On n'a point exagéré la sobriété des Siciliens; du pain et d

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LE TOUR DU MONDE

IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE

Rue de Fleurus, 9, à Paris

LE TOUR DU MONDE

NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES

PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION

DE M. ÉDOUARD CHARTON

ET ILLUSTRÉ PAR NOS PLUS CÉLÈBRES ARTISTES

1860

DEUXIÈME SEMESTRE

LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie

PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77

LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND

LEIPZIG, 15, POST-STRASSE

1860

TABLE DES MATIÈRES.

UN MOIS EN SICILE (1843.--Inédit.), par M. Félix BOURQUELOT.

Arrivée en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments

de Palerme. -- La cathédrale de Monreale. -- De Palerme à

Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de

Ségeste. -- Trapani. -- La sépulture du couvent des capucins. --

Le mont Éryx. -- De Trapani à Girgenti. -- La Lettica. --

Castelvetrano. -- Ruines de Sélinonte. -- Sciacca. -- Girgenti

(Agrigente). -- De Girgenti à Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.

-- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlèvement de

Proserpine. -- De Castrogiovanni à Syracuse. -- Calatagirone. --

Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse à Catane. -- Lentini. --

Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --

Retour à Naples. 1

VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),

dessins inédits de M. Jules LAURENS.

Arrivée à Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le

Tchéhar-Bâgh. -- Le collége de la Mère du roi. -- La mosquée du

roi. -- Les quarante colonnes. -- Présentations. -- Le pont du

Zend-è-Roub. -- Un dîner à Ispahan. -- La danse et la comédie. --

Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan à Kaschan. -- Kaschan. --

Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses

scorpions. -- Une légende. -- Les bazars. -- Le collége. -- De

Kaschan à la plaine de Téhéran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --

Le pont du Barbier. -- Le désert de Khavèr. -- Houzé-Sultan. --

La plaine de Téhéran. -- Téhéran. -- Notre entrée dans la ville.

-- Notre habitation. 16

Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions à

Téhéran. -- Température. -- Longévité. -- Les nomades. -- Deux

pèlerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le

laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.

-- Les fiançailles. -- Le divorce. -- La journée d'une Persane.

-- La journée d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de

politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les

chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:

drames historiques. -- Épilogue. -- Le Démavend. -- L'enfant qui

cherche un trésor. 34

VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE

(1858-1859); dessins inédits de M. A. de BÉRARD.

L'île Saint-Thomas. -- La Jamaïque: Kingston; Spanish-Town; les

_réserves_; la végétation. -- Les planteurs et les nègres. --

Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des négresses. --

Avenir des mulâtres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.

-- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une

sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --

Sainte-Marthe. -- Carthagène. -- Le chemin de fer de Panama. --

Costa Rica: San José; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --

Greytown. 49

VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le

Télémark et l'évêché de Bergen.) (1858.--Inédit.)

LE TÉLÉMARK. -- Christiania. -- Départ pour le Télémark. -- Mode

de voyager. -- Paysage. -- La vallée et la ville de Drammen. --

De Drammen à Kongsberg. -- Le cheval norvégien. -- Kongsberg et

ses gisements métallifères. -- Les montagnes du Télémark. --

Leurs habitants. -- Hospitalité des _gaards_ et des _sæters_. --

Une sorcière. -- Les lacs Tinn et Mjös. -- Le Westfjord. -- La

chute du Rjukan. -- Légende de la belle Marie. -- Dal. -- Le

livre des étrangers. -- L'église d'Hitterdal. -- L'ivresse en

Norvège. -- Le châtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et

Bandak. -- Le ravin des Corbeaux. 65

--_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intérieure. --

Retour à Christiania par Skien. 82

L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN. -- La presqu'île de Bergen. -- Lærdal. -- Le

Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vöringfoss. -- Le

Hardangerfjord. -- De Vikoër à Sammanger et à Bergen. 85

VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE

(1860.--Texte et dessins inédits.)--Lettre au Directeur du _Tour

du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).

D'ALEXANDRIE À SOUAKIN. -- L'Égypte. -- Le désert. -- Le simoun.

-- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qosséir. --

Djambo. -- Djeddah. 97

VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Inédit.)

Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosquées. --

L'Albanais Rabottas. -- Préparatifs de départ. -- Vasilika. --

Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.

Gédéon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --

Kariès et la république de l'Athos. -- Le voïvode turc. -- Le

peintre Anthimès et le pappas Manuel. -- M. de Sévastiannoff. 103

Ermites indépendants. -- Le monastère de Koutloumousis. -- Les

bibliothèques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les

peintres modernes. -- Le monastère d'Iveron. -- Les carêmes. --

Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un

Vroukolakas. -- Les bibliothèques. -- Les mulets. -- Philotheos.

-- Les moines et la guerre de l'Indépendance. -- Karacallos. --

L'union des deux Églises. -- Les pénitences et les fautes. 114

La légende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --

Théodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'Église

grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxès. -- Les monastères

bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La légende du peintre. --

Beauté du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --

Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xénophon. -- La

pêche aux éponges. -- Retour à Kariès. -- Xiropotamos, le couvent

du Fleuve Sec. -- Départ de Daphné. -- Marino le chanteur. 130

VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos

et les attoles ou îles de coraux.--(1838).

L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables

cratères. -- Aspect bizarre de la végétation. -- L'île Chatam. --

Colonie de l'île Charles. -- L'île James. -- Lac salé dans un

cratère. -- Histoire naturelle de ce groupe d'îles. --

Mammifères; souris indigène. -- Ornithologie; familiarité des

oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;

tortues de terre; leurs habitudes. 139

Encore les tortues de terre; lézard aquatique se nourrissant de

plantes marines; lézard terrestre herbivore, se creusant un

terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel où ils

remplacent les mammifères. -- Différences entre les espèces qui

habitent les diverses îles. -- Aspect général américain. 146

LES ATTOLES OU ÎLES DE CORAUX. -- Île Keeling. -- Aspect

merveilleux. -- Flore exiguë. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.

