Au domaine de Reykja, dans le Skeid, demeurait Runolf fils de Thorstein,
Son fils s'appelait Hildiglum.
La nuit du dimanche qui tombe douze semaines avant l'hiver, Hildiglum
était sorti de la maison. Il entendit un grand bruit, et il lui sembla
que le ciel et la terre en tremblaient. Il regarda du côté de l'ouest et
crut voir un cercle de feu, et dans ce cercle un homme sur un cheval
blanc. Il s'approchait au galop et il avait à la main un tison ardent.
Il passa si près qu'Hildiglum put le voir distinctement. Il était noir
comme de La poix. Il chantait d'une voix éclatante:
«Je monte un cheval couvert de givre, à la crinière de glace. Il apporte
la ruine. Ses jambes sont de feu, son coeur est de venin. Tel ce brandon
que j'agite, telle court la vengeance de Flosi.»
Alors Hildiglum vit l'homme lancer son tison sur les montagnes qui sont
à l'est, et il lui sembla qu'il s'élevait des montagnes une flamme si
grande qu'il ne pouvait la regarder. L'homme continua sa route vers
l'est et disparut dans le feu.
Hildiglum rentra, se mit au lit, et fut longtemps sans connaissance.
Quand il eut reprit ses sens, il se rappela tout ce qui s'était passé,
et le dit à son père. Son père l'engagea à le dire à Hjalti fils de
Skeggi. Il alla trouver Hjalti, et lui dit la chose. «C'est la
chevauchée des fantômes que tu as vue, dit Hjalti; et c'est toujours
signe d'événements graves.»