A la veille de la réunion du congrès qui doit procéder à l'élection
régulière du président de la République mexicaine, les troubles
renaissent en ce pays qui, après avoir été si longtemps maintenu dans
l'ordre par la poigne de fer de Porfirio Diaz, semble revenir à la
tradition des pronunciamentos. On considère, néanmoins, jusqu'à présent,
que le neveu de Porfirio, le général Félix Diaz, qui, avec le général
Huerta, fit la dernière révolution, conserve les plus grandes chances
d'être élu. En attendant, c'est le général Huerta qui continue de
détenir le pouvoir. C'est--il l'a prouvé--un homme rude, et que les
scrupules de légalité embarrassent peu. On le dit habile à pratiquer la
politique intérieure mexicaine. En tout cas, il a réussi à amener à
composition le fameux général Orozco, celui-là même dont nous avons
publié récemment le portrait, un fusil à la main et une cartouchière à
la ceinture. Les rebelles d'Orozco étaient en principe des gens
paisibles, puisqu'ils réclamaient simplement l'application des lois
agraires! Le général Huerta lui-même n'en dut pas moins tenir contre eux
dans le Nord une campagne très pénible ces derniers temps. Enfin, les
deux ennemis se sont réconciliés. Le 17 mars dernier, au palais
présidentiel, Orozco, en redingote, a reçu de son ex-adversaire une
large accolade, à la mode hispano-américaine.
Ce qui ne veut pas dire, hélas! que la révolution soit terminée. Le chef
Zapata, et d'autres chefs, inconnus hier, et peut-être gouverneurs ou
ministres demain, tiennent de nouveau la campagne. Un récent télégramme
annonçait le pillage d'un train et le massacre des voyageurs. Aussi tous
les Mexicains d'ordre et de travail et les étrangers souhaitent-ils
qu'un gouvernement ferme, sinon une dictature, soit rétabli sans tarder
et que l'on puisse à nouveau connaître la sécurité que sut maintenir la
longue présidence de Porfirio Diaz.