-- Insectes. -- Sources à flux et reflux. -- Chasse aux tortues.

-- Champs de coraux morts. -- Pierres transportées par les

racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --

Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --

Profondeur à laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces

parsemés d'îles de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --

Barrières. -- Franges de récifs. -- Changement des franges en

barrières et des barrières en attoles. 151

BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet. 159

VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI

(1830-1839).

Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le

paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pêche. -- Si les

poissons morts sont bons à manger. -- La sorcière Agrippine. --

Mon premier voyage. -- Killæm et ses environs. -- Malheurs. --

Les Yakoutes. -- La chasse et la pêche. -- Yakoutsk. -- Mon

premier emploi. -- J'avance. -- Dernières recommandations de ma

mère. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudskoï. -- Mes bagages. --

Campement. -- Le froid. -- La rivière Outchour. -- L'Aldan. --

Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'Ægnæ. -- Un Tongouse

qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --

Ascension du Diougdjour. -- Stratagème pour prendre un oiseau. --

La ville d'Oudskoï. -- La pêche à l'embouchure du fleuve Ut. --

Navigation pénible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --

Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour à Oudskoï et à

Yakoutsk. 161

Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois pétrifié. -- Le Sountar. --

Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.

-- Population. -- Caractères. -- Aptitudes. -- Les femmes

yakoutes. 177

DE SYDNEY À ADÉLAÏDE (Australie du Sud), notes extraites d'une

correspondance particulière (1860).

Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste

des anciens maîtres du sol. -- Navigation sur le Murray. --

Frontières de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le

Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adélaïde.

-- Culture et mines. 182

VOYAGES ET DÉCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur

BARTH (1849-1855).

Henry Barth. -- But de l'expédition de Richardson. -- Départ. --

Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le désert. -- Le palais des démons. --

Barth s'égare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --

Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --

Frontières de l'Asben. -- Extorsions. -- Déluge à une latitude où

il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du désert. -- Sombre vallée

de Taghist. -- Riante vallée d'Auderas. -- Agadez. -- Sa

décadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir

despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la

girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchéna;

Barth est prisonnier. -- Pénurie d'argent. -- Kano. -- Son

aspect, son industrie, sa population. -- De Kano à Kouka. -- Mort

de Richardson. -- Arrivée à Kouka. -- Difficultés croissantes. --

L'énergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux

courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description

de la ville, son marché, ses habitants. -- Le Dendal. --

Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad. 193

Départ. -- Aspect désolé du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le

mont Délabéda. -- Forgeron en plein vent. -- Dévastation. --

Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --

Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive

force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bénoué. --

Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Ouélad-Sliman.

-- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Ngégimi

ou Ingégimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --

Razzia. -- Nouvelle expédition. -- Troisième départ de Kouka. --

Le chef de la police. -- Aspect de l'armée. -- Dikoua. -- Marche

de l'armée. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beauté du

pays. -- Chasse à l'homme. -- Erreur des Européens sur le centre

de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --

Entrée dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traversée du

Chari. -- À travers champs. -- Défense d'aller plus loin. --

Hospitalité de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrêté. -- On lui met

les fers aux pieds. -- Délivré par Sadik. -- Maséna. -- Un

savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --

Cortége du sultan. -- Dépêches de Londres. 209

De Katchéna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs

remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route périlleuse.

-- Activité des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche

forcée de trente heures. -- L'émir Aliyou. -- Vourno. --

Situation du pays. -- Cortége nuptial. -- Sokoto. -- Caprice

d'une boîte à musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier

d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Désolation et fécondité.

-- Zogirma. -- La vallée de Foga. -- Le Niger. -- La ville de

Say. -- Région mystérieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --

Fin du rhamadan à Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau

partout. -- Barth déguisé en schérif. -- Horreur des chiens. --

Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --

Prières pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites

importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou

Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --

Irritation croissante. -- Sus au chrétien! -- Les Foullanes

veulent assiéger la ville. -- Départ. -- Un preux chez les

Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs désespérantes. -- Gogo.

-- Gando. -- Kano. -- Retour. 226

VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE

(1850-1852.--Inédit).

Arrivée à San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Départ

pour les placers. -- Le claim. -- Première déception. -- La

solitude. -- Mineur et chasseur. -- Départ pour l'intérieur. --

L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivité. --

Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.

-- Délivrance. 242

VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le

capitaine Henri YULE, du corps du génie bengalais (1855).

Départ de Rangoun. -- Frontières anglaises et birmanes. -- Aspect

du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magwé. -- Musique,

concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur

exploitation. -- Un monastère et ses habitants. -- La ville de

Pagán. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrivée à

Amarapoura. 258

Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'éléphant blanc. --

Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du

roi. -- Présents offerts et reçus. -- Le prince héritier

présomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --

Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les

dames birmanes. 273

Comment on dompte les éléphants en Birmanie. -- Excursions autour

d'Amarapoura. -- Géologie de la vallée de l'Irawady. -- Les

poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et

autres peuples indigènes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les

Birmans et chez les Karens. -- Fêtes birmanes. -- Audience de

congé. -- Refus de signer un traité. -- Lettre royale. -- Départ

d'Amarapoura et retour à Rangoun. -- Coup d'oeil rétrospectif sur

la Birmanie. 280

VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine

BURTON (1857-1859).

