Gunnar remercia Njal de son aide. Njal s'en alla à Trihyrning, et dit
aux deux Thorgeir que Gunnar ne laisserait pas partir son monde avant
que l'arrangement ne fût fait. Ils firent toutes sortes d'offres, car
ils avaient très peur, et ils prièrent Njal de se charger de conclure la
paix. Njal dit qu'il le ferait à la condition qu'il ne s'ensuivrait pas
de trahison. Ils le prièrent d'être de ceux qui prononceraient la
sentence, disant qu'ils s'en tiendraient à ce qu'il aurait prononcé. «Je
ne prononcerai qu'au ting, dit Njal, en présence de nos meilleurs
hommes.» Et ils consentirent à cela. Njal fut donc fait leur arbitre
pour conclure entre eux et Gunnar paix et arrangement. Il devait
prononcer la sentence, et s'adjoindre qui il voudrait.
Peu de temps après, les deux Thorgeir allèrent trouver Mörd fils de
Valgard. Mörd les blâma fort d'avoir remis l'affaire à Njal, le plus
grand ami de Gunnar; il leur dit qu'ils s'en trouveraient mal.
Et voici que les hommes vont à l'Alting comme de coutume. Les deux
parties y sont, chacun de son côté. Njal prit la parole: «Je demande,
dit-il, à tous les chefs, et aux meilleurs hommes ici rassemblés, quelle
action il leur semble qu'ait Gunnar contre les deux Thorgeir, pour
attaque à sa vie». Ils répondirent qu'à leur avis un homme comme Gunnar
avait le bon droit pour lui. Njal demanda si c'étaient tous les hommes
de la bande ou bien les chefs seuls qui devaient répondre de cette
affaire. Ils dirent que c'étaient les chefs surtout, et tous les autres
pourtant aussi, pour une bonne part. «Bien des gens seront d'avis, dit
Mörd, qu'on n'a pas agi sans cause, car Gunnar avait rompu la paix avec
les deux Thorgeir».--«Ce n'est pas rompre la paix, dit Njal, que d'aller
en justice contre un autre; c'est avec la loi que notre pays se
peuplera; sans la loi nous en ferons un désert». Et il leur dit que
Gunnar avait offert des terres ou d'autres valeurs en échange de
Moeidarhval. Alors les deux Thorgeir virent que Mörd les avait trompés.
Il lui firent de grands reproches et dirent qu'il leur paierait cette
perte.
Njal désigna douze hommes pour prononcer la sentence. Il y eut cent
pièces d'argent à payer pour chacun de ceux qui étaient de la bande, et
deux cents pour chacun des deux Thorgeir. Njal prit l'argent, et le mit
en lieu sûr. Les deux partis se jurèrent paix et fidélité en répétant
les paroles dictées par Njal.
Gunnar quitta le ting et s'en alla aux vallées de l'ouest, à
Hjardarholt. Olaf Pai lui fit bon accueil. Il fut là un demi-mois. Il
allait et venait dans les vallées, et tous le recevaient à bras ouverts.
Au moment de se séparer Olaf dit à Gunnar: «Je vais te donner trois
choses précieuses: un anneau d'or et un manteau, qui me viennent du roi
d'Irlande Myrkjartan, et un chien qui m'a été donné en Irlande. Il est
grand, et il vaut, comme compagnon, un vaillant homme. Il faut dire
aussi qu'il a la sagesse d'un homme. Il aboiera à tous ceux qu'il saura
tes ennemis, jamais à tes amis; car il verra au visage de chacun s'il te
veut du bien ou du mal. Il donnera sa vie pour t'être fidèle. Ce chien
s'appelle Sam». Puis il dit au chien: «Tu vas suivre Gunnar et tu feras
pour lui de ton mieux». Le chien vint à Gunnar, et se coucha à terre à
ses pieds.
«Prends garde à toi, Gunnar, dit encore Olaf. Tu as bien des envieux,
car tu es maintenant l'homme le plus renommé de tout le pays». Gunnar le
remercia de ses dons et de ses conseils, puis il retourna chez lui.
Voici donc, Gunnar rentré chez lui, et pendant quelque temps tout est
tranquille.