Il promit d'y
aller, et chacun d'eux lui donna un anneau d'or. Puis il partit pour le
Nord, s'en retournant chez lui; chacun faisait son éloge pour la manière
dont il s'était comporté dans cette affaire.
Thorgeir Skorargeir pria Kari de s'en revenir avec lui. Ils firent route
d'abord avec Gudmund, du côté du Nord, jusqu'aux montagnes. Kari fit
présent à Gudmund d'une agrafe d'or, et Thorgeir d'une ceinture
d'argent, toutes deux d'un grand prix. Ils se séparèrent en grande
amitié. Gudmund s'en retourna chez lui, et il ne reparaîtra plus dans la
saga.
Kari et les siens quittèrent la montagne et prirent la route du Sud. Ils
redescendirent dans le pays habité, et vinrent jusqu'à la Thjorsa.
Flosi et tous les gens de l'incendie faisaient route vers l'Est. Ils
vinrent dans le Fljotshlid, et Flosi permit aux fils de Sigfus d'aller
voir leurs domaines. À ce moment Flosi vint à apprendre que Thorgeir et
Kari s'en étaient allés au Nord avec Gudmund le puissant. Il crut et les
autres aussi, que leur projet était de rester dans le pays du Nord. Les
fils de Sigfus lui demandèrent donc de les laisser aller du côté de
l'Est, jusqu'au pied de l'Eyjafjöll, pour chercher de l'argent; car ils
avaient de l'argent placé à Höfdabrekka. Flosi le leur permit, mais il
leur recommanda de se tenir sur leurs gardes et d'aller aussi vite
qu'ils pourraient. Puis il se remit en route, remonta le Godaland, vint
à la montagne et passa au nord des glaciers de l'Eyjafjöll. Enfin, sans
s'être arrêté une seule fois, il arriva dans l'Est, à Svinafell.
Nous avons dit que Hal de Sida avait voulu qu'il ne fût pas payé
d'amende pour son fils, afin de rendre l'arrangement plus facile. Mais
tous les hommes présents au ting s'entendirent pour lui payer une
amende; et on ne rassembla pas moins de huit cents d'argent, ce qui
était quatre fois le prix d'un homme. Tous les autres qui avaient été
avec Flosi ne reçurent rien pour les pertes qu'ils avaient faites, et
ils en furent très mécontents.
Les fils de Sigfus restèrent trois nuits chez eux. Le troisième jour ils
partirent, chevauchant vers l'Est, jusqu'à Raufarfell. Ils y passèrent
la nuit. Ils étaient quinze en tout, et n'avaient peur de rien. Le
lendemain, ils se mirent en marche tard, pensant arriver à Höfdabrekka
le soir. Ils firent halte dans le Kerlingardal et tombèrent dans un
profond sommeil.