INTRODUCTION DE PETERSEN

Il n'y a qu'un petit nombre de Sagas, ou plutôt il n'y en a aucune qui,

au dire des connaisseurs, puisse être comparée à la Saga de Njal. Par le

fond comme par la forme elle est supérieure à tout ce que nous

connaissons du Nord, et si l'on songe que ce récit a été écrit il y a

plus de sept cents ans, sur une île lointaine, à une grande hauteur vers

le Nord, sa perfection peut à bon droit exciter notre admiration. Aucune

autre Saga ne montre dans un tableau plus saisissant toute la vie de

cette époque reculée, aucune ne représente en plus grand détail toute la

forme de la procédure. Elle nous arrache complètement à notre vie

accoutumée, j'ai presque dit à la trivialité de notre vie de tous les

jours, où l'on compte pour le plus grand bonheur de pouvoir se coucher

tranquillement chaque nuit dans son lit. Elle nous ramène en arrière

jusqu'à cette sauvagerie des anciens temps où la mort et le meurtre

étaient à l'ordre du jour, où celui qui se levait de sa couche le matin

et qui passait le seuil de sa porte ne pouvait être sûr qu'il ne

rencontrerait pas son ennemi et ne mourrait pas de sa main, où par suite

celui qui se rendait dans son champ pour l'ensemencer, dans les

dispositions les plus pacifiques, prenait le grain dans une main et

l'épée dans l'autre. Il faut entrer, toutefois, dans l'esprit de ce

temps, et comprendre qu'alors verser le sang n'était pas un crime. C'est

seulement à cette condition qu'on peut supporter cette série de meurtres

qui se suivent l'un l'autre, coup pour coup, et que, tout en nageant

dans le sang, on peut ne pas fermer les yeux sur la fermeté, la grandeur

d'âme, les nobles sentiments, les fortes passions, les événements

extraordinaires qui se révèlent sous ces dehors terribles. Et certes il

y en a assez pour attirer l'attention, pour toucher et émouvoir, pour

frapper et saisir, pour faire trembler et frémir, comme aussi pour

provoquer des larmes.

Quelle abondance, quelle multiplicité n'y trouve-t-on pas de caractères

complètement tracés et bien soutenus? C'est là, si l'on fait attention à

l'époque de la Saga, tout ce qu'on peut demander en fait d'art

historique: un récit véridique, qui va droit au fond du coeur, simple et

rude, sans ornement et sans éclat, mais toujours marchant à son noble

but, faire aimer ce qui est grand, faire condamner ce qui est

méprisable. Quel homme que ce Gunnar! Brave quand il faut l'être, mais

ami de la paix, l'effroi de ses ennemis, et en même temps le plus noble

des hommes. Il n'aime pas à se faire valoir devant les autres, à se

vanter de sa renommée, à se mettre en vue, et pourtant il s'élève

au-dessus de tous. Cette grandeur, cette véritable noblesse se

communique à tout ce qui passe près de lui, jusqu'au chien Sam qui tout

d'abord le reconnaît pour son maître, devine en quelque sorte sa pensée

et donne sa vie pour lui en hurlant pour l'avertir. Sa querelle avec

Halgerd n'en est que plus saisissante. La beauté et les qualités

brillantes s'allient en elle à la plus terrible passion de vengeance.

