Et voici que Starkad pousse ses hommes en avant. Ils marchent vers le
rocher où sont les autres. Sigurd Svinhöfdi venait le premier; il avait
un bouclier rouge dans une main et un poignard dans l'autre. Gunnar le
voit, il bande son arc et lui lance une flèche. L'autre leva son
bouclier, dès qu'il vit la flèche voler en l'air; la flèche traversa le
bouclier, lui entra dans l'oeil et sortit par le cou: ce fut le premier
tué.
Gunnar lança une seconde flèche à Ulfhedin l'intendant de Starkad. La
flèche l'atteignit au milieu du corps, et il tomba devant les pieds d'un
autre, qui tomba sur lui, en travers. Kotskegg lança une pierre sur la
tête de cet autre, et il fut tué du coup.
Alors Starkad dit: «Nous n'arriverons à rien tant qu'il se servira de
son arc: allons en avant, hardiment.» Et ils s'excitèrent les uns les
autres à avancer. Gunnar se défendit avec son arc, tant qu'il put. À la
fin il le jeta à terre. Il prit sa hallebarde et son épée, et il
frappait des deux mains. Il se fit alors un grand carnage. Gunnar tuait
quantité d'hommes et aussi Kolskegg. «J'ai promis, Gunnar, d'apporter ta
tête à Hildigunn» dit Thorgeir fils de Starkad. Alors Gunnar chanta:
«Je ne sais si elle y attache un si grand prix. (Le fracas des armes
emporte le bruit de nos paroles). Mais toi, si tu veux lui porter ma
tête, il faut t'avancer dans la mêlée, un peu plus que tu ne fais.
«Elle ne fera pas grand cas de ton présent, que tu y arrives ou non, dit
Gunnar; mais il faut que tu approches, si tu veux tenir ma tête dans tes
mains.»
Thorgeir dit à ses frères; «Courons sur lui, tous à la fois. Il n'a pas
de bouclier, et sa vie est à nous.» Börk et Thorkel coururent en avant,
et furent là plus vite que Thorgeir. Börk lève son épée sur Gunnar.
Gunnar la frappe de sa hallebarde, d'un si grand coup, qu'elle vole loin
des mains de Börk. Gunnar voit de l'autre côté Thorkel prêt à le
frapper. De biais comme il est, il brandit son épée, et l'épée atteint
le cou de Thorkel, et fait voler sa tête au loin.
Kol, fils d'Egil, dit: «À nous deux, Kolskegg. J'ai toujours dit que
nous nous valions dans le combat.»--C'est ce que nous allons voir, dit
Kolskegg. Kol pointa sur lui un javelot. Kolskegg était à tuer un homme,
il avait fort à faire et ne put se couvrir de son bouclier; le javelot
le toucha à la cuisse, en dehors, et s'y enfonça. Il se retourna
vivement, courut à Kol, le frappa de sa hache à la jambe, et la coupa
sous lui. «T'ai-je touché ou non?» lui dit-il--«Mauvaise affaire pour
moi, dit Kol, d'avoir été sans bouclier.» Il se tint quelques instants
sur une jambe, regardant le moignon. «N'y regarde pas tant, dit
Kolskegg; c'est bien comme il te semble, ta jambe n'y est plus.» Alors
Kol tomba à terre, mort.
Quand Egil, son père, voit cela, il court à Gunnar et lève son épée pour
le frapper. Gunnar pointe sa hallebarde contre lui, et le touche au
milieu du corps. Il l'enlève au bout de la hallebarde, et le jette dans
la Ranga.
À ce moment Starkad dit: «Tu es un misérable, Norvégien Thorir, d'être
assis là à nous regarder, quand on tue Egil, ton hôte et ton beau-père.»
Le Norvégien sauta sur ses pieds, il était fort en colère. Hjört venait
de tuer deux hommes. Le Norvégien court à lui et lui donne un coup qui
lui perce la poitrine: Hjört tombe à terre, mort. Gunnar voit cela, il
se tourne vivement vers le Norvégien, et il le coupe en deux, au milieu
du corps. Puis il pointe sa hallebarde sur Börk; la hallebarde atteint
Börk au milieu du corps, le perce de part en part et s'enfonce en terre
derrière lui. Et voici Kolskegg qui coupe la tête de Hauk fils d'Egil,
et Gunnar encore, qui coupe le bras d'Ottar au coude. Alors Starkad dit:
«Fuyons. Ce n'est pas à des hommes que nous avons affaire.»--«On va
tenir de mauvais propos sur votre compte, dit Gunnar, si on ne peut voir
sur vous que vous étiez au combat.» Il court au père et au fils, et les
blesse tous les deux. Après cela ils se séparèrent; Gunnar et son frère
en avaient blessé beaucoup qui avaient pris la fuite. Quatorze hommes
avaient péri dans la bataille, et Hjört était le quinzième. Gunnar fit
rapporter Hjört à Hlidarenda sur son bouclier, et on lui fit là un
tombeau. Beaucoup de gens le regrettèrent, car il était très-aimé.
Starkad rentra chez lui. Hildigunn pansa sa blessure et celle de
Thorgeir. «Vous donneriez beaucoup, dit-elle, pour n'avoir pas eu de
démêlés avec Gunnar.»--«C'est vrai» dit Starkad.