CXIX

Flosi était déjà arrivé, et il avait logé tout son monde dans ses

huttes. Runolf habitait la hutte des gens de Dal, et Mörd celle des gens

de la Ranga. Hal de Sida était venu de l'est depuis longtemps, et il

n'était guère venu que lui de ce pays-là, mais il avait beaucoup de

monde à sa suite, il joignit sa troupe à celle de Flosi, et il

l'engageait fort à conclure la paix. Hal était un homme sage et

bienveillant. Flosi lui donna de bonnes paroles, mais n'en fit pas

davantage. Hal lui demanda quelles gens lui avaient promis leur aide.

Flosi nomma Mörd fils de Valgard, et dit qu'il avait demandé la fille de

Mörd en mariage pour son parent Starkad. C'est un bon parti, répondit

Hal, mais de Mörd il ne peut venir que du mal, et tu t'en apercevras

avant que ce ting n'ait pris fin.» Et ils n'en dirent pas davantage.

Il arriva un jour que Njal et Asgrim parlèrent longtemps en secret. Tout

à coup Asgrim sauta sur ses pieds, et dit aux fils de Njal: «Allons, et

cherchons-nous des amis, pour que nous ne soyons pas écrasés sous le

nombre; car dans cette affaire, c'est la force qui décidera.» Asgrim

sortit, et derrière lui Helgi fils de Njal, puis Kari fils de Sölmund,

puis Grim fils de Njal, puis Skarphjedin, puis Thorhal fils d'Asgrim,

puis Thorgrim le grand, puis Thorleif Krak.

Ils allèrent à la hutte de Gissur le blanc, et ils entrèrent. Gissur se

leva pour venir à leur rencontre. Il les fit asseoir et leur offrit à

boire. «Ce n'est pas notre affaire, répondit Asgrim, et ce qui nous

amène nous n'avons pas à le dire tout bas: quelle aide pouvons-nous

attendre de toi, mon oncle?» Gissur répondit: «Ma soeur Jorunn serait

d'avis que je ne puis me dispenser de t'aider. Il en sera donc ainsi,

maintenant et toujours, et nous aurons un même sort, tous les deux.»

Asgrim le remercia, et s'en alla.

«Où allons-nous maintenant?» demanda Skarphjedin. «À la hutte des gens

d'Ölfus» répondit Asgrim. Et ils y allèrent. Asgrim demanda si Skapti

fils de Thorod était dans sa hutte. On lui dit qu'il y était. Ils

entrèrent. Skapti était assis sur le banc. Il souhaita la bienvenue à

Asgrim, et Asgrim lui fit une bonne réponse. Skapti pria Asgrim de

s'asseoir à côté de lui. «Je n'ai pas le loisir, répondit Asgrim, et

pourtant j'ai quelque chose à te demander.»--«Que je l'entende donc» dit

Skapti. «Je viens, dit Asgrim, te demander aide et assistance pour moi,

et mes parents que voici.»--«J'aurais souhaité, dit Skapti, que vos

embarras ne vinssent pas me chercher jusque dans ma demeure.»--«C'est

mal parler, répondit Asgrim, que de refuser d'aider les gens au moment

où ils en ont le plus grand besoin.»--«Quel est cet homme, dit Skapti,

qui en a quatre devant lui, grand, pâle, à la face de malheur, qui a

l'air terrible, et semble être un sorcier?»--«Je me nomme Skarphjedin,

répondit l'autre, et tu m'as vu au ting plus d'une fois. Mais moi je

suis plus sage que toi et je n'ai pas besoin de te demander comment tu

t'appelles. Tu t'appelles Skapti fils de Thorod. Mais tu t'es appelé

d'abord Burstakol, l'homme à la tête rasée, après que tu as tué Ketil

d'Elda. Alors tu as rasé tes cheveux, et tu as frotté ta tête de

goudron. Après quoi tu as payé des esclaves pour lever de terre une

bande de gazon, et tu t'es caché dessous pendant la nuit. Ensuite tu as

été trouver Thorolf, fils de Lopt, du pays d'Eyra, qui t'a pris à son

bord et t'a emmené au loin en te cachant dans ses sacs de farine.» Et

là-dessus ils sortirent, Asgrim et eux tous.