Pour se venger elle commet le plus bas, le plus méprisable de tous les

actes humains, elle vole. Pour se venger elle refuse à son mari la

suprême ressource, une boucle de ses cheveux pour faire une corde d'arc,

et elle le livre ainsi froidement à la mort. C'est à mon sens, le comble

de l'art, ou plutôt la nature même prise sur le fait, que cet admirable

instinct de fidélité chez un animal mis en face de la révoltante

froideur d'une femme avide de vengeance. Njal aussi est noble, mais

d'une autre façon. Il a de braves fils, mais lui-même ne se sert jamais

d'aucune arme. La droiture s'allie chez lui à un calme admirable, qui le

suit jusqu'à la mort quand il se couche avec sa femme et son enfant sur

le lit où ils vont mourir; et ce calme prend à son tour une teinte de

prudence pleine de finesse, qui ne fait jamais le mal, mais regarde en

face les événements sans s'émouvoir et choisit en toute circonstance le

moyen le plus sûr pour atteindre son but. Ce n'est pas sans raison que

le récit tout entier est lié à sa vie, et tourne en quelque sorte autour

de lui. Il est le héros du récit, sans en être le personnage actif. Il

est là, comme un rocher dans la mer, de tous côtés environné de récifs

où les flots viennent se briser autour de lui sans troubler son calme,

et c'est par là que toute cette histoire, qui autrement se résoudrait en

morceaux détachés, trouve son centre et son lien. La vie de Gunnar, la

mort de Njal, la vengeance de Kari sont autant d'événements qui, pris

séparément, peuvent faire l'objet d'un récit, et ici, tout mêlés qu'ils

sont à bien d'autres événements, ils tiennent ensemble et forment un

tout. Chaque personnage, pris en lui-même, est peut-être plus

remarquable que Njal, mais là encore c'est le comble de l'art, ou plutôt

c'est la nature même que d'avoir su mettre chaque personnage à sa vraie

place, en face des autres, pour laisser Njal s'élever au-dessus de tous.

Voilà la vraie épopée. À côté de Njal est Bergthora. Elle s'attache à

lui comme le flot qui vient laver le pied de la montagne. Elle aussi

sent au fond du coeur le courroux et la vengeance,--peut-être l'auteur

a-t-il pensé que telle est la nature de la femme, toute les fois qu'elle

s'épanche violemment au dehors,--mais c'est la vengeance contre un

ennemi, contre une femme ennemie. Elle excite ses fils, mais elle met

tranquillement sa tête sur le sein de son mari; la volonté de son mari

est pour elle une loi, et son unique plaisir est ce qu'elle voit dans

les yeux de son mari. Si chère que lui soit la vengeance, elle ne se

résoudrait jamais à faire tuer si elle ne savait que son mari s'y est

déjà préparé, parce qu'il en doit être ainsi. Il le sait si bien qu'il a

emporté avec lui au ting l'argent qui doit être payé pour les amendes.

Elle l'a suivi dans la mort, alors qu'elle était libre de sortir, que

même son ennemi l'engageait à le faire, ne voulant pas avoir ce meurtre

sur la conscience. Bergthora est généralement peinte en quelques traits,

courts et frappants. Il n'en fallait pas davantage. Compagne de son

mari, elle ne pouvait pas avoir plus de relief, et cependant nous la

connaissons parfaitement. En effet, elle se révèle en quelque sorte dans

son fils Skarphjedin. Celui-ci a sans doute quelque chose du calme de

son père, mais c'est aussi Bergthora en homme. Il est le vrai portrait

de sa mère, mais à la façon d'un homme, avec la force indomptable d'un

homme. Elle ne veut pas abandonner son mari, mais c'est aussi une grande

question de savoir si Skarphjedin veut réellement abandonner la maison

en flammes, si lui, qui n'a jamais fui, fuira aujourd'hui, même pressé

par le feu; s'il veut qu'on puisse dire un jour de lui ce que plus tard

on a dit de Kari, qu'il s'est échappé par la ruse, d'entre ses ennemis,

parce qu'il le fallait bien. Il résiste noblement aux instances de son

beau frère Kari. Celui-ci trouve qu'il est dans l'ordre qu'on sauve sa

vie quand on peut, mais Skarphjedin attend; il s'élance enfin sur la

poutre qui se rompt et il est précipité dans le feu. Ce qui est évident,

tout au moins, c'est que l'auteur n'a pas voulu le laisser fuir, et

qu'aussi bien nous lui en voudrions de l'avoir fait, c'est que

Skarphjedin n'a rempli sa destinée que quand il meurt luttant contre le

feu et, même vaincu par cet ennemi, le plus terrible des ennemis de

l'homme, meurt sans que son courage faiblisse ou que sa force tombe. Il

chante alors son chant du cygne, et l'auteur a encore mis là, récit

historique ou oeuvre d'imagination, peu importe, tout ce que l'art peut

exiger.

