"Le 18 septembre 1904.
Notre ami, savez-vous un thème que vous devriez développer, et qui
donnerait bien la page la plus "harem" de tout le livre? Le sentiment de
vide quamène dans nos existences lobligation de ne causer quavec des
femmes, de navoir pour intimes que des femmes, de nous retrouver
toujours entre nous, entre pareilles. Nos amies? mais, mon Dieu, elles
sont aussi faibles et aussi lasses que nous-mêmes. Dans nos harems, la
faiblesse, les faiblesses plutôt, ainsi réunies, amassées, ont mal à
lâme, souffrent davantage dêtre ce quelles sont et réclament une
force. Oh! quelquun avec qui ces pauvres créatures oubliées, humiliées,
pourraient parler, échanger leurs petites conceptions, le plus souvent
craintives et innocentes! Nous aurions tant besoin dun ami homme, dune
main ferme, mâle, sur laquelle nous appuyer, qui serait assez forte pour
nous relever si nous sommes près de choir. Pas un père, pas un mari, pas
un frère; non, un _ami_, vous dis-je; un être que nous choisirions très
supérieur à nous, qui serait à la fois sévère et bon, tendre et grave,
et nous aimerait dune amitié surtout protectrice.... On trouve des
hommes ainsi, dans votre monde, nest-ce pas?