Nous avons vu, à Paris, au cabaret de la _Citrouille_, le Gascon La Rose
et le Normand froncer les sourcils quand maman Nicolo et Bavette étaient
revenues de leur course mystérieuse.
Si vive que fût l'amitié qui liait le Gascon et la vivandière, celle-ci
avait refusé de dire à son vieux camarade où elle s'était rendue.
Or, la confidence que ne put jamais obtenir le parrain de Bavette, la
marquise allait l'entendre.
--Je vous en supplie, parlez, fit-elle encore en serrant dans ses mains
brûlantes les mains potelées de maman Nicolo.
--Ah! j'en ai gros à dire, soupira la brave femme. Et c'est la première
fois que ça va sortir de là, ajouta-t-elle en dégageant une de ses mains
pour frapper sur le sein qui avait inspiré au Gascon et au Normand tant
de désirs irréalisés.
Donc, il y a que, dans les cabarets on apprend beaucoup de choses. Sans
compter que Bavette, tout en jacassant, vous délie toutes les langues.
C'est comme ça que j'ai su que votre mari était mort...
A ce mot répondit un sanglot de la marquise.
--Eh! ne pleurez donc pas, reprit la vivandière, puisque je vous dis que
ce mort-là est peut-être aussi vivant que vous et moi.
--Oh! par grâce, achevez.
--Je ne suis là que pour ça. Dès que j'ai eu connaissance du fameux duel
et de sa terminaison: «Mets ton bonnet, Bavette,» que j'ai vite glissé à
l'oreille de cette petite-là. Et nous voilà parties. J'avais mon idée.
Nous arrivons à votre hôtel, où que je demande tout doucement M. Joseph,
qui me connaissait bien. Plus d'une fois, il m'avait apporté, de la part
de son maître, de petits cadeaux pour Bavette, que votre pauvre ami
aimait bien. Il paraît même que ça lui faisait de la peine que vous ne
lui ayez pas donné une petite Bavette.