CXXV

Au domaine de Reykja, dans le Skeid, demeurait Runolf fils de Thorstein,

Son fils s'appelait Hildiglum.

La nuit du dimanche qui tombe douze semaines avant l'hiver, Hildiglum

était sorti de la maison. Il entendit un grand bruit, et il lui sembla

que le ciel et la terre en tremblaient. Il regarda du côté de l'ouest et

crut voir un cercle de feu, et dans ce cercle un homme sur un cheval

blanc. Il s'approchait au galop et il avait à la main un tison ardent.

Il passa si près qu'Hildiglum put le voir distinctement. Il était noir

comme de La poix. Il chantait d'une voix éclatante:

«Je monte un cheval couvert de givre, à la crinière de glace. Il apporte

la ruine. Ses jambes sont de feu, son coeur est de venin. Tel ce brandon

que j'agite, telle court la vengeance de Flosi.»

Alors Hildiglum vit l'homme lancer son tison sur les montagnes qui sont

à l'est, et il lui sembla qu'il s'élevait des montagnes une flamme si

grande qu'il ne pouvait la regarder. L'homme continua sa route vers

l'est et disparut dans le feu.

Hildiglum rentra, se mit au lit, et fut longtemps sans connaissance.

Quand il eut reprit ses sens, il se rappela tout ce qui s'était passé,

et le dit à son père. Son père l'engagea à le dire à Hjalti fils de

Skeggi. Il alla trouver Hjalti, et lui dit la chose. «C'est la

chevauchée des fantômes que tu as vue, dit Hjalti; et c'est toujours

signe d'événements graves.»

La Saga de Njal · 第 128 / 164 题