Dans la seconde partie du récit, qui se rattache étroitement et

immédiatement à la première, Flosi se présente à nous en plein contraste

avec Njal. Flosi est maintenant ce que Njal a été jusque là, le centre

autour duquel tout vient se grouper. Quoiqu'il commande la vengeance par

l'incendie, ce n'est pourtant pas un homme vindicatif ni méchant. L'acte

qu'il exécute est un acte qu'il est obligé de commettre par devoir, et

il y est poussé de la façon la plus terrible. Chez lui comme chez Njal,

on trouve dans tous les moments difficiles un jugement calme et sûr; et

à ce point de vue il fait contraste avec les autres caractères, plus

farouches. L'auteur a su le saisir et s'en servir pour donner au récit

la conclusion la plus naturelle et en même temps la plus intéressante.

Les deux plus coupables parmi les incendiaires doivent mourir de la main

de Kari, mais Flosi et lui vont tous deux en pèlerinage à Rome et

reçoivent l'absolution; et c'est un beau spectacle de voir comment le

christianisme introduit un esprit d'apaisement dans une action inspirée

au début par toute la sauvagerie du paganisme, de voir comment Kari

revient, fait naufrage, et se rend à la demeure de son ennemi pour lui

demander l'hospitalité, comment ils se donnent l'un à l'autre le baiser

de paix et se réconcilient pour toujours.

Ces quelques remarques, n'ont pour but que d'appeler l'attention du

lecteur sur ce récit considéré comme oeuvre d'art. Il ne serait pas

difficile de pénétrer encore plus avant dans l'étude de l'action et des

caractères, mais il n'y a rien de plus fastidieux au monde que

d'analyser la beauté. Il faut se contenter de dire: Regarde si elle est

là. Celui qui ne peut la voir ni la reconnaître, qu'il reste aveugle!

Pour ma part, je me crois en droit de déclarer que tout en voyant dans

cet écrit un récit pleinement historique, je le crois propre à fournir à

l'art moderne des sujets excellents. Ne serait-ce pas, par exemple, un

sujet fait pour un peintre que de nous montrer la maison de Njal en

flammes; au milieu de la maison Njal et sa femme qui, avec leur jeune

garçon entre eux, se sont couchés pour leur dernier sommeil, tandis

qu'un serviteur, debout à côté du lit, étend sur eux une peau de boeuf,

et dans un autre coin du tableau Skarphjedin et son frère, les pieds à

moitié brûlés, peut-être même Grim mortellement frappé et luttant contre

la mort; ou bien encore que de nous montrer Skarphjedin, vaincu par la

douleur, enfonçant sa hache dans la poutre, tandis que diverses figures

d'incendiaires grimpés çà et là sur la maison, contemplent cette scène,

animés des sentiments les plus différents. Ne serait-ce pas encore un

sujet convenable pour un tableau, que la scène de Flosi avec Hildigunn,

au moment où il rejette loin de lui la chemise sanglante? Si c'est le

but de l'art tragique de peindre les passions dans leurs expressions les

plus diverses, nulle part elles ne se manifestent avec plus de force

qu'ici. C'est aux artistes connaissant bien leur art qu'il appartient

d'en juger.

Le récit qu'on va lire pourrait sans doute être mis sous une forme qui

se rapprocherait davantage de la façon moderne de raconter. On pourrait

par exempte en éliminer divers détails qui rompent la marche régulière

de l'exposition, intervertir certaines choses qui ne paraissent pas être

tout à fait à leur véritable place. Entre autres habitudes singulières,

les anciens ont celle de rassembler en un même endroit les

renseignements sur les personnages qui doivent paraître ensuite, ce qui

ne se fait plus aujourd'hui. Au moyen de remaniements de ce genre, le

récit pourrait, dans l'ensemble et dans les différentes parties,

recevoir en maint endroit une forme plus correcte. J'ai eu la tentation

de lui appliquer ce traitement, mais je ne suis pas allé jusqu'au bout.

