XXI

Nous disions donc qu'Unn avait perdu tout son argent comptant. Elle

partit de chez elle et se mit en route pour Hlidarenda. Gunnar reçut

bien sa parente, et elle passa la nuit chez lui.

Le jour d'après, ils s'assirent dehors et parlèrent ensemble. Tout en

parlant, elle finit par lui dire combien elle était pressée d'argent.

«C'est une mauvaise chose» dit-il.--« Quel conseil me donneras-tu?»

dit-elle. Il répondit: «Prends autant d'argent qu'il t'en faudra, de

celui que j'ai placé à intérêt.»--«Je ne veux pas, dit-elle, dissiper

ton bien.»--«Que veux-tu donc?» dit-il.--«Je veux que tu reprennes mon

bien à Hrut» dit-elle.--«Ce n'est pas à espérer, dit-il, quand ton père

n'a pu le ravoir; et c'était un grand homme de loi; mais moi je n'y

entends rien.» Elle répondit: «Hrut s'en est tiré par la force, et non

selon la loi; mon père était vieux, et les gens ont trouvé qu'il valait

mieux ne pas poursuivre l'affaire. Et moi je n'ai pas d'autres parents

pour porter ma cause devant la justice, si tu n'as pas assez de courage

pour cela.»--«Je veux bien essayer, dit-il, de réclamer ton bien; mais

je ne sais comment il faut s'y prendre.» Elle répondit: «Va trouver Njal

à Bergthorshval. Il te donnera un conseil, car il est fort ton

ami.»--«Il me tirera bien de peine, comme il a fait pour tant d'autres.»

dit-il. Et l'entretien finit de cette sorte que Gunnar se chargea de

l'affaire et lui donna de l'argent pour sa maison, tant qu'il lui en

fallait. Et elle retourna chez elle.

Alors Gunnar monte à cheval et va trouver Njal. Njal le reçut très bien,

et ils se mirent tout de suite à parler ensemble. Gunnar dit: «Je suis

venu te demander un bon conseil.» Njal répondit: «J'ai beaucoup d'amis

qui peuvent attendre cela de moi, mais je crois que c'est pour toi que

je me donnerai le plus de peine.» Gunnar dit: «Je te fais savoir que

j'ai pris en main la cause d'Unn au sujet des biens qu'elle réclame à

Hrut.»--«C'est une affaire bien chanceuse, dit Njal, et nul ne peut

savoir comment elle tournera. Je vais pourtant te donner un conseil, et

te dire ce que je crois le meilleur; et tu mèneras la chose à bien si tu

ne t'en écartes en rien; mais ta vie est en jeu, si tu fais

autrement.»--«Je ne m'en écarterai en rien» dit Gunnar. Alors Njal se

tut pendant quelques instants, et après cela il dit: «J'ai bien pensé à

la chose, et voici ce qui fera l'affaire.»

La Saga de Njal · 第 27 / 164 题