But de l'expédition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --

Aspect de la côte. -- Un village. -- Les Béloutchis. -- Ouamrima.

-- Fertilité du sol. -- Dégoût inspiré par le pantalon. -- Vallée

de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de

l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidité. -- Zoungoméro. --

Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Métis

arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --

Ânes de selle et de bât. -- Chaîne de l'Ousagara. --

Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --

Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisième

rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --

L'Ougogi. -- Épines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosité des

indigènes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrasée. --

Coup d'oeil sur la vallée d'Ougogo. -- Aridité. -- Kraals. --

Absence de combustible. -- Géologie. -- Climat. -- Printemps. --

Indigènes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Forêt

dangereuse. 305

Arrivée à Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --

Établissements des Arabes. -- Leur manière de vivre. -- Le Tembé.

-- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --

Une journée de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --

Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Séjour à Kazeh. -- Avidité des

Béloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.

-- Jolies fumeuses. -- Le Mséné. -- Orgies. -- Kajjanjéri. --

Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beauté de la

Terre de la Lune. -- Soirée de printemps. -- Orage. -- Faune. --

Cynocéphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --

Ouanyamouézi. -- Toilette. -- Naissances. -- Éducation. --

Funérailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --

Ordalie. -- Région insalubre et féconde. -- Aspect du Tanganyika.

-- Ravissements. -- Kaouélé. 321

Tatouage. -- Cosmétiques. -- Manière originale de priser. --

Caractère des Ouajiji; leur cérémonial. -- Autres riverains du

lac. -- Ouatata, vie nomade, conquêtes, manière de se battre,

hospitalité. -- Installation à Kaouélé. -- Visite de Kannéna. --

Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de

pêcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Côte inhospitalière.

-- L'île d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des

Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempête. -- Retour. 337

FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.

Andrea DEBONO (1855) 348

VOYAGE À L'ÎLE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).

Départ de New-York. -- Une nuit en mer. -- Première vue de Cuba.

-- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.

-- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'hôtel Le

Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier

pauvre à la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms à la

Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intérieur de

l'île. -- La végétation. -- Les champs de canne à sucre. -- Une

plantation. -- Le café. -- La vie dans une plantation de sucre.

-- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour à la Havane. -- La

population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystères de

l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat. 353

EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).

Le pic de Belledon. -- Le Dauphiné. -- Les Goulets. 369

Les gorges d'Omblèze. -- Die. -- La vallée de Roumeyer. -- La

forêt de Saou. -- Le col de la Cochette. 385

EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Élisée RECLUS (1850-1860).

La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de

Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Bérarde. -- Le col

de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village

des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des

habitants. 402

LISTE DES GRAVURES. 417

LISTE DES CARTES. 422

ERRATA. 427

LE TOUR DU MONDE

NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES.

[Illustration: Chapelle de Sainte-Rosalie, près Palerme (voy. p.

5).--Dessin de Rouargue.]

UN MOIS EN SICILE[1],

1843.--INÉDIT.

PAR M. FÉLIX BOURQUELOT.

[Note 1: La Sicile, la plus grande île de la Méditerranée

(720 kilomètres de tour), paraît avoir été primitivement

réunie au continent; un cataclysme soudain l'aurait, suivant

d'anciennes traditions conformes aux indications de la

science géologique, séparée du continent italien, et aurait

donné passage à la mer qui coule entre la côte de Messine et

les montagnes de la Calabre. La forme de l'île est à peu près

celle d'un triangle allongé, dont les trois angles ont pour

sommets le cap _Faro_ (l'ancien pelorus) au nord-est, le cap

_Boco_ ou de Marsala (Lilybæum) a l'ouest, le cap _Passera_

(Pachinum) au sud-est. Diverses chaînes de montagnes, dont

les principales sont les Pélores et les Nébrodes,

continuation, à ce qu'il semble, des Apennins, traversent la

Sicile de l'est au sud-ouest et descendent du centre au

sud-est, tandis que l'Etna y forme un groupe indépendant.

Elle est arrosée par plusieurs cours d'eau dont les plus

importants, la Giarretta, le Platani, le Salso, le Cantara,

le Belici, etc., sont plutôt des torrents que de véritables

rivières.]

Arrivée en Sicile. -- Palerme et ses habitants.

Parti la veille (4 septembre 1843) de Naples, notre bateau à vapeur,

_l'Etna_, s'approche rapidement des côtes de la Sicile. Palerme est

devant nous. À travers la pure transparence de l'atmosphère, nous

contemplons la capitale de la Sicile se déroulant avec grâce au fond

de son golfe arrondi. Les rayons du soleil levant glissent au-dessus

de la masse confuse des maisons et dorent les clochers des églises et

les pavillons des palais. Dans un bleuâtre lointain apparaissent des

montagnes indécises, tandis qu'à l'ouest le mont Pellegrino, aux

arêtes roides et tranchées, aux flancs nus et sévères, contraste

vigoureusement avec la richesse verdoyante de la vallée qu'il domine.

Les douaniers viennent se jeter désagréablement à travers ces

premières impressions. Dès qu'ils ont achevé leur fastidieuse besogne,

je descends dans une barque et elle me conduit vers la partie de la

ville que termine une porte monumentale, la _porta Felice_, nom

d'heureux augure! De là je me rends à pied à l'hôtel de France. (Les

affaires avant les plaisirs!) Je vais au consulat, puis je porte çà

et là mes lettres de recommandation. Il est trois heures après midi.

La table d'hôte est servie. Ni les mets ni les convives ne

m'intéressent. J'ai hâte de parcourir la ville, et, avant la fin du

dîner, je pars.

