--Dans l’instruction que Votre Excellence vient de me lire, reprit
Stieber, il m’est enjoint de découvrir soit un haut fonctionnaire, soit
une personne de la famille du président capable de servir de
correspondant au gouvernement royal. Eh bien! que Votre Excellence me
permette de lui faire remarquer qu’Elle pourrait me faciliter grandement
ma tâche sous ce rapport...
--Vraiment, je voudrais savoir de quelle manière?
--Votre Excellence est en relations suivies avec la famille W... Elle
connaît tout particulièrement le capitaine W..., dont le frère a épousé
une Bonaparte. La fille de cette dame porte le nom de son aïeule
Lætitia, et elle a, dit-on, la beauté radieuse de la mère du grand
Napoléon. De plus, la princesse Lætitia est une artiste: elle compose
des vers, elle peint, elle chante... Elle s’est mariée, il n’y a pas
longtemps, à un gentilhomme wurtembergeois assez pauvre, mais le ménage
compte beaucoup sur le cousin de l’Élysée. Louis-Napoléon, à ce que l’on
prétend, n’est pas insensible aux charmes de sa belle parente, et, même
en admettant que les mauvaises langues aient tort, il est certain que la
princesse Lætitia, ou plutôt Mme de X..., a ses entrées grandes et
petites à l’Élysée, sans compter qu’elle est en fort bons termes avec
plusieurs chefs du parti avancé...
Stieber s’arrêta, comme s’il attendait une réponse ou une observation.
--C’est parfaitement exact, fit l’ambassadeur. La princesse Lætitia de
W..., aujourd’hui baronne de X..., est une jeune personne d’une beauté
rare et d’une instruction hors ligne. Mais, en quoi peut-elle vous
intéresser?
--Je crois, Excellence, que Mme de X... pourrait être la personne
désirée par M. de Manteuffel, et que son concours serait fort utile et
fort précieux. En tout cas, je crois de mon devoir d’essayer auprès
d’elle une tentative, si toutefois Votre Excellence veut bien me munir
d’une recommandation.
--Oh! non, ce n’est pas possible!
--Je ne demande pas à être présenté à Mme de X... sous mon nom personnel
et pour ce que je suis réellement, ce serait de l’indiscrétion, et, de
plus, inutile. Mais Mme de X..., qui n’a aucune raison de recevoir
l’agent Stieber, fera certainement bon accueil à un gentilhomme
poméranien ou westphalien attaché à la légation royale de Londres et se
présentant sous les auspices d’un célèbre savant et d’un grand
diplomate, d’un ami de la famille...