Les missionnaires chrétiens ont enseigné quelquefois à leurs néophytes

un procédé de transcription de leur langue au moyen des caractères de

l’alphabet latin : il ne semble pas que l’emploi de ce système ait

dépassé les murs des écoles confessionnelles, sauf peut-être en ce qui

concerne certains Ouolofs du Sénégal, convertis au christianisme depuis

plusieurs générations. Les rares indigènes christianisés que j’ai

rencontrés, lorsqu’ils avaient conservé quelque trace de l’instruction

que leur avaient donnée les missionnaires, se servaient pour écrire, non

pas de leur propre langue, mais de la langue française ; je dois ajouter

qu’ils m’ont tous paru avoir besoin d’un effort moindre pour écrire en

français que pour transcrire les mots de leur langue maternelle en

caractères français.

3o _Littérature orale._ — Si aucune langue du Soudan en dehors de

l’arabe ne mérite l’appellation de « langue écrite », si la littérature

arabe soudanaise elle-même n’a guère produit — sauf de trop rares

exceptions[264] — d’œuvres vraiment originales en dehors de quelques

diaires et obituaires et de correspondances sans grand intérêt, il n’en

faudrait pas conclure qu’il n’existe au Soudan aucune littérature. Il

existe au contraire en cette partie de l’Afrique une littérature

populaire d’une extraordinaire richesse, mais elle est uniquement orale.

Cette littérature n’est pas seulement riche ; elle est variée et aborde

tous les sujets. L’histoire et l’épopée y sont représentées par de très

curieuses traditions relatives à l’origine des peuples et des tribus,

aux faits et gestes des héros ou des guerriers célèbres : les légendes

reproduites ou simplement résumées dans la seconde partie du présent

ouvrage peuvent donner une idée du genre et de la large part qui y est

faite au symbolisme et au merveilleux. Les fables sont légion au

Soudan : on en pourrait faire de volumineux recueils qui rappelleraient

à la fois nos vieux fabliaux, notre Roman de Renard et le bonhomme La

Fontaine ; c’est en général le lièvre qui est le héros de ces fables et

qui joue aux autres animaux, à l’hyène notamment, les bons tours qui

chez nous sont la spécialité du renard ; la moralité des fables

soudanaises n’est pas plus morale que celle des nôtres, mais elle exalte

le plus souvent la finesse et la ruse aux dépens de la force. A côté des

fables existent des proverbes, plus réellement moraux en général et

fréquemment pétris du plus merveilleux bon sens, et aussi des énigmes

qui servent à passer les soirées et qui aiguisent l’esprit. La poésie

proprement dite est largement représentée, soit par d’interminables

chansons épiques, soit par des chansons satiriques ou licencieuses, soit

par de simples chansons d’amour : ces dernières sont les plus répandues

parmi le commun du peuple et sont chantées surtout par les femmes au

cours de leurs danses, tandis que les chansons épiques et satiriques

sont plutôt récitées par ces professionnels que nous appelons les

griots[265]. Il faudrait encore, pour être complet, ajouter à cette

énumération une sorte de littérature religieuse, comprenant des chants

liturgiques, des formules de sacrifice, d’incantation et d’initiation,

des légendes relatives aux génies et à leur action sur le monde, etc.

Tous les peuples du Soudan ne brillent pas de même au point de vue

littéraire. Les Mandé, supérieurs par ailleurs, ne détiennent sous ce

rapport qu’un rang assez médiocre et sortent rarement de la banalité

ordinaire ; le côté poétique en tout cas leur fait généralement défaut.

Les Sénoufo montrent peut-être un peu plus d’imagination, mais ils

possèdent mal l’art de la composition. Les peuples voltaïques et

notamment les Mossi semblent beaucoup mieux doués[266], ainsi que les

Songaï. Mais ce sont surtout les Peuls qui se distinguent par l’allure

poétique de leurs chansons. Je me permets, pour en donner quelque idée,

de traduire ici deux chansons peules recueillies dans la Boucle du Niger

par M. le capitaine Figaret, de l’artillerie coloniale, qui m’en a très

obligeamment communiqué le texte. Comme la traduction ne peut leur

conserver l’allure élégante et harmonieuse que leur prêtent les

assonances de la langue peule, je reproduis ci-dessous le texte lui-

même, en le transcrivant de mon mieux selon les lois ordinaires de la

prononciation française.

Chanson d’amour

(recueillie chