CXXXIX

Il faut revenir à Asgrim fils d'Ellidagrim. Ils se réunirent, lui et

Kari fils de Sölmund, et aussi Gissur le blanc, et Hjalti fils de

Skeggi, et Thorgeir Skorargeir, et Mörd fils de Valgard. Asgrim prit la

parole: «Nous n'avons pas besoin, dit-il, de nous parler à part, car il

n'y a ici que des hommes qui ont confiance les uns dans les autres. Je

vous demande maintenant si vous savez quelque chose des desseins de

Flosi. Car il faut, je crois, que nous aussi nous décidions ce que nous

allons faire.»

Gissur le blanc répondit: «Snorri le Godi m'a envoyé dire que Flosi

avait reçu des renforts nombreux des pays du Nord; et aussi qu'Eyjolf

fils de Bölverk, son parent, avait accepté de quelqu'un un anneau d'or,

et qu'il s'en cachait. Snorri dit qu'à ce qu'il croit ils ont décidé

Eyjolf à présenter des moyens de défense dans leur affaire, et que

l'anneau lui a été donné pour cela.» Ils furent tous d'avis qu'il devait

en être ainsi.

Gissur reprit: «Voici mon gendre Mörd fils de Valgard, qui s'est chargé

de la partie de l'affaire la plus dangereuse, de l'avis de tous; la

poursuite contre Flosi. Je viens vous prier maintenant de vous partager

le reste; car il sera bientôt temps de porter plainte au tertre de la

loi. Il faut aussi que nous allions chercher du secours.»--«C'est ce que

nous allons faire, dit Asgrim; mais nous te prierons de venir avec

nous.» Gissur dit qu'il voulait bien.

Gissur choisit pour venir avec lui tous les hommes les plus sages de

leur troupe. Il y avait là Hjalti fils de Skeggi, Asgrim, et Kari, et

Thorgeir Skorargeir. «Nous irons d'abord, dit Gissur, chez Skapti fils

de Thorod.» Et ils allèrent à la hutte de ceux d'Ölfus. Gissur le blanc

marchait le premier, puis Hjalti, puis Kari, puis Asgrim, puis Thorgeir

Skorargeir, puis ses frères. Ils entrèrent dans la hutte. Skapti était

assis sur le banc du milieu. Dès qu'il vit Gissur le blanc il se leva

pour venir à sa rencontre, lui souhaita la bienvenue, à lui et à tous

les autres, et le pria de s'asseoir près de lui. Gissur le fit. Puis il

dit à Asgrim: «Parle le premier, et demande son aide à Skapti;

j'ajouterai ce qui me semblera bon.»

Asgrim dit: «Nous sommes venus ici, Skapti, te demander aide et

secours.» Skapti répondit: «Vous avez bien vu la dernière fois qu'on ne

venait pas à bout de moi, quand je n'ai pas voulu me charger de vos

embarras.»--«Cette fois c'est autre chose, dit Gissur. Il s'agit de

porter plainte pour la mort de Njal, et de Bergthora son épouse, qui ont

été brûlés dans leur maison, sans l'avoir mérité, et aussi pour la mort

des trois fils de Njal, et de maints autres braves hommes. Tu ne feras

jamais pareille chose, de refuser ton aide à des hommes qui te la

demandent, et qui sont tes parents et tes alliés.»

--«Skarphjedin m'a dit un jour, répondit Skapti, que j'avais enduit ma

tête de goudron, et que j'avais levé une bande de gazon pour me cacher

dessous. Il a dit aussi que j'avais si grande peur, que Thorolf fils de

Lopt, d'Eyra, m'avait caché sur son vaisseau, parmi ses sacs de farine,

et m'avait amené de la sorte en Islande; ce jour-là j'ai résolu de ne

jamais porter plainte pour sa mort.»--«Il ne faut plus penser à ces

choses, dit Gissur, celui qui a dit cela est mort. Tu me donneras bien

ton aide, à moi, si tu ne veux pas le faire pour d'autres.»--«Ce n'est

pas ton affaire, répondit Skapti; pourquoi as-tu été t'en mêler?»

Alors Gissur entra en grande colère et dit: «Tu n'es pas comme ton père;

bien qu'il ne fallût pas toujours se fier à lui, il était du moins

toujours prêt à porter secours à ceux qui avaient besoin de lui.»--«Nous

ne sommes pas du même avis, vous et moi, dit Skapti. Vous croyez tous

deux avoir fait de grandes choses, toi Gissur en attaquant Gunnar de

Hlidarenda, et toi, Asgrim, en tuant Gauk, ton frère d'adoption.» Asgrim

répondit: «Peu d'hommes disent le bien quand ils savent le mal, mais

chacun te dira que je n'ai tué Gauk que lorsque j'y ai été forcé. On

peut t'excuser de ne pas nous venir en aide, mais non pas de nous dire

des injures. Je souhaite qu'avant la fin du ting, cette affaire tourne à

ta honte, et qu'il ne se trouve personne pour t'en tirer.»

Alors Gissur et les siens se levèrent tous et sortirent. Ils allèrent à

la hutte de Snorri le Godi, et ils y entrèrent. Il les reconnut tout de

suite, et se leva pour venir à leur rencontre. Il dit qu'ils étaient

tous les bienvenus, et leur fit place pour s'asseoir près de lui. Après

quoi ils demandèrent quelles nouvelles on racontait. Asgrim dit à

Snorri: «Nous sommes venus te demander ton aide, moi et mon parent

Gissur.» Snorri répondit: «Tu parles comme il fallait s'y attendre; et

tu as raison de porter plainte pour le meurtre de parents tels que les

tiens. Nous avons reçu de Njal plus d'un bon conseil, quoique peu de

gens s'en souviennent encore. Mais je ne sais pas de quelle sorte d'aide

vous avez le plus besoin.»--«Nous avons besoin, dit Asgrim, qu'on nous

mette en état de nous battre ici même au ting.»--«Il est vrai dit

Snorri, qu'il y a des chances pour cela. Je prévois que vous irez de

l'avant, hardiment, et qu'ils se défendront de même. Et aucun des deux

partis ne pourra obtenir justice. Vous ne pourrez souffrir cela, vous

les attaquerez, et vous n'aurez pas autre chose à faire; car ils vous

feraient honte de la mort de vos parents, si vous la laissiez sans

vengeance.» Il était facile de voir qu'il cherchait à les exciter.

«Tu parles bien, Snorri» dit Gissur le blanc, et quand on a besoin de

toi, tu te montres toujours le plus vaillant de tous.»--«Je voudrais

savoir, dit Asgrim, quelle aide tu nous donneras, si les choses se

passent comme tu dis.»--Snorri répondit: «Je vous donnerai une preuve

d'amitié qui vous fera grand honneur. Mais je n'irai pas avec vous au

tribunal. Si vous devez vous battre au ting, ne les attaquez que si vous

n'avez avec vous que des gens résolus; car vous aurez contre vous de

rudes champions. Si vous êtes repoussés, faites-vous amener de notre

côté; je tiendrai ma troupe ici, toute rangée en bataille, et je serai

prêt à venir à votre secours. Si ce sont eux qui plient, j'ai idée

qu'ils courront vers l'Almannagja, pour s'y fortifier. S'ils y arrivent,

vous n'en viendrez jamais à bout. Je me charge donc de rassembler mes

gens devant, et de les empêcher de s'y établir. Mais nous ne les

poursuivrons pas s'ils s'enfuient le long de la rivière, soit vers le

Nord, soit vers le Sud. Quand vous aurez tué assez des leurs pour faire

face aux amendes à payer, sans y perdre vos dignités et votre droit de

résider dans le pays, alors j'accourrai avec mes gens et je vous

séparerai. Mais il faut que vous cessiez le combat dès que je vous en

prierai, si j'ai fait de mon côté ce que je vous promets à présent.»

Gissur lui fit de grands remerciements, et dit qu'il avait bien parlé,

et prévu toutes les difficultés. Là-dessus, ils sortirent.

«Où allons-nous maintenant?» dit Gissur. «À la hutte de ceux de

Mödruvöll.» dit Asgrim. Et ils y allèrent.

La Saga de Njal · 第 142 / 164 题