L'aspect général de Palerme est plutôt d'une ville espagnole que d'une

ville italienne. Sa forme est un carré légèrement allongé, dont un des

petits côtés, au nord-est, est adossé à la mer. Son port est abrité

par un môle qui s'avance d'environ 1400 mètres au sud et 800 à

l'ouest. Elle se compose de quatre quartiers, séparés par deux grandes

voies: celle du _Cassaro_ ou _rue de Tolède_ ou _Corso_, qui descend

en ligne droite vers la mer, la Strada _Macqueda_ ou _Nuova_, qui

coupe le Cassaro à angle droit. Au point d'intersection, est la place

appelée des _Quattro Cantoni_, encadrée de palais symétriques et

décorée de fontaines et de statues.

Les rues del Cassaro et Macqueda sont, sinon aussi animées, au moins

plus propres et plus régulières que la fameuse rue de Tolède à Naples.

Comme dans beaucoup de villes de l'Italie, ce sont les galériens qui

les balayent et qui les nettoient. On rencontre de distance en

distance des fontaines, dont quelques-unes ont des proportions

colossales. Des balcons en fer font saillie à toutes les fenêtres;

dans la rue de Tolède et sur la place prétorienne, on en voit qui sont

grillés et occupent toute la largeur des maisons à l'étage le plus

élevé. Il paraît que des religieuses cloîtrées, dont les couvents sont

à peu de distance, arrivent par des passages souterrains jusqu'à ces

balcons et y jouissent du spectacle des fêtes et des processions

solennelles. On m'a même raconté (faut-il le croire?) que de là

maintes nonnes, pour la plupart filles de bonne maison enlevées de gré

ou de force aux douceurs de la vie mondaine, échangent des regards et

des signes avec de jeunes galants qui se logent aux environs, et qui

épient avec patience pendant des jours entiers le moment favorable.

La vie des Palermitains se passe presque toute en plein air; les

affaires, le travail, les plaisirs, tout a lieu dans la rue; on

pourrait presque dire qu'on y dort, à voir tant de groupes d'hommes

couchés la nuit sur les trottoirs, sur les marches des palais et aux

portes des églises. Des artisans de divers métiers travaillent sur les

balcons, ou le soir, devant leurs ateliers, à la lueur de petites

lampes. Les maisons sont en communication aussi complète que possible

avec l'air extérieur; l'oeil pénètre sans obstacle dans les

boutiques et dans les cabinets d'affaires; il n'est pas jusqu'au

notaire qu'on ne puisse se donner le plaisir d'observer, de la rue,

attablé au milieu de ses dossiers, dictant des actes à son unique

clerc et causant avec ses rares clients.

On n'a point exagéré la sobriété des Siciliens; du pain et de l'eau

pour les plus misérables, des figues d'Inde ou d'autres fruits communs

pour les autres, du macaroni pour les mieux partagés, cela suffit. Le

ciel est si splendide, la brise du soir si rafraîchissante, la

campagne si belle! C'est aux peuples du Nord, enveloppés dans leurs

tristes brumes, à aimer les longs et succulents festins.

Les Palermitains sont d'une nature facile et enjouée: ils ont beaucoup

de vivacité dans le geste; ils paraissent fiers, querelleurs et

méfiants. Toutes les portes ont des judas, à travers lesquels on

examine attentivement les visiteurs avant d'ouvrir. La physionomie de

presque tous les habitants est spirituelle; les femmes se distinguent

par une certaine élégance naturelle très-agréable.

La principale distraction des Palermitains est la promenade du soir

sur le quai appelé la _Marina_, qui s'étend au loin à droite en

sortant par la porta Felice, et qui est véritablement un endroit

délicieux. On y fait de la musique pendant trois mois de l'année.

D'autres promeneurs préfèrent la rue de Tolède et la route de

Monreale.

Les cafés sont de fort chétive apparence. Le café au lait y est servi

dans l'état de préparation le plus avancé; les deux liquides sont

mélangés d'avance dans des verres à boire, le sucre est râpé, le pain

divisé en petites bouchées. On a des glaces d'espèces très-variées et

de bonne qualité, non-seulement dans les cafés, mais dans de petites

boutiques d'_aquaioli_, qui, à la différence de ceux de Naples, sont

sédentaires.

Les cercles formés par souscription, où l'on trouve quelques journaux,

où l'on joue, où les négociants viennent causer de leurs affaires,

sont au rez-de-chaussée et ouverts comme les cafés.

Les théâtres, Carolino, di Santa Cecilia, San Ferdinando, sont assez

fréquentés. Les prix y sont peu élevés. On y entre sans «faire queue,»

on y circule à l'aise, sans se heurter des coudes et des genoux: Paris

est la seule capitale de l'Europe où l'on s'obstine à mêler beaucoup

de petits supplices au plaisir du spectacle.

Les monuments de Palerme.

Palerme a été tour à tour grecque, carthaginoise, romaine, arabe,

normande, espagnole, etc. On peut lire sur ses monuments ses diverses

aventures historiques.

Elle a conservé de l'antiquité grecque et romaine: les restes d'un

bain, sous l'église de _Santa Maria la Guadagna_; les ruines d'un

théâtre, sous le palais du sénat; des bases de murailles, quelques

statues, des inscriptions et des médailles.

[Illustration: Carte de la Sicilie.]

Trois palais encore debout: _la Ziza_, _la Cuba_, et _Favara_,

édifices quadrilatéraux bâtis en grandes pierres régulières et ornés

de panneaux en ogives, rappellent la période sarrasine. Le plus joli

des trois, Ziza (ce qui veut dire _fleur naissante_ en arabe), est

situé au nord-ouest de la ville. Une grande porte flanquée de colonnes

donne sur un vestibule, où sont gravées des inscriptions cufiques et

espagnoles; à la suite s'ouvre une salle carrée, voûtée en forme de

rayon de miel et revêtue de mosaïques. Au fond une source verse sur

des gradins de marbre blanc son eau limpide, qui passe gracieusement

dans un canal et dans des bassins de même blancheur. Le toit aplati

est environné d'un parapet dont les pierres portent une inscription en

caractères cufiques.

