LXXIV

Alors Njal prit la parole: «Je ne peux pas, dit-il, rester tranquille

plus longtemps. Allons là où sont vos témoins». Ils y allèrent et en

récusèrent quatre, après quoi, ils demandèrent aux cinq qui restaient si

Thorgeir fils de Starkad et Thorgeir fils d'Otkel s'étaient mis en route

dans l'intention d'attaquer Gunnar s'ils le rencontraient. Et tous

dirent à l'instant même que c'était vrai. Njal dit alors que c'était un

moyen de défense légal dans l'affaire et qu'il le présenterait, à moins

qu'on ne consentît à un arbitrage. Beaucoup de chefs vinrent s'offrir

comme arbitres; et on tomba d'accord que douze hommes prononceraient

dans l'affaire. Les deux parties s'approchèrent et se donnèrent la main.

Après cela la sentence fut prononcée et le prix du sang fixé: l'argent

devait être payé, sur l'heure, au ting. On décida que Gunnar s'en irait

à l'étranger avec Kolskegg, et qu'ils seraient absents trois hivers. Et

si Gunnar ne s'en allait pas, et qu'on pût l'approcher, les parents de

ceux qu'il avait tués auraient le droit de le tuer à leur tour.

Gunnar ne dit rien qui pût laisser voir qu'il ne trouvait pas

l'arrangement bon. Il demanda à Njal l'argent qu'il lui avait donné à

garder, Njal lui avait fait porter intérêt, il donna tout à Gunnar, et

cela fit juste la somme que Gunnar avait à payer.

Voici que les gens rentrent chez eux. Njal et Gunnar chevauchaient

ensemble, revenant du ting. Njal dit à Gunnar: «Promets-moi, mon

camarade, que tu garderas cette paix, et que tu te rappelleras ce que

nous avons dit ensemble. De même que ton premier voyage t'a fait grand

honneur, celui-ci t'en fera un plus grand encore. Tu reviendras plein de

gloire et tu deviendras un vieillard, et pas un dans le pays n'osera te

marcher sur le pied. Mais si tu refuses de partir, et que tu rompes la

paix jurée, tu seras tué, et c'est triste à penser pour ceux qui étaient

tes amis». Gunnar dit qu'il n'avait pas l'intention de rompre la paix.

Gunnar rentre chez lui, et dit l'arrangement qui a été fait. Ranveig, sa

mère, trouva que c'était bien: «pendant ce temps, dit-elle, tes ennemis

pourront chercher querelle à d'autres».

La Saga de Njal · 第 79 / 164 题