La Saga de Njal, écrite en Islande, à la fin du XIIe siècle, par un
auteur inconnu, paraît ici pour la première fois en français. La
traduction, aussi littérale que possible, a été faite sur le texte
original, d'après l'édition publiée à Copenhague en 1875, aux frais de
la Société royale des antiquaires du Nord. On s'est abstenu d'y joindre
aucune note. Les lecteurs qui auront besoin d'éclaircissements les
trouveront dans l'édition publiée à Copenhague en 1809 avec une
traduction latine et un glossaire, dans le recueil des sagas Islandaises
traduites en danois par Petersen (2ème édition, Copenhague 1862) et dans
la traduction anglaise de Dasent (Edinburgh, 1862). Une édition
populaire des principales Sagas est actuellement en cours de publication
à Akureyri, en Islande.
Petersen a joint à son travail une courte introduction destinée à
montrer la valeur littéraire de la Saga de Njal et à en faciliter
l'intelligence par quelques notions historiques et chronologiques. On
trouvera ici cette introduction traduite en français.
L'auteur de la Saga de Njal a fait des emprunts à d'autres Sagas,
notamment dans les derniers chapitres qui contiennent le récit de la
bataille de Brjan. D'autres parties paraissent avoir été ajoutées après
coup, par exemple le morceau sur l'introduction du christianisme en
Islande, et les formules juridiques du procès engagé à l'alting. Tels
sont encore les vers que la Saga met dans la bouche de ses personnages,
et qui font presque toujours double emploi avec les paroles en prose.
Cette partie poétique dont tout le mérite consiste dans le rythme et
l'allitération a aussi tous les défauts de la poésie islandaise,
notamment l'abus et l'accumulation des métaphores les plus
extraordinaires. Il n'a pas toujours paru possible d'en donner une
traduction littérale.
Une autre difficulté s'est présentée dans la transcription des noms
propres. L'alphabet norain a plusieurs signes particuliers pour indiquer
le renforcement des voyelles ou l'affaiblissement des consonnes. Ces
signes n'existent pas dans l'alphabet français et il y aurait eu plus
d'inconvénients que d'avantages à chercher des équivalents. On a dû
renoncer à reproduire ces simples nuances d'orthographe et de
prononciation.
L'autorité de la Saga de Njal, quoique récemment contestée ne paraît pas
avoir été sérieusement ébranlée. Ce récit reste toujours, aux yeux des
hommes les plus compétents, le fidèle tableau de l'ancienne société
Scandinave, et jette une vive lumière sur les conditions de la vie dans
le Nord de l'Europe, à la fin du Xe siècle.
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