Les principaux monuments de la domination normande sont: le pont de

l'Amiral jeté sur l'Oreto par l'amiral Georges d'Antioche, l'église de

la Maggione, construite par le chancelier Matteo de Salerne, l'église

de _San Giovanni degli Eremiti_, fondée par le comte Roger, celles de

_San Cataldo_, de _San Salvadore_, de _San Giovanni dei Leprosi_, la

cathédrale, le palais royal et l'église de la Martorana.

[Illustration: Types et costumes siciliens.--Dessin de Rouargue.]

Le palais royal doit à Robert Guiscard, à Roger, aux deux Guillaume, à

Frédéric II et à son fils Mainfroi, sa fondation et ses premiers

accroissements. Peu de restes de la construction primitive sont

aujourd'hui debout; les plus remarquables sont: la tour de _Santa

Nimfa_, l'une des quatre dont les angles du palais étaient flanqués,

et la chapelle dite chapelle _Palatine_. Ce dernier édifice se compose

de trois nefs, dont les voûtes sont portées par des colonnes de granit

à chapiteaux dorés. Les murailles, la coupole qui s'élève au-dessus de

l'intersection des bras de la croix, les voûtes et les plafonds des

nefs, sont ornés, dans toute leur étendue, de plaques de marbre blanc

et de porphyre, de pierres dures, de mosaïques à fond doré, de

caissons, de pendentifs, de peintures en couleurs brillantes, dont

l'ensemble produit l'effet le plus éblouissant. On remarque dans la

chapelle Palatine une très-belle chaire en marbre blanc, en porphyre

et en mosaïque, soutenue par des' colonnes historiées, un grand

candélabre en marbre blanc porté par des lions, et une estrade pour le

siège royal.

Les appartements du _palazzo reale_ renferment des portraits en pied

des vice-rois et des gouverneurs de la Sicile, des fresques exécutées

par Vélasquez, et deux béliers en bronze d'un très-beau travail, qui

viennent de l'antique Syracuse, et qui, dit-on, placés jadis sur une

tour élevée, rendaient au souffle du vent des sons indiquant aux

navigateurs l'état de l'atmosphère. L'observatoire construit en 1791

par l'abbé Piazzi, et où cet astronome découvrit la planète Cérès, est

une des curiosités du palais royal.

La cathédrale est peu distante de ce palais avec lequel elle

communiquait primitivement par un chemin couvert. Construite par

l'archevêque Gauthier Offamilit et consacrée en 1185, elle a été

refaite dans la plupart de ses parties à des époques postérieures. La

façade principale et les grandes portes, avec des arceaux en ogive,

des arabesques, des colonnes, et des inscriptions latines et arabes,

donnent sur une place qui s'étend jusqu'à la rue du Cassaro. Une tour

et une coupole surmontent l'édifice, que couronne dans toute sa

largeur un feston dentelé. Deux larges arceaux à ogive unissent la

cathédrale au beffroi. L'intérieur est à trois nefs; on y remarque les

colonnes de granit égyptien qui décorent les piliers, des statues en

marbre blanc d'Antonio Gagini, le plus célèbre sculpteur sicilien, né

à Palerme en 1480, mort en 1573, de jolis bas-reliefs, des tableaux de

Vélasquez et d'un autre artiste sicilien, Pietro Novelli, dit le

Morrealese; j'y ai lu aussi le texte latin, écrit en caractères dorés

sur marbre noir, d'une lettre que, suivant une tradition populaire, la

mère du Christ aurait adressée aux habitants de Messine en réponse à

une députation que ceux-ci lui avaient envoyée.

[Illustration: Ruines à Girgenti (Agrigente) (voy. p. 14).--Dessin de

Rouargue.]

En général une dévotion très-vive, mais très-peu éclairée, est le

trait caractéristique des Palermitains et des autres Siciliens. Ils

ont des notions assez vagues sur Dieu et sur Jésus-Christ, mais ils

savent les noms des saints les plus puissants, le détail des miracles

et des vertus curatives de chacun d'eux, et c'est avec pompe et avec

bruit qu'ils les honorent. À toutes les fêtes, et les fêtes sont fort

souvent répétées, on tend les églises de draperies rouges et ornées

d'or et d'argent, on les illumine de myriades de cierges, on expose

dans les rues des images sacrées, on allume des lampions, on tire des

fusées et des pièces d'artifice, et la musique, fort aimée des

Siciliens fait entendre ses joyeuses fanfares. La foule accourt, et

promène à travers la ville, en chantant et en criant vivat, des

reliques et des figures peintes ou sculptées.

Chaque ville de Sicile a adopté un saint qu'elle regarde comme son

protecteur, qu'elle invoque dans le danger, dans les calamités, et

qu'elle paye de ses bienfaits en amour, en honneurs et en présents.

