«Que voulez-vous?
--C'est mon ami, M. Leroy, qui...
--Ah bien! Vous voulez écrire, il m'a dit ça!
«Dunan!...»
Il appelle un homme gros, en sabots, avec une casquette en
passe-montagne.
«Dunan! voici un jeune homme qui voudrait noircir du papier.
--Est-ce pour les affiches?
--Je ne sais pas.
--Aimeriez-vous à rédiger des affiches? Sauriez-vous faire des
choses comme ça?» Il me montre un placard. Non. Je ne saurais pas
faire des choses comme ça. À quoi ça m'a-t-il donc servi de faire
toutes mes classes? Celui qu'on a appelé Dunan voit parfaitement
mes gestes d'inquiétude.
«Ah! ce serait pour chroniquer dans le _Pierrot?»_
Le _Pierrot_ est le journal appartenant aux «100 000 _paletots_».
On le vend à la porte des théâtres. Il donne à la fois le
programme des spectacles et les prix de la maison: «Grand
déballage de pantalons de lasting[14]! Grand succès de M. Mélingue!
Un vêtement complet pour 19 francs! Demain, reprise de _Gaspardo
le pêcheur!»_
Il y a des comptes rendus des premières représentations et des
articles de genre. Tous les articles de genre contiennent une
phrase au moins sur les _cent mille paletots_. Les comptes rendus
des _premières_ contiennent des attaques sourdes contre les
tailleurs _sur mesure_, qui, sous prétexte d'élégance, mettent sur
le dos de quelques acteurs des modes qui déconcertent les yeux du
public, et font, avec un sifflet d'habit biscornu ou un revers de
redingote exagéré, perdre le fil de la pièce.
On m'a confié un article à faire!
J'ai eu du mal à défendre la _confection_ au bas d'une colonne! Je
l'ai défendue tout de même, et j'ai réussi à annoncer en même
temps un déballage. J'avais à analyser un drame de M. Anicet
Bourgeois.
L'article doit paraître jeudi.
Jeudi, je suis levé à cinq heures du matin. Je vais m'asseoir sur
une borne, d'où l'on peut voir le coin de la maison où le
_Pierrot_ s'imprime.