Je me suis convaincu que le mieux était de conserver la forme primitive

pour montrer au lecteur, par une fidèle image, ce que racontaient les

anciens, et comment.

Pour aucune traduction je n'ai aussi bien senti que pour celle-ci

combien il est difficile non seulement de saisir et de rendre certains

mots et certaines tournures, mais en général de reproduire la

simplicité, la brièveté, l'énergie et la force qui vivent dans

l'original. C'est surtout à l'occasion de cette traduction que j'ai

clairement aperçu combien notre langue actuelle est pauvre et

insuffisante pour exprimer avec quelque fidélité maintes idées de

l'ancienne. Cela tient encore et surtout à la différence des temps. Les

langues modernes se sont épandues sur une quantité extraordinaire

d'objets; elles sont riches, en ce sens que la matière en est riche. Les

anciennes langues au contraire se bornaient à un petit nombre d'objets,

et en conséquence déployaient leur richesse et leur souplesse en variant

l'expression de ces objets. Je serais heureux, soit dit en passant, si

la tentative que j'ai faite pouvait éveiller assez d'intérêt pour

engager plus d'un lecteur à chercher dans l'original ce qu'aucune

traduction n'est capable de donner.

La présente Saga est particulièrement remarquable à un double point de

vue, d'abord comme récit historique et ensuite par les lumières qu'elle

nous fournit sur la constitution de la république islandaise et sur la

procédure. Nous devons examiner ici ces deux points d'un peu plus près.

Que le récit soit historique, c'est ce dont on ne peut douter. Les

personnages qui s'y présentent, les événements qui s'y trouvent décrits,

sont réels. Le récit a, par suite, sa chronologie fixe et précise. Le

point central de cette chronologie est l'introduction du christianisme

en l'an 1000. De ce point fixe le récit remonte en arrière jusqu'au

règne d'Erick à la hache sanglante (Blodoxe) et descend environ dix-sept

ans. Pour les lecteurs qui voudraient suivre à ce point de vue la

représentation des événements j'ajouterai une remarque d'importance

capitale. Par Hoskuld et Hrut, le récit se rattache à la Laxdæla Saga.

Les chapitres 2 et 7 embrassent environ 6 ans. La septième année tombe

dans le chapitre 8, la huitième dans le chapitre 10. Les chapitres 13 et

14 vont de la neuvième à la onzième année. Dans le chapitre 17 finit la

quinzième année et le chapitre 21 tombe dans la seizième. Ces années ne

peuvent pas être fixées plus précisément, mais si l'on admet que le

voyage de Gunnar à l'étranger, au chapitre 29, a été commencé en l'an

976, il revient en 979 (chapitre 32) et les événements postérieurs

suivent année par année jusqu'en 985 (chapitre 45), où les trois tings

dont il est parlé font quelque difficulté. Il s'agit en effet de savoir

si l'auteur a voulu parler du ting général (alting), ou du ting local.

Si l'on admet cette dernière supposition, le chapitre 47 commence avec

l'an 983, et le récit marche alors régulièrement jusqu'à la mort de

Gunnar en 993 (chapitre 75 et suivants). Les fils de Njal voyagent à

l'étranger en 992 (chapitre 83) et reviennent chez eux en 998 (chapitre

90). Les négociations de Njal, à l'Alting, pour le mariage de Hoskuld,

godi de Hvidenæs, tombent en l'an 1003, et le mariage avec Hildigunn

s'accomplit en 1005 (chapitre 97). Jusque-là le récit paraît écrit comme

un tout ininterrompu, mais les chapitres qui parlent de l'introduction

du christianisme (chapitres 99-105) sont interpolés, quoique semblables

au reste par le style et la manière de présenter les choses. Ce qui les

précède et ce qui les suit se lie ensemble et les deux morceaux ont été

séparés l'un de l'autre par cette interpolation sur le christianisme.

