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Asgrim fils d'Ellidagrim et ses compagnons vinrent à la hutte de Thorkel

Hak. Asgrim dit aux autres: «Cette hutte est à Thorkel Hak, un vaillant

champion; ce serait pour nous un grand avantage si nous pouvions avoir

son aide. Il s'agit ici de prendre garde, car il est opiniâtre et

d'humeur difficile. Je t'en prie, Skarphjedin, ne te mêle pas à notre

entretien.»

Skarphjedin se mit à rire en montrant ses dents. Voici comme il était

vêtu ce jour-là. Il avait une casaque bleue, et des pantalons rayés de

bleu. Il avait aux pieds de hauts souliers noirs, et une ceinture

d'argent autour de la taille. Il tenait à la main, la hache qui avait

tué Thrain, et qu'il appelait Rimmugygi; et aussi un bouclier léger. Il

avait autour de la tête un bandeau de soie, et ses cheveux étaient

rejetés derrière ses oreilles. C'était le plus terrible des guerriers,

et, à cela, tous pouvaient le reconnaître sans l'avoir jamais vu. Il

marchait au rang qu'on lui avait marqué sans avancer ni reculer.

Ils entrèrent dans la hutte, et allèrent jusqu'à la chambre du fond.

Thorkel était assis au milieu du banc, et ses hommes de chaque côté.

Asgrim le salua. Thorkel lui fit bon accueil. «Nous sommes venus, dit

Asgrim, te demander de nous aider, et de venir au tribunal avec

nous.»--«Qu'avez-vous besoin de mon aide» dit Thorkel, puisque vous

venez de chez Gudmund? Il a dû vous promettre la sienne.»--«Il ne nous a

rien promis» dit Asgrim. «C'est donc, dit Thorkel, que Gudmund a trouvé

l'affaire mauvaise; et elle l'est en effet, car ce meurtre est la plus

méchante action qui jamais ait été commise. Je ne sais ce qui t'a pris

de venir ici, ni comment tu as pu croire que je serais plus traitable

que Gudmund, et que je soutiendrais une mauvaise cause.» Asgrim se

taisait. Il pensait que cela prenait une mauvaise tournure. Thorkel

reprit: «Qui est cet homme, grand, et à l'air terrible, qui en a quatre

devant lui, pâle et au visage dur, effroyable à voir, une face de

malheur?» Skarphjedin répondit: «Je me nomme Skarphjedin; mais toi, tu

as tort de m'adresser tes paroles insultantes, car je ne t'ai rien fait.

Jamais je n'ai mis mon père à mes pieds, jamais je n'ai combattu contre

lui, comme toi contre le tien. Ce n'est pas souvent que tu es venu au

ting, et que tu t'es mêlé des procès qu'on y juge. Tu aimes bien mieux

rester chez toi, à Öxara, à t'occuper de tes laitages avec ta poignée de

serviteurs. Tu ferais bien aussi de te nettoyer les dents, et d'en ôter

la viande de cheval que tu as mangée avant de partir pour le ting; ton

berger t'a vu, et il s'est émerveillé de te voir faire une telle

horreur.» Alors Thorkel, en grande colère, sauta sur ses pieds. Il tira

son épée et dit: «Voici une épée que j'ai prise en Suède, à un des

meilleurs champions qu'on pût voir; et depuis, je m'en suis servi pour

tuer plus d'un homme. Que je t'approche, et je te la passerai au travers

du corps, en récompense de tes injures.» Skarphjedin était là, sa hache

levée. Il rit en montrant ses dents, et dit: «J'avais cette hache à la

main quand j'ai fait un saut de douze aunes au travers du Markarfljot,

pour tuer Thrain fils de Sigfus; ils étaient huit contre moi, et pas un

d'eux ne me toucha. Mais moi je n'ai jamais levé une arme contre un

homme, sans le frapper.» Et là-dessus il poussa de côté ses frères et

Kari, et vint droit à Thorkel. «Choisis, Thorkel Hak, lui dit-il. Ou

bien rengaine ton épée et va t'asseoir, ou bien je te plante ma hache

dans la tête, et je la fends en deux jusqu'aux épaules.» Thorkel

rengaina son épée et s'assit. Pareille chose jamais ne lui était

arrivée, et jamais ne lui arriva depuis.

Asgrim et les autres sortirent. «Où allons-nous maintenant?» dit

Skarphjedin. «Chez nous, dans nos huttes» dit Asgrim. «Nous sommes las

de demander, alors» dit Skarphjedin. Asgrim se tourna vers lui et dit:

«Dans plus d'un endroit tu as eu la langue bien prompte. Mais pour

Thorkel, je suis d'avis que tu l'as traité comme il le méritait.»

Ils rentrèrent dans leur hutte, et dirent à Njal ce qui s'était passé,

d'un bout à l'autre. Njal dit: «Nous allons vers la destinée: ce qui

doit arriver arrivera.»

Gudmund le puissant apprit ce qui s'était passé entre Skarphjedin et

Thorkel. «Vous savez, dit-il, ce que m'ont fait les gens de Ljosvatn;

mais je n'ai jamais souffert d'eux tant de mépris ni d'injures, que

Thorkel vient d'en avoir de Skarphjedin; et c'est bien fait pour lui.»

Puis il dit à son frère Einar de Thværa: «Tu prendras tous mes hommes,

et tu te mettras du côté des fils de Njal quand leur cause viendra

devant le ting; et si l'été prochain ils ont besoin d'aide j'irai

moi-même leur en donner.» Einar promit d'y aller, et le fit savoir à

Asgrim. «Gudmund est le plus brave homme qu'on puisse voir» dit Asgrim;

et il alla le redire à Njal.

La Saga de Njal · 第 123 / 164 题