similitude d'organisation avec d'autres êtres, les mêmes besoins, de
l'attrait vers les mêmes plaisirs, une aversion commune pour les mêmes
peines : ce qui constitue l'homme ce qu'il est, et doit fonder la
morale qui lui convient.
A. Cela n'est pas aisé.
B. Cela n'est pas si difficile, que je croirais volontiers le peuple
le plus sauvage de la terre, le Tahitien qui s'en est tenu
scrupuleusement à la loi de nature, plus voisin d'une bonne
législation qu'aucun peuple civilisé.
A. Parce qu'il lui est plus facile de se défaire de son trop de
rusticité, qu'à nous de revenir sur nos pas et de réformer nos abus.
B. Surtout ceux qui tiennent à l'union de l'homme avec la femme.
A. Cela se peut. Mais commençons par le commencement. Interrogeons
bonnement la nature, et voyons sans partialité ce qu'elle nous
répondra sur ce point.
B. J'y consens.
A. Le mariage est-il dans la nature ?
B. Si vous entendez par le mariage la préférence qu'une femme accorde
à un mâle sur tous les autres mâles, ou celle qu'un mâle donne à une
femelle sur toutes les autres femelles ; préférence mutuelle, en
conséquence de laquelle il se forme une union plus ou moins durable,
qui perpétue l'espèce par la reproduction des individus, le mariage
est dans la nature.
A. Je le pense comme vous ; car cette préférence se remarque non
seulement dans l'espèce humaine, mais encore dans les autres espèces
d'animaux : témoin ce nombreux cortège de mâles qui poursuivent une même
femelle au printemps dans nos campagnes, et dont un seul obtient le
titre de mari. Et la galanterie ?
B. Si vous entendez par galanterie cette variété de moyens énergiques
ou délicats que la passion inspire, soit au mâle, soit à la femelle,
pour obtenir cette préférence qui conduit à la plus douce, la plus
importante et la plus générale des jouissances ; la galanterie est
dans la nature.
A. Je le pense comme vous. Témoin toute cette diversité de
gentillesses pratiquées par le mâle pour plaire à la femelle et par la
femelle pour irriter la passion et fixer le goût du mâle. Et la
coquetterie ?
B. C'est un mensonge qui consiste à simuler une passion qu'on ne sent
pas, et à promettre une préférence qu'on n'accordera point. Le mâle
coquet se joue de la femelle ; la femelle coquette se joue du mâle :
jeu perfide qui amène quelquefois les catastrophes les plus funestes ;
manège ridicule, dont le trompeur et le trompé sont également châtiés
par la perte des instants les plus précieux de leur vie.
A. Ainsi la coquetterie, selon vous, n'est pas dans la nature ?
B. Je ne dis pas cela.
A. Et la constance ?
B. Je ne vous en dirai rien de mieux que ce qu'en a dit Orou à
l'aumônier. Pauvre vanité de deux enfants qui s'ignorent eux-mêmes,
et que l'ivresse d'un instant aveugle sur l'instabilité de tout ce qui
les entoure !
A. Et la fidélité, ce rare phénomène ?
B. Presque toujours l'entêtement et le supplice de l'honnête homme et
de l'honnête femme dans nos contrées ; chimère à Tahiti.
A. La jalousie ?
B. Passion d'un animal indigent et avare qui craint de manquer ;
sentiment injuste de l'homme ; conséquence de nos fausses moeurs, et
d'un droit de propriété étendu sur un objet sentant, pensant, voulant,
et libre.
A. Ainsi la jalousie, selon vous, n'est pas dans la nature ?
B. Je ne dis pas cela. Vices et vertus, tout est également dans la
nature.
A. Le jaloux est sombre.
B. Comme le tyran, parce qu'il en a la conscience.
A. La pudeur ?
B. Mais vous m'engagez là dans un cours de morale galante. L'homme ne
veut être ni troublé ni distrait dans ses jouissances. Celles de
l'amour sont suivies d'une faiblesse qui l'abandonnerait à la merci de
son ennemi. Voilà tout ce qu'il pourrait y avoir de naturel dans la
pudeur : le reste est d'institution. L'aumônier remarque, dans un
troisième morceau que je ne vous ai point lu, que le Tahitien ne
rougit pas des mouvements involontaires qui s'excitent en lui à côté
de sa femme, au milieu de ses filles ; et que cellesci en sont
spectatrices, quelquefois émues, jamais embarrassées. Aussitôt que la
femme devint la propriété de l'homme, et que la jouissance furtive fut
regardée comme un vol, on vit naître les termes pudeur, retenue,
bienséance ; des vertus et des vices imaginaires ; en un mot, entre
les deux sexes, des barrières qui empêchassent de s'inviter
réciproquement à la violation des lois qu'on leur avait imposées, et
qui produisirent souvent un effet contraire, en échauffant
l'imagination et en irritant les désirs. Lorsque je vois des arbres
plantés autour de nos palais, et un vêtement de cou qui cache et
montre une partie de la gorge d'une femme, il me semble reconnaître un
retour secret vers la forêt, et un appel à la liberté première de
notre ancienne demeure. Le Tahitien nous dirait : Pourquoi te
cachestu ? de quoi estu honteux ? faistu le mal, quand tu cèdes à
l'impulsion la plus auguste de la nature ? Homme, présentetoi
franchement si tu plais. Femme, si cet homme te convient, reçois-le
avec la même franchise.
