C'est le propre des incidents de théâtre d'être aussi retentissants que
promptement oubliés... Peut-être a-t-on déjà un peu perdu le souvenir
des démêlés qu'eut, le mois dernier, au moment de son départ pour une
longue tournée, M. Silvain avec la Comédie-Française. Ayant commencé son
voyage par quelques villes du Midi, l'excellent tragédien, sociétaire
infatigable, dut par deux fois, et à deux jours d'intervalle, regagner
Paris pour y venir jouer Louis XI. Et l'on a pu calculer que le
vice-doyen de la Maison avait ainsi parcouru plus de 3.000 kilomètres en
quatre-vingt-onze heures,--record que n'aurait point permis l'antique
chariot de Thespis.
Depuis lors, la tournée de M. Silvain en Algérie et en Tunisie s'est
poursuivie sans encombre. C'est de Guelma que nous arrive aujourd'hui
l'écho de ses succès. Il y a représenté, le 1er mai, sur la scène du
théâtre romain de Calama, une oeuvre dont il est l'auteur, en
collaboration avec M. Jaubert, l'_Andromaque_ d'Euripide, traduite et
adaptée par leurs soins. L'éclat de l'interprétation, en tête de
laquelle figurait, aux côtés de M. Silvain dans le rôle du vieux Pelée,
Mme Louise Silvain en Andromaque, la nouveauté de la pièce, non encore
donnée en public, avaient attiré de nombreux spectateurs, qui firent
fête aux deux artistes et à leur troupe. Une de nos photographies montre
une scène de la pièce, dans un décor adroitement reconstitué, où l'on
voit, à gauche, le palais de Néoptolème et à droite le temple de Thétis,
à Phtie, en Thessalie.
[Illustration: Le sociétaire de la Comédie-Française en voyage: M.
Silvain.]
[Illustration: Une représentation d'_Andromaque_ (d'après Euripide) au
théâtre romain de Calama: Mme Silvain, sur les marches du temple de
Thétis.]