Valgard le rusé revint cet été-là. Il était encore païen. Il vint à Hof
chez son fils Mörd, et il y passa l'hiver. Il dit à Mörd: «J'ai parcouru
tout le pays et il ne me semble plus que ce soit le même. Je suis allé à
Hvitanes, et là j'ai vu beaucoup d'emplacements de huttes, et le sol
tout remué. Je suis allé aussi au ting de Tingskala, et là j'ai vu
toutes nos huttes mises à bas. Que signifient toutes ces choses
étranges?»--«On a établi de nouveaux Godords, répondit Mörd, et un
cinquième tribunal, et il y a des gens qui se sont séparés de mon ting,
pour aller joindre le ting d'Höskuld.»--«C'est mal me remercier, dit
Valgard, du Godord que je t'ai transmis, que de te conduire si
lâchement. Je veux que tu les en punisses de telle sorte qu'ils y
trouvent tous leur mort. Il faut pour cela, à force de paroles
mensongères, amener les fils de Njal à tuer Höskuld. Ceux qui auront à
le venger sont nombreux, et les fils de Njal périront dans cette
querelle.»--«Ce n'est pas facile» dit Mörd. «Je vais te dire comment il
faut t'y prendre, répondit Valgard. Tu vas inviter chez toi les fils de
Njal, et tu les renverras avec des présents. Mais tu ne commenceras tes
histoires que lorsqu'il y aura une grande amitié entre vous, et qu'ils
se fieront à toi comme à eux-mêmes. C'est ainsi que tu te vengeras de
Skarphjedin pour l'argent qu'il t'a forcé de lui donner après la mort de
Gunnar. Quand tous ceux là seront morts, tu pourras devenir un chef.» Et
ils convinrent que Mörd agirait selon ce conseil.
«Je voudrais, mon père, dit Mörd, te voir recevoir la foi, car tu es
vieux.»--«Je ne veux pas, dit Valgard; tu devrais plutôt la rejeter, et
nous verrions ce qui s'ensuivrait.» Mais Mörd dit qu'il ne ferait pas
cela. Valgard brisa devant Mörd toutes les croix et autres choses
saintes. Peu après, il tomba malade et mourut, et il fut déposé dans un
tertre.