«Où allons-nous maintenant?» demanda Skarphjedin. «À la hutte de Snorri

le Godi» dit Asgrim. Et ils allèrent à la hutte de Snorri. Il y avait un

homme devant. Asgrim lui demanda si Snorri était dans sa hutte. L'homme

dit qu'il y était. Asgrim entra, et tous les autres avec lui. Snorri

était assis sur le banc. Asgrim vint à lui et le salua amicalement.

Snorri lui fit bonne mine, et le pria de s'asseoir. «Je n'ai pas le

loisir, dit Asgrim, et pourtant j'ai quelque chose à te

demander.»--«Parle donc» dit Snorri. «Je te demande, dit Asgrim, de

venir avec moi au tribunal, et de me donner ton aide; car tu es un homme

sage, et tu t'entends à mener les affaires.»--«Nous avons des procès qui

vont mal, dit Snorri, et bien des gens sont contre nous; c'est pourquoi

nous n'avons pas envie d'entrer dans les querelles de ceux des autres

districts.»--«Nous n'avons pas à t'en vouloir, dit Asgrim, car tu ne

nous dois rien.»--«Je sais que tu es un brave homme, dit Snorri; je te

promets donc de n'être jamais contre toi et de ne pas donner d'aide à

tes ennemis.» Asgrim le remercia. «Qui est cet homme, dit Snorri, qui en

a quatre devant lui, pâle et au visage dur, qui rit en montrant ses

dents, et qui porte sa hache levée sur son épaule?»--«Je me nomme

Hjedin, dit l'autre, mais il y en a qui m'appellent Skarphjedin, de mon

nom tout entier. Qu'as-tu à me dire de plus?»--«J'ai à te dire ceci,

répondit Snorri. Tu m'as l'air d'un homme hardi, et qui ne craint

personne. Et pourtant je vois une chose, c'est que ton bonheur est

passé, et que tu n'as plus devant toi qu'une courte vie.»--«C'est bien,

dit Skarphjedin; c'est une dette que nous paierons tous. Mais toi tu

ferais mieux de venger ton père que de me faire tes prophéties.»--«Bien

d'autres me l'ont dit avant toi, dit Snorri, et je ne me fâcherai pas

pour cela.» Ils sortirent et ils n'avaient pas trouvé là de secours.

De là ils allèrent à la hutte des gens du Skagfjord. Dans cette hutte

demeurait Haf le riche. Il était fils de Thorkel, fils d'Eirik, de la

vallée de God, fils de Geirmund, fils de Hroald, fils d'Eirik à la barbe

hérissée, qui tua Grjotgard, en Norvège, dans la vallée de Sokn. La mère

de Haf s'appelait Thorunn et était fille d'Asbjörn Myrkarskall, fils de

Hrossbjörn.

Asgrim et les autres entrèrent dans la hutte. Asgrim vint à Haf, et le

salua. Haf lui fit bon accueil, et le pria de s'asseoir. «Je suis venu,

dit Asgrim, te demander ton aide, pour moi et mes parents.» Haf répondit

vivement: «Je ne veux pas me mêler de vos embarras. Mais dis-moi, qui

est cet homme pâle, qui en a quatre devant lui, et qui a l'air si

terrible qu'on le dirait sorti des gouffres de la mer?»--«Que t'importe

qui je suis, face de bouillie, dit Skarphjedin. Là où tu seras en

embuscade pour m'attendre, je n'aurai pas peur d'aller en avant; ce ne

sont pas des compagnons comme toi sur ma route, qui m'effraieront

beaucoup. Tu ferais bien d'aller chercher ta soeur Svanlög; qu'Eydis

Jarnsaxa et Stedjakol ont enlevée de ta maison, sans que tu aies osé

bouger.»--«Sortons, dit Asgrim, il n'y a point d'aide à attendre ici.»