Celle-ci commence avec l'année 995 (chapitre 100) et finit avec l'an

1000 (chapitres 104-105); seulement, les faits relatifs à Amunde Blinde

qui sont rapportés comme survenus trois ans après se produisirent non

trois ans après l'introduction du christianisme en l'an 1000 (fin du

chapitre 105), mais trois ans après le meurtre de Lyting (fin du

chapitre 99). Or la fin du chapitre 99 et le commencement du chapitre

106 se rattachent immédiatement l'un à l'autre, comme le prouve

d'ailleurs tout l'ensemble du récit. On doit donc admettre ou bien que

ce morceau sur l'introduction du christianisme n'est pas à sa place, ou

bien qu'il a été ajouté par un écrivain plus récent. Le récit reprend

ensuite sa marche jusqu'à la mort de Njal, en l'an 1011 (chapitre 129).

Le combat à l'Alting tombe dans l'année suivante 1012 (chapitre 145).

Flosi et Kari partirent pour l'étranger en 1013 (chapitres 153-154); la

bataille de Brjan eut lieu en 1014 (chapitre 157) et Flosi et Kari se

rencontrèrent en Islande en 1017 (chapitre dernier). Telle est la

chronologie que les interprètes ont adoptée et que je reproduis ici,

parce qu'elle fera suivre en quelque sorte aux lecteurs le cours des

événements, quoique sans doute on puisse y faire quelques objections de

détail. Elle est d'ailleurs confirmée par cette circonstance que

d'autres documents historiques donnent pour la bataille de Brjan ou la

grande bataille de Clontarf la même date, de l'an 1014.

* * * * *

I

Il y avait un homme qui s'appelait Mörd: on l'avait surnommé Gigja. Il

était fils de Sighvat le rouge. Il habitait à Völl, dans la plaine de la

Ranga. C'était un chef puissant, et un grand homme de loi. Il savait si

bien la loi que personne n'eût tenu pour bon un jugement rendu sans lui.

Il avait une fille nommée Unn. Elle était belle, accorte et sage; elle

passait pour le meilleur parti de la Ranga.

Et maintenant la saga nous mène à l'ouest, dans les vallées du

Breidafjord. Il y avait là un homme nommé Höskuld, fils de Dalakol. Sa

mère s'appelait Thorgerd, et était fille de Thorstein le rouge, fils

d'Olaf le blanc, fils d'Ingjald, fils d'Helgi. La mère d'Ingjald était

Thora, fille de Sigurd aux yeux de serpent, fils de Ragnar Lodbrok. La

mère de Thorstein le rouge était Udr la riche, fille de Ketil Flatnef,

fils de Björn Buna, fils de Grim, seigneur de Sogn.

Höskuld demeurait à Höskuldstad, dans la vallée de la Saxa. Son frère

s'appelait Hrut. Il demeurait à Hrutstad. Il était de la même mère que

Höskuld. Son père était Herjolf. Hrut était beau, grand et fort, brave,

et d'humeur douce. C'était le plus sage des hommes, secourable à ses

amis et bon conseiller dans les affaires d'importance.

Il arriva une fois qu'Höskuld donna un festin. Son frère Hrut était là,

assis à côté de lui. Höskuld avait une fille qui s'appelait Halgerd.

Elle jouait à terre avec d'autres petites filles. Elle était jolie et

bien faite. Ses cheveux étaient doux comme de la soie, et si longs

qu'ils lui venaient à la ceinture. Höskuld l'appela: «Viens près de

moi», dit-il. Elle vint à lui. Il la prit par le menton et la baisa.

Puis elle s'en alla. Alors Höskuld dit à Hrut: «Que penses-tu de cette

petite fille? Ne te semble-t-elle pas jolie?» Hrut se taisait. Höskuld

lui demanda une seconde fois la même chose. Et Hrut finit par répondre:

«Certes l'enfant est jolie, et bien des gens le sauront pour leur

malheur; mais je ne sais comment le mauvais oeil est venu dans notre

famille.» Alors Höskuld se fâcha, et les deux frères furent en froid

pendant quelque temps.

Les frères d'Halgerd étaient Thorleik, qui fut père de Bolli, Olaf, père

de Kjartan, et Bard.

La Saga de Njal · 第 9 / 164 题