Et voilà que la nouvelle arriva au ting. Njal se le fit dire trois fois.
«Il y a plus de gens que je ne pensais, dit-il, qui deviennent des
meurtriers.» Skarphjedin dit: «Il faut que cet homme ait été deux fois
poltron pour se laisser tuer par notre père nourricier qui n'a jamais vu
le sang de personne.» Et il chanta: «Je l'appellerai toujours deux fois
poltron, cet homme, et je ris en y pensant. On aurait cru cela plutôt de
nous autres qui sommes des hommes de meurtre, que de notre père
nourricier.»
Njal dit: «Bien des gens croiront, avec l'humeur qu'on vous connaît; que
c'est vous qui avez fait le coup. Vous en viendrez là avant qu'il soit
longtemps, mais il y en aura qui diront que vous y étiez bien forcés».
Alors ils allèrent trouver Gunnar et lui dirent le meurtre. Gunnar dit
que ce n'était pas une grande perte: «Pourtant c'était un homme libre».
Njal lui offrit la paix. Gunnar accepta et on convint qu'il prononcerait
lui-même. Et tout de suite il fixa le prix à cent onces d'argent. Njal
paya aussitôt, et ainsi la paix fut faite entre eux.