Palerme a choisi sainte Rosalie. C'était, dit la légende, une nièce du

roi normand Guillaume le Bon, qui, renonçant à la vie mondaine, se

retira dans une grotte solitaire du mont Pellegrino, et s'y voua à la

contemplation et à la prière. Son corps, découvert en 1624, ayant été

transporté à Palerme pendant qu'une peste terrible affligeait la

ville, la peste cessa soudain. La grotte où elle a vécu et que la

piété populaire a transformée en chapelle, est l'objet d'un pèlerinage

très-célèbre (voy. p. 1). Sa fête annuelle, qui commence vers le 10

juillet, et qui dure cinq jours, est une suite de cérémonies, de

processions, de triomphes, de courses de chevaux libres,

d'illuminations, de feux d'artifice, qui font le bonheur des habitants

et attirent une multitude d'étrangers. La statue de la sainte traverse

la rue du Cassaro sur un char colossal de plus de vingt-trois mètres

de haut et de vingt-six mètres de long, traîné par des boeufs ou par

des mules, orné de figures diverses et même de divinités païennes, et

renfermant dans son sein des musiciens qui exécutent des morceaux de

circonstance.

L'église du monastère de Santa Maria di Martorana fut fondée vers 1143

par l'amiral Georges d'Antioche. On y voit une mosaïque représentant

le roi Roger, prosterné devant la Vierge, à laquelle il vient de

remettre une charte qu'elle tient à la main; une autre mosaïque

représente le même roi, en costume byzantin, vêtu de la dalmatique,

recevant du Christ la couronne royale.

N'oublions pas que Palerme possède un musée de sculpture contenant des

restes précieux d'antiquités, une collection géologique et plusieurs

bibliothèques.

La cathédrale de Monreale.

Monreale est située à quatre milles au sud-ouest de Palerme. Qui n'a

entendu parler de sa cathédrale? Je partis un matin par la porta

Nuova, dans un _calesso_ de louage. La route qui mène à Monreale par

des pentes douces ménagées dans le versant des montagnes, est

charmante: on l'a ornée de bancs, de fontaines et d'une allée de

lauriers-roses; d'un côté se dressent des rochers qu'embellissent les

eaux tombantes des sources et la verdure des aloès et des cactus, de

l'autre s'étend un vallon, couvert à profusion d'oliviers, de

figuiers, d'orangers, de citronniers, avec Palerme et la mer dans le

lointain.

La ville de Monreale a une population de plus de 13 000 habitants; on

leur attribue une origine sarrasine; leurs moeurs sont différentes

de celles des Palermitains.

Le couvent des bénédictins m'attira tout d'abord. L'escalier renferme

des toiles de Vélasquez et de Pietro Novelli. Le cloître est d'une

incomparable beauté. Des galeries, disposées en carré, s'ouvrant sur

un jardin verdoyant, offrent à l'oeil une série d'arceaux en ogives

d'une courbure orientale, que soutiennent 216 colonnes accouplées, de

formes variées à l'infini et ornées de deux en deux de mosaïques. Dans

le jardin intérieur, des fontaines jaillissent du milieu des arbres et

des fleurs et retombent dans des vasques de marbre. Avec le ciel et le

soleil de la Sicile, l'effet est féerique; grandeur de l'ensemble,

élégance du détail, harmonie de la nature et de l'oeuvre humaine,

tout se trouve réuni dans ce cloître, dû à la piété de Guillaume le

Bon (vers 1174).

La vue de l'église de Monreale ne refroidit pas mon enthousiasme. Je

ne parlerai pas de l'extérieur; une seule tour, au lieu de deux, orne

aujourd'hui la façade, qui se distingue surtout par de belles portes

en bronze du célèbre Bonanno de Pise. Mais l'intérieur est d'une

magnificence merveilleuse. Seize colonnes de granit oriental divisent

le temple en trois nefs; elles s'appuient sur des bases de marbre

blanc et sur des socles carrés de marbre noir; leurs chapiteaux, en

marbre blanc et très-ouvragés, revêtus de mosaïques à la partie

supérieure, soutiennent des arceaux disposés en ogives rentrantes. Le

pavé est formé de cercles de porphyre et de serpentin, d'arabesques en

mosaïque et d'encadrements en marbre blanc. Des demi-coupoles

terminent les trois nefs. Il n'y a point de voûtes, et des plafonds

modernes en bois ont remplacé ceux qui existaient avant l'incendie de

1811. Tout le reste de l'édifice est couvert de mosaïques à fonds

d'or, offrant des représentations très-variées, la figure colossale du

Christ, celles d'une multitude de saints, des figures symboliques ou

allégoriques, des inscriptions, et, au-dessus des sièges du roi et de

l'archevêque, le roi Guillaume II recevant la couronne des mains du

Christ, et le même prince offrant à la Vierge assise le plan du temple

qu'il lui consacre. Les personnages portent le costume grec, et la

plupart des inscriptions sont en langue et en écriture grecques. Il

est probable que la décoration intérieure est due à des artistes

byzantins. L'église de Monreale possède un autel d'argent richement

sculpté, et, parmi ses monuments funéraires, une urne renfermant une

partie des restes de notre grand roi saint Louis.

Je sortis enchanté et les yeux éblouis de l'église de Monreale, l'un

des plus beaux spécimens d'un genre de décoration dont l'éclat n'a pas

été aussi étranger qu'on le croyait naguère à nos contrées

septentrionales. Une fête s'y préparait pour le soir; on couvrait les

murailles de tentures d'or et d'argent, on suspendait aux voûtes une

multitude de petits lustres. Malgré ces séductions, il fallut partir;

j'avais à m'occuper des mesures nécessaires pour continuer ma route

sur les côtes et dans l'intérieur de la Sicile.

De Palerme à Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. --

Ruines de Ségeste.

