CVI

À trois années de là, voici ce qui se passa au Ting de Tingskala. Amundi

l'aveugle, fils d'Höskuld, fils de Njal, était venu au ting. Il se fit

amener parmi les huttes, et vint à celle où était Lyting de Samstad. Il

se fit conduire dans la hutte, jusqu'à l'endroit où Lyting était assis.

«Lyting de Samstad est-il ici?» demanda-t-il. «Oui, dit Lyting; que me

veux-tu?»--«Je veux savoir, dit Amundi, quel prix tu veux me payer pour

le meurtre de mon père. Je suis un fils bâtard, et je n'ai point reçu

d'amende».--«J'ai payé pour ton père l'amende entière, dit Lyting; c'est

le père de ton père qui l'a reçue, et ses frères; mais pour le meurtre

de mes frères il n'a rien été payé. Si j'ai mal fait, on m'a traité bien

durement».--«Je ne te demande pas, dit Amundi, ce que tu as payé aux

autres. Je sais que vous avez fait la paix. Je te demande ce que tu me

paieras à moi».--«Rien du tout» dit Lyting. «Je ne peux pas croire, dit

Amundi, que cela soit juste devant Dieu, quand tu m'as frappé si près du

coeur. Mais voici tout ce que je puis le dire: si j'avais mes deux yeux,

il me faudrait une de ces deux choses: ou l'amende, ou mort d'homme. Que

Dieu juge entre nous». Et il sortit. Mais comme il était à la porte de

la hutte, il se retourna vers l'intérieur; et voici que ses yeux

s'ouvrirent. «Loué sois-tu, dit-il, Dieu mon Seigneur; je vois

maintenant ce que tu veux». Il rentre en courant dans la hutte, arrive

devant Lyting et lui porte un si grand coup de hache sur la tête, que la

hache s'y enfonça jusqu'au manche, après quoi il la retira. Lyting tomba

la face en avant: il était mort sur le coup.

Amundi retourne vers la porte pour sortir. Comme il arrivait à l'endroit

où ses yeux s'étaient ouverts, voici qu'ils se refermèrent, et il resta

aveugle tout le temps qu'il vécut.

Après cela, il se fit conduire vers Njal et ses fils. Il leur dit le

meurtre de Lyting. «On ne peut pas t'imputer ceci à mal, dit Njal, car

de telles choses sont écrites à l'avance; et quand elles arrivent, c'est

un avertissement pour nous de ne pas laisser dehors ceux qui sont les

plus proches».

Alors Njal offrit la paix aux parents de Lyting. Höskuld, godi de

Hvitanes, s'entremit auprès d'eux et les décida à accepter l'amende. On

mit fin à l'affaire par une sentence, et l'amende fut réduite de moitié,

à cause des droits qu'Amundi était réputé avoir eus contre Lyting. Après

cela, on alla échanger des gages, et les parents de Lyting donnèrent des

gages à Amundi. Les gens quittèrent le ting et retournèrent chez eux, et

tout fut tranquille pendant longtemps.

La Saga de Njal · 第 109 / 164 题