A. Ne vous fâchez pas. Si nous débutons comme des hommes civilisés, il
est rare que nous ne finissions pas comme le Tahitien.
B. Oui, mais ces préliminaires de convention consument la moitié de la
vie d'un homme de génie.
A. J'en conviens ; mais qu'importe, si cet élan pernicieux de l'esprit
humain, contre lequel vous vous êtes récrié tout à l'heure, en est
d'autant ralenti ? Un philosophe de nos jours, interrogé pourquoi les
hommes faisaient la cour aux femmes, et non les femmes la cour aux
hommes, répondit qu'il était naturel de demander à celui qui pouvait
toujours accorder.
B. Cette raison m'a paru de tout temps plus ingénieuse que solide. La
nature, indécente si vous voulez, presse indistinctement un sexe vers
l'autre et dans un état de l'homme triste et sauvage qui se conçoit et
qui peutêtre n'existe nulle part...
A. Pas même à Tahiti ?
B. Non... l'intervalle qui séparerait un homme d'une femme serait
franchi par le plus amoureux. S'ils s'attendent, s'ils se fuient,
s'ils se poursuivent, s'ils s'évitent, s'ils s'attaquent, s'ils se
défendent, c'est que la passion, inégale dans ses progrès, ne
s'applique pas en eux de la même force. D'où il arrive que la volupté
se répand, se consomme et s'éteint d'un côté, lorsqu'elle commence à
peine à s'élever de l'autre, et qu'ils en restent tristes tous
deux. Voilà l'image fidèle de ce qui se passerait entre deux êtres
libres, jeunes et parfaitement innocents. Mais lorsque la femme a
connu, par l'expérience ou l'éducation, les suites plus ou moins
cruelles d'un moment doux, son coeur frissonne à l'approche de
l'homme. Le coeur de l'homme ne frissonne point ; ses sens commandent,
et il obéit. Les sens de la femme s'expliquent, et elle craint de les
écouter. C'est l'affaire de l'homme que de la distraire de sa crainte,
de l'enivrer et de la séduire. L'homme conserve toute son impulsion
naturelle vers la femme ; l'impulsion naturelle de la femme vers
l'homme, dirait un géomètre, est en raison composée de la directe de
la passion et de l'inverse de la crainte ; raison qui se complique
d'une multitude d'éléments divers dans nos sociétés ; éléments qui
concourent presque tous à accroître la pusillanimité d'un sexe et la
durée de la poursuite de l'autre. C'est une espèce de tactique où les
ressources de la défense et les moyens de l'attaque ont marché sur la
même ligne. On a consacré la résistance de la femme ; on a attaché
l'ignominie à la violence de l'homme ; violence qui ne serait qu'une
injure légère dans Tahiti, et qui devient un crime dans nos cités.
A. Mais comment estil arrivé qu'un acte dont le but est si solennel,
et auquel la nature nous invite par l'attrait le plus puissant ; que
le plus grand, le plus doux, le plus innocent des plaisirs soit devenu
la source la plus féconde de notre dépravation et de nos maux ?
B. Orou l'a fait entendre dix fois à [-l'aumônier : écoutezle donc
encore, et tâchez de le retenir. C'est par la tyrannie de l'homme, qui
a converti la possession de la femme en une propriété. Par les moeurs
et les usages, qui ont surchargé de conditions l'union conjugale. Par
les lois civiles, qui ont assujetti le mariage à une infinité de
formalités. Par la nature de notre société, où la diversité des
fortunes et des rangs a institué des convenances et des
disconvenances. Par une contradiction bizarre et commune à toutes les
sociétés subsistantes, où la naissance d'un enfant, toujours regardée
comme un accroissement de richesse pour la nation, est plus souvent et
plus sûrement encore un accroissement d'indigence dans la famille. Par
les vues politiques des souverains, qui ont tout rapporté à leur
intérêt et à leur sécurité. Par les institutions religieuses, qui ont
attaché les noms de vices et de vertus à des actions qui n'étaient
susceptibles d'aucune moralité. Combien nous sommes loin de la nature
et du bonheur ! L'empire de la nature ne peut être détruit : on aura
beau le contrarier par des obstacles, il durera. Écrivez tant qu'il
vous plaira sur des tables d'airain, pour se servir de l'expression du
sage MarcAurèle, que le frottement voluptueux de deux intestins est
un crime, le coeur de l'homme sera froissé entre la menace de votre
inscription et la violence de ses penchants. Mais ce coeur indocile ne
cessera de réclamer ; et cent fois, dans le cours de la vie, vos
caractères effrayants disparaîtront à nos yeux. Gravez sur le marbre :
Tu ne mangeras ni de l'ixion, ni du griffon ; tu ne connaîtras que ta
femme ; tu ne seras point le mari de ta soeur : mais vous n'oublierez
pas d'accroître les châtiments à proportion de la bizarrerie de vos
défenses ; vous deviendrez féroces, et vous ne réussirez point à me
dénaturer.