La plupart des voyageurs prennent la mer et se font débarquer dans les

villes principales du littoral, à Trapani, à Girgenti, à Syracuse, à

Catane, etc. Mais alors ils ne voient point les campagnes et leurs

habitants. Je préférai voyager par terre, malgré l'absence ou le

mauvais état des routes, malgré les difficultés de l'alimentation et

la nécessité de se faire accompagner par des mercenaires. Par

l'intermédiaire du chancelier du consulat de France, je conclus avec

un Sicilien, nommé Luigi Randesi, un traité qu'il signa d'une croix,

et qui le constituait chef de la petite caravane organisée pour le

voyage. Luigi s'engageait à m'accompagner dans ma tournée, à

entretenir, pendant qu'elle durerait, trois mulets, un pour moi, un

pour lui, un pour les bagages et pour le muletier chargé des bêtes; à

me faire coucher dans les meilleures auberges, à me donner à déjeuner

le matin, à goûter dans la journée, si je le désirais, et à dîner le

soir; le tout moyennant trois piastres et huit carlins par jour (près

de 20 francs).

Le 11 septembre, en me levant, je trouvai à la porte de mon hôtel le

guide Luigi, le muletier et les trois mules. On chargea, outre mon

bagage, les provisions de bouche, les assiettes, les gobelets, les

cuillers et les fourchettes. Luigi embrassa sa femme, son enfant, et

nous nous mîmes en campagne, dans la direction de Trapani. Une peau de

mouton me servait de selle, et je n'avais pour diriger ma monture

qu'une corde assez rude; heureusement la route de Palerme à Trapani

est _carrossable_, chose rare en Sicile.

Nous traversâmes de nouveau Monreale. Après cette ville, le pays,

devenu montueux et aride, n'offre guère que des rochers gris ou

rouges, bizarrement découpés, de sombres ravins, des arbres amaigris;

ces lieux désolés, presque dépourvus d'habitants, ont de plus une

réputation fort peu rassurante pour les voyageurs qui tiennent à leur

vie ou à leur bourse.

Aussi, quand les montagnes s'entr'ouvrirent et nous laissèrent voir le

golfe de Castellamare et la belle vallée dans laquelle il est creusé,

mon guide Luigi, inquiet et tremblant depuis que nous avions rencontré

plusieurs escopettes à l'entrée de l'auberge d'Urbani, commença à

respirer.

«Nous sommes sauvés! s'écria-t-il, et maintenant que nous avons

franchi ce pas difficile, nous pouvons compter sur un heureux voyage.»

Ces terreurs, qui se renouvelèrent souvent, étaient-elles sincères et

fondées? Je n'en savais rien encore; mais elles s'accordaient avec les

bruits que j'avais recueillis à Palerme. En traversant le village de

Borghetto, je vis des voyageurs prudents qui s'étaient fait

accompagner par des gendarmes, et à Partenico, où nous nous arrêtâmes

pour passer la nuit, un brave capitaine de gendarmerie, qui logeait

dans le même hôtel que moi, m'engagea de la façon la plus pressante à

prendre la même précaution.

Partenico ou Paternico, quoiqu'elle renferme une assez nombreuse

population, est une ville de l'apparence la plus misérable, où les

cochons se promènent librement à travers les rues.

Le lendemain, malgré les instances du capitaine, notre caravane partit

sans escorte.

La vallée de Castellamare me fit agréablement oublier les sombres

paysages de la veille; la végétation y est d'une variété et d'une

puissance prodigieuses. De temps à autre on aperçoit la mer, et l'on

peut distinguer dans le lointain le petit cap appelé _Muro di Carini_,

où s'élevait jadis la ville d'Icari détruite par Nicias, la patrie de

la belle Laïs. Ce n'est pas, du reste, le type grec que cette contrée

a conservé, mais le type arabe. Les environs d'Alcamo et Alcamo même,

ville de 16 000 âmes, rappellent tout à fait l'Afrique par la

disposition des habitations, par les traits, le teint, les allures des

hommes, des femmes et des enfants. Cette petite cité n'est qu'une

grande rue bordée d'églises et de couvents qu'entourent de vieilles

fortifications. Ses habitants ont à tort ou à raison la réputation de

coupeurs de bourse.

J'ai trouvé au delà d'Alcamo la route fermée par une chaîne et gardée

par un agent du gouvernement, qui perçoit l'impôt du passage. Il en

est de même pour tous les grands chemins de la Sicile, qui, sous le

rapport des moyens de communication, en est restée au moyen âge.

On voyage pendant quelque temps dans une allée bordée d'amandiers, de

caroubiers et d'oliviers, rafraîchie de place en place par des sources

dont on a réuni les eaux dans des abreuvoirs à l'usage des mulets;

puis on rentre dans les montagnes; les arbres disparaissent, une herbe

jaunie ou les cendres noires de pailles incendiées pour servir

d'engrais couvrent le sol, le _fiume Freddo_ est complétement à sec,

et ce n'est qu'en arrivant à Calatafimi qu'on revoit la verdure, les

vignes et les arbres fruitiers.

À peu de distance de Calatafimi, au nord, sur une colline appelée

_Barbara_, s'élevait jadis la ville d'_Egesta_ ou Segesta. La

tradition en attribue la fondation à Énée; il n'en reste plus qu'un

temple, un théâtre et quelques débris informes.

À peine arrivé à Calatafimi, je me fis conduire aux ruines par un

guide indigène. Un étroit sentier, pratiqué à travers un pays

accidenté, souvent envahi par les vignes et les ronces, quelquefois

bordé par une muraille de cactus, mène à une sorte de promontoire

isolé, sur lequel se dresse majestueusement le temple de Ségeste.