Après cela ils allèrent à la hutte de ceux de Mödruvöll, et ils

demandèrent si Gudmund le puissant était dans sa hutte. On leur dit

qu'il y était. Ils entrèrent. Il y avait au milieu de la hutte un siège

élevé. Là était assis Gudmund. Asgrim vint devant Gudmund et le salua.

Gudmund lui fit bon accueil et le pria de s'asseoir. «Je ne veux pas

m'asseoir, dit Asgrim. Je suis venu te demander ton aide; car tu es un

chef brave et puissant.» Gudmund répondit: «Je ne serai pas contre toi.

Mais pour ce qui est de te donner mon aide, nous pourrons en parler plus

tard.» Et il eut avec eux des façons fort gracieuses. Asgrim le remercia

de ses paroles. Gudmund dit: «Il y a un homme dans ta troupe que je

considère depuis un instant, et qui me semble plus terrible qu'aucun de

ceux que j'aie jamais vus.»--«Qui est-il?» demanda Asgrim. «C'est celui

qui en a quatre devant lui, dit Gudmund; l'homme à la chevelure foncée

et au teint pâle, à la haute taille et à l'air hardi. Il me semble si

redoutable que j'aimerais mieux l'avoir dans ma suite que dix autres. Et

pourtant cet homme a une face de malheur.»--«Je vois, dit Skarphjedin,

que c'est de moi que tu parles. Nous avons, toi et moi, des destins

divers. J'ai été blâmé pour le meurtre d'Höskuld, godi de Hvitanes, et

ce n'est pas sans raison. Mais toi, Thorkel Hak et Thorir fils d'Helgi

ont raconté de fâcheuses histoires sur ton compte, et tu as pris cela

fort à coeur.» Et là-dessus ils sortirent.

«Où allons-nous maintenant?» demanda Skarphjedin. «À la hutte des gens

de Ljosvatn» répondit Asgrim. Dans cette hutte logeait Thorkel Hak. Il

était fils de Thorgeir le Godi, fils de Tjörvi, fils de Thorkel le long.

La mère de Thorgeir était Thorunn, fille de Thorstein, fils de Sigmund,

fils de Gnupabard. La mère de Thorkel Hak s'appelait Gudrid. Elle était

fille de Thorkel le noir de Hleidrargard, fils de Thorir Snepil, fils de

Ketil Brimil, fils d'Örnolf, fils de Björnolf, fils de Grim Lodinkin,

fils de Ketil Hæing, fils de Halbjörn Halftroll.

Thorkel Hak avait été à l'étranger, et y avait acquis de la gloire. Il

avait tué un brigand dans la forêt de Jamt, au pays de l'est. Après quoi

il était allé en Suède où il s'était joint à Sörkvi Karl, et tous deux

avaient guerroyé dans l'est, ensemble. Un soir, sur les côtes de la

Baltique, Thorkel eut à chercher de l'eau pour les autres. Il rencontra

un monstre à tête humaine et se battit contre lui, longtemps. À la fin

il le tua. De là, il vint à Adalsysli, où il tua un dragon. De là il

revint en Suède, de là en Norvège, d'où il retourna en Islande. Il avait

fait graver tous ses exploits sur son alcôve, et sur un tabouret devant

son siège. Il attaqua sur le chemin de Ljosvatn Gudmund le puissant et

ses frères, et ceux de Ljosvatn eurent la victoire. Thorir fils d'Helgi

et Thorkel Hak firent une chanson sur Gudmund. Thorkel disait qu'il n'y

avait pas un homme en Islande avec qui il ne se mesurât volontiers en

combat singulier, ou qui pût le faire reculer d'une semelle. On

l'appelait Thorkel Hak (la mauvaise langue) parce qu'il ne ménageait ni

en paroles, ni en actions, ceux à qui il avait affaire.

La Saga de Njal · 第 122 / 164 题