A. Que le code des nations serait court, si on le conformait
rigoureusement à celui de la nature ! Combien de vices et d'erreurs
épargnés à l'homme !
B. Voulezvous savoir l'histoire abrégée de presque toute notre
misère ? La voici. Il existait un homme naturel : on a introduit
audedans de cet homme un homme artificiel et il s'est élevé dans la
caverne une guerre continuelle qui dure toute la vie. Tantôt l'homme
naturel est le plus fort ; tantôt il est terrassé par l'homme moral et
artificiel ; et, dans l'un et l'autre cas, le triste monstre est
tiraillé, tenaillé, tourmenté, étendu sur la roue ; sans cesse
gémissant, sans cesse malheureux, soit qu'un faux enthousiasme de
gloire le transporte et l'enivre, ou qu'une fausse ignominie le courbe
et l'abatte. Cependant il est des circonstances extrêmes qui ramènent
l'homme à sa première simplicité.
A. La misère et la maladie, deux grands exorcistes.
B. Vous les avez nommés. En effet, que deviennent alors toutes ces
vertus conventionnelles ? Dans la misère, l'homme est sans remords ;
dans la maladie, la femme est sans pudeur.
A. Je l'ai remarqué.
B. Mais un autre phénomène qui ne vous aura pas échappé davantage,
c'est que le retour de l'homme artificiel et moral suit pas à pas les
progrès de l'état de maladie à l'état de convalescence et de l'état de
convalescence à l'état de santé. Le moment où l'infirmité cesse est
celui où la guerre intestine recommence, et presque toujours avec
désavantage pour l'intrus.
A. Il est vrai. J'ai moimême éprouvé que l'homme naturel avait dans
la convalescence une vigueur funeste pour l'homme artificiel et
moral. Mais enfin, ditesmoi, fautil civiliser l'homme, ou
l'abandonner à son instinct ?
B. Fautil vous répondre net ?
A. Sans doute.
B. Si vous vous proposez d'en être le tyran, civilisezle ;
empoisonnez-le de votre mieux d'une morale contraire à la nature ;
faiteslui des entraves de toute espèce ; embarrassez ses mouvements
de mille obstacles ; attachezlui des fantômes qui l'effraient ;
éternisez la guerre dans la caverne, et que l'homme naturel y soit
toujours enchaîné sous les pieds de l'homme moral. Le voulezvous
heureux et libre ? ne vous mêlez pas de ses affaires : assez
d'incidents imprévus le conduiront à la lumière et à la dépravation ;
et demeurez à jamais convaincu que ce n'est pas pour vous, mais pour
eux, que ces sages législateurs vous ont pétri et maniéré comme vous
l'êtes. J'en appelle à toutes les institutions politiques, civiles et
religieuses : examinez-les profondément ; et je me trompe fort, ou
vous y verrez l'espèce humaine pliée de siècle en siècle au joug
qu'une poignée de fripons se promettait de lui imposer. Méfiezvous de
celui qui veut mettre de l'ordre. Ordonner, c'est toujours se rendre
le maître des autres en les gênant : et les Calabrais sont presque les
seuls à qui la flatterie des législateurs n'en ait point encore
imposé...
A. Et cette anarchie de la Calabre vous plaît ?
B. J'en appelle à l'expérience ; et je gage que leur barbarie est
moins vicieuse que notre urbanité. Combien de petites scélératesses
compensent ici l'atrocité de quelques grands crimes dont on fait tant
de bruit ! Je considère les hommes non civilisés comme une multitude
de ressorts épars et isolés. Sans doute, s'il arrivait à quelques-uns
de ces ressorts de se choquer, l'un ou l'autre, ou tous les deux, se
briseraient. Pour obvier à cet inconvénient, un individu d'une sagesse
profonde et d'un génie sublime rassembla ces ressorts et en composa
une machine, et dans cette machine appelée société, tous les ressorts
furent rendus agissants, réagissant les uns contre les autres, sans
cesse fatigués ; et il s'en rompit plus dans un jour, sous l'état de
législation, qu'il ne s'en rompait en un an sous l'anarchie de
nature. Mais quel fracas ! quel ravage ! quelle énorme destruction de
petits ressorts, lorsque deux, trois, quatre de ces énormes machines
vinrent à se heurter avec violence !