Ce temple, d'ordre dorique, a la forme d'un parallélogramme de

soixante mètres de long sur vingt-quatre de large; son enceinte se

compose de trente-six colonnes (six sur chacun des petits côtés),

inégalement espacées; à l'intérieur, l'herbe y pousse sans obstacle,

et les troupeaux viennent brouter à l'ombre des colonnes. Dans cet

état, le temple de Ségeste produit un effet des plus imposants. Cette

ruine colossale, solitaire, silencieuse, ces montagnes nues et sans

arbres qui l'entourent et la dominent, ces colonnes rougeâtres et à

demi rongées par le temps, ce ciel d'un azur profond, ce soleil qui

verse sur toute la nature des flots d'une lumière éblouissante, ont

une harmonie dont la puissance saisit et laisse un éternel souvenir

d'admiration.

Le soir est venu; il faut rentrer à Calatafimi. Cette ville, de plus

de 8 000 habitants, est la seule, avec Sperlinga, où les Français

aient été épargnés lors du massacre des Vêpres siciliennes. À

l'auberge, le brigadier de gendarmerie m'a conté tant de fâcheuses

aventures arrivées récemment aux voyageurs dans les environs, que je

me suis décidé à prendre une escorte.

Aucun brigand du reste n'a paru; nous avons laissé nos gendarmes aux

Canalotti, et nous avons continué paisiblement notre route jusqu'à

Trapani, dont nous avons franchi les ponts-levis par une pluie

battante.

Trapani. -- La sépulture du couvent des capucins. -- Le mont Éryx.

C'est à Trapani (_Drepanon_, faux, faucille), que Virgile fait mourir

Anchise. La population s'élève actuellement à près de 25 000 âmes. Le

port est commode et assez fréquenté. Des statues ornent les quais. Une

grande rue, pavée, comme toutes les autres, de dalles glissantes,

traverse la ville presque en entier; c'est sur cette rue que donnent

le palais sénatorial, la _quadreria_ ou musée de tableaux, qui

renferme des toiles du Dominiquin, de Luca Giordano, de Carlo Maratta,

etc., les cafés les plus élégants, c'est-à-dire les plus propres et

les moins sombres, elles principales boutiques, celles entre autres où

se vendent de petits ouvrages de nacre, d'ambre et de corail, produits

de l'industrie locale. La population, fort laborieuse, se livre à la

pêche du thon, à la fabrication du sel et au commerce de la soude et

du vin.

[Illustration: Vue de Syracuse (voy. p. 113).--Dessin de Rouargue.]

Trapani possède, comme Palerme, un couvent de capucins où les cadavres

sont conservés à l'air libre. Il est situé hors des murailles; j'y

étais entré, trouvant toutes les portes ouvertes. Un frère, après

m'avoir montré l'église, les ornements des moines et les reliques, me

conduisit dans une salle où je distinguai, aux derniers rayons du

soleil, toute une population immobile et muette d'hommes et de femmes

diversement vêtus, dont les mains crispées, les visages desséchés,

grimaçants, à demi rongés par les vers, portent l'empreinte horrible

de la mort, et inspirent, non pas le respect, mais le dégoût.

Au-dessus de chaque personnage, une inscription en papier indique le

nom qu'il a porté pendant sa vie. Le frère m'expliqua comment on

conservait ces restes humains; il m'apprit que chaque année, le jour

des morts, les parents, les amis étaient admis à les voir, à assister

à la messe et à entendre le sermon dans la chambre sépulcrale.

Aucun voyageur ne peut passer à Trapani sans visiter le mont Éryx, qui

s'élève à peu de distance de la ville. Je gravis donc sur une mule les

sentiers sinueux de la montagne. Un temple consacré à Vénus occupait

autrefois le sommet; il était entretenu et gardé aux frais de dix-sept

villes siciliennes, et mille prêtresses y servaient la déesse. Un

grand puits, appelé _Pozzo di Venere_, deux grottes, une muraille de

construction cyclopéenne, sont les seuls restes antiques que le mont

Éryx ait conservés. La petite ville moderne qui y est bâtie s'appelle

_San Giuliano_. Elle se compose de quelques rues étroites, en pente

rapide, bordées de pauvres maisons, où l'on ne rencontre guère que des

prêtres, des moines et quelques femmes cachées dans leur mante, longue

pièce de laine ou de soie noire qui enveloppe la tête et le corps et

forme le vêtement favori des Siciliennes.

De Trapani à Girgenti. -- La Lettica. -- Castelvetrano. -- Ruines de

Sélinonte. -- Sciacca.

On se rend à Agrigente par le chemin des côtes ou par Castelvetrano,

ce qui est moins long d'une journée. Deux Siciliens, logés comme moi à

la locanda _dell' Italia_, m'ont engagé à prendre la route de

Castelvetrano, en m'offrant jusqu'à cette ville le bénéfice de leur

compagnie.

[Illustration: Taormine et l'Etna (voy. p. 14 et 15).--Dessin de

Rouargue.]

Notre petite troupe se met en campagne, ayant outre les précédents

moyens de transport et de nouveaux mulets, une _lettica_, c'est-à-dire

une voiture sans roues, portée par deux mules à l'avant et à

l'arrière, et pouvant contenir deux voyageurs en face l'un de l'autre.

Une troisième mule ouvre la marche et porte les bagages et le

conducteur. Un muletier, à pied, armé d'un long bâton, dirige les

bêtes et les anime de ses cris. Cette singulière voiture, dont on

trouve des représentations dans des manuscrits français du quatorzième

siècle, marche, comme on le pense bien, fort lentement; elle a de plus

l'inconvénient de se pencher dans sa longueur suivant les accidents du

terrain, et les sonnettes pendues au cou des bêtes font un bruit

assourdissant.

La route n'a guère d'intérêt jusqu'à Castelvetrano, ville bâtie sur un

rocher, à six kilomètres de la mer, et moins peuplée, mais plus

étendue que Trapani.

Le Tour du Monde; Sicile Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860 · 第 1 / 3 段