CONCLUSION

Nos quatre voyageurs, heureux et radieux prirent leurs places et

s'installèrent dans un wagon: aucun incident fâcheux ne contraria leur

bonheur; leurs compagnons de route ne disaient rien et ne les gênaient

pas. Prudence, toujours digne de son nom, avait emporté abondance de

provisions; la joie, au lieu de leur ôter l'appétit, le développa si

bien, que le panier à ventre rebondi se trouva vide en arrivant. Du

chemin de ils passèrent à la diligence; cette fois, ni Mme Courtemiche

ni Polonais ne l'encombraient, et on descendit sans autre aventure à la

ville où les attendait la voiture de M. Gargilier. Innocent et Simplicie

manquèrent de sauter au cou du cocher, tant ils furent heureux de revoir

un visage ami. Prudence l'embrassa sur les deux joues.

--Bonjour, mon cousin.

--Bonjour, ma cousine.

En Bretagne comme en Normandie, on est cousin et cousine à trois lieues

à la ronde, vu que les parentés ne se perdent jamais et que vingt

générations ne détruisent pas le lien primitif du vingtième ancêtre.

Germain, le cocher, ayant Coz à sa gauche sur le siège partit au grand

trot; les chevaux s'animèrent, Germain perdit la tête lâcha les guides;

les chevaux s'emportèrent, allèrent comme le vent et auraient jeté la

voiture dans un fossé de vingt pieds de profondeur, si Coz n'eût saisi

les rênes, n'eut maintenu et calmé les chevaux et ne les eût remis au

trot raisonnable de bons normands.

Prudence et les enfants n'avaient pas perdu une si belle occasion pour

crier et appeler au secours.

--Vous pas crier, disait Coz; chevaux s'effrayer, courir plus vite.

Quand les chevaux ralentirent leur marche, les cris cessèrent de se

faire entendre. Coz se retourna,

--Vous voyez, pas danger; Coz sait conduire chevaux; cocher pas bien

tenir; laisser aller trop fort mauvais; chevaux toujours faut tenir.

Les deux nigauds · 第 52 / 53 题