A. Ainsi vous préféreriez l'état de nature brute et sauvage ?
B. Ma foi, je n'oserais prononcer ; mais je sais qu'on a vu plusieurs
fois l'homme des villes se dépouiller et rentrer dans la forêt, et
qu'on n'a jamais vu l'homme de la forêt se vêtir et s'établir dans la
ville.
A. Il m'est venu souvent dans la pensée que la somme des biens et des
maux était variable pour chaque individu ; mais que le bonheur ou le
malheur d'une espèce animale quelconque avait sa limite qu'elle ne
pouvait franchir, et que peutêtre nos efforts nous rendaient en
dernier résultat autant d'inconvénient que d'avantage ; en sorte que
nous nous étions bien tourmentés pour accroître les deux membres d'une
équation, entre lesquels il subsistait une éternelle et nécessaire
égalité. Cependant je ne doute pas que la vie moyenne de l'homme
civilisé ne soit plus longue que la vie moyenne de l'homme sauvage.
B. Et si la durée d'une machine n'est pas une juste mesure de son plus
ou moins de fatigue, qu'en concluez vous ?
A. Je vois qu'à tout prendre, vous inclineriez à croire les hommes
d'autant plus méchants et plus malheureux qu'ils sont plus civilisés ?
B. Je ne parcourrai pas toutes les contrées de l'univers ; mais je
vous avertis seulement que vous ne trouverez la condition de l'homme
heureuse que dans Tahiti, et supportable que dans un recoin de
l'Europe. Là, des maîtres ombrageux et jaloux de leur sécurité se sont
occupés à le tenir dans ce que vous appelez l'abrutissement.
A. À Venise, peutêtre ?
B. Pourquoi non ? Vous ne nierez pas, du moins, qu'il n'y ait nulle
part moins de lumières acquises, moins de moralité artificielle, et
moins de vices et de vertus chimériques.
A. Je ne m'attendais pas à l'éloge de ce gouvernement.
B. Aussi ne le faisje pas. Je vous indique une espèce de
dédommagement de la servitude, que tous les voyageurs ont senti et
préconisé.
A. Pauvre dédommagement !
B. Peutêtre. Les Grecs proscrivirent celui qui avait ajouté une corde
à la lyre de Mercure.
A. Et cette défense est une satire sanglante de leurs premiers
législateurs. C'est la première corde qu'il fallait couper.
B. Vous m'avez compris. Partout où il y a une lyre, il y a des
cordes. Tant que les appétits naturels seront sophistiqués, comptez
sur des femmes méchantes.
A. Comme la Reymer.
B. Sur des hommes atroces.
A. Comme Gardeil.
B. Et sur des infortunés à propos de rien.
A. Comme Tauié, mademoiselle de La Chaux, le chevalier Desroches et
madame de La Carlière. Il est certain qu'on chercherait inutilement
dans Tahiti des exemples de la dépravation des deux premiers, et du
malheur des trois derniers. Que feronsnous donc ? reviendronsnous à
la nature ? nous soumettronsnous aux lois ?
B. Nous parlerons contre les lois insensées jusqu'à ce qu'on les
réforme ; et, en attendant, nous nous y soumettrons. Celui qui, de son
autorité privée, enfreint une loi mauvaise, autorise tout autre à
enfreindre les bonnes. Il y a moins d'inconvénients à être fou avec
des fous, qu'à être sage tout seul. Disonsnous à nousmêmes, crions
incessamment qu'on a attaché la honte, le châtiment et l'ignominie à
des actions innocentes en ellesmêmes ; mais ne les commettons pas,
parce que la honte, le châtiment et l'ignominie sont les plus grands
de tous les maux. Imitons le bon aumônier, moine en France, sauvage
dans Tahiti.
A. Prendre le froc du pays où l'on va, et garder celui du pays où l'on
est.
B. Et surtout être honnête et sincère jusqu'au scrupule avec des êtres
fragiles qui ne peuvent faire notre bonheur, sans renoncer aux
avantages les plus précieux de nos sociétés. Et ce brouillard épais,
qu'estil devenu ?
A. Il est retombé.
B. Et nous serons encore libres, cet aprèsdîner, de sortir ou de
rester ?
A. Cela dépendra, je crois, un peu plus des femmes que de nous.
B. Toujours les femmes ! On ne saurait faire un pas sans les
rencontrer à travers son chemin.
A. Si nous leur lisions l'entretien de l'Aumônier et d'Orou ?
B. À votre avis qu'en diraientelles ?
A. Je n'en sais rien.
B. Et qu'en penseraientelles ?
A. Peutêtre le contraire de ce qu'elles en diraient.