DJÉNANE A ANDRÉ

"28 septembre 1904.

Pour nous, quelle impression nouvelle de savoir que, dans la foule des

Eaux-Douces, on a _un ami!_ Parmi ces étrangers, qui nous resteront à

jamais inconnus et nous considèrent de leur côté comme d’inconnaissables

petites bêtes curieuses, savoir que peut-être un regard nous cherche,--

nous en particulier, pas les autres pareillement voilées:--savoir que

peut-être un homme nous envoie une pensée d’affectueuse compassion!

Quand nos caïques se sont abordés, vous ne me voyiez point, cachée sous

mon voile épais, mais j’étais là pourtant, heureuse d’être invisible, et

souriant à vos yeux qui regardaient dans la direction des miens.

Est-ce parce que vous avez été si bon et si simple, si bien _l’ami_ tel

que je le désirais, l’autre jour, là-haut, devant la Mer Noire, pendant

notre entrevue qui fut cependant presque sans paroles? Est-ce parce que

j’ai senti enfin, sous le laconisme de vos lettres, un peu d’affection

vraie et émue? J’ignore, mais vous ne me semblez plus si lointain. Oh!

André, dans des âmes longtemps comprimées comme les nôtres, si vous

saviez ce qu’est un sentiment idéal, fait d’admiration et de

tendresse!....

Les Désenchantées — Roman des harems Turcs contemporains · 第 59 / 119 题