CXV

Flosi apprend le meurtre de son gendre Höskuld, et cette nouvelle le met

en grand souci et grande colère. Pourtant il se tint tranquille. On lui

dit comment l'affaire avait été engagée après la mort d'Höskuld, mais il

ne fit pas paraître ce qu'il en pensait. Il envoya un messager à Hal de

Sida, son beau-père, et à son fils Ljot, pour leur dire d'amener

beaucoup de monde avec eux au ting. Ljot passait pour être en espérance

le plus grand chef du pays de l'est. On lui avait prédit que s'il allait

trois étés de suite au ting, et revenait sain et sauf, il deviendrait le

plus grand chef et l'homme le plus vieux de sa race. Il était déjà allé

un été au ting, et il allait partir pour la seconde fois.

Flosi envoya encore des messages à Kol, fils de Thorstein, et à Glum,

fils de Hildir le vieux, à Geirleif, fils d'Önund Töskubak et à Modolf,

fils de Ketil. Ils vinrent tous à la rencontre de Flosi. Hal avait

promis d'amener beaucoup de monde.

Flosi se mit en route et vint à Kirkjubæ chez Surt, fils d'Asbjörn. De

là, il envoya chercher Kolbein, fils d'Egil, son neveu, qui vint se

joindre à lui.

Après cela, Flosi vint à Höfdabrekka. Là demeurait Thorgrim Skrauti,

fils de Thorkel le beau. Flosi le pria de venir au ting avec lui. Il

consentit à la chose et dit à Flosi: «Je t'ai souvent vu, messire, plus

gai que maintenant; mais tu as de bonnes raisons pour qu'il en soit

ainsi».--«Certes, dit Flosi, il s'est passé de tristes choses, et je

donnerais tout ce que je possède pour que ceci ne fût pas arrivé. Du

mauvais grain a été semé: mauvaise récolte en poussera».

Il partit de là, traversant la plaine d'Arnarstak, et fut à Solheima le

soir. Là demeurait Lodmund, fils d'Ulf. Il était grand ami de Flosi.

Flosi y passa la nuit. Au matin, Lodmund partit avec lui pour Dal, où

ils passèrent la nuit. Là demeurait Runolf, fils d'Ulf godi d'Ör. Flosi

dit à Runolf: «Nous allons savoir ici la vérité sur le meurtre

d'Höskuld, godi de Hvitanes. Tu es un homme véridique, et bien informé;

je croirai tout ce que tu me diras de leur querelle».--Runolf dit: «Il

n'y a pas à mesurer ses paroles, et il a été tué sans la moindre cause.

Sa mort a affligé tout le monde. Mais personne n'en a si grand deuil que

Njal, son père d'adoption».--«Ils auront donc de la peine à trouver des

gens qui leur viennent en aide», dit Flosi.--«Je le crois, dit Runolf,

s'il ne survient rien».--«Qu'y a-t-il de fait?» dit Flosi. «Les voisins

ont été cités à témoins, dit Runolf, et plainte a été portée pour le

meurtre».--«Qui a fait cela?» dit Flosi.--«Mörd fils de Valgard» dit

Runolf.--«Peut-on se fier à lui?» dit Flosi.--«Il est mon parent, dit

Runolf, mais, s'il faut dire vrai, on dit de lui plus de mal que de

bien. Maintenant je t'en prie, Flosi, apaise ta colère, et prends le

parti qui amènera le moins de trouble; car Njal va te faire sans doute

des offres honorables, et les hommes les meilleurs seront avec lui».

Flosi répondit: «Viens donc au ting. Runolf, et tes paroles pourront

beaucoup sur moi; à moins que les choses ne tournent plus mal qu'il ne

faudrait». Ils n'en dirent pas d'avantage, et Runolf promit de venir. Il

envoya un message à Haf le sage, son parent, qui arriva aussitôt. Flosi

partit de là et vint à Vörsabæ.

La Saga de Njal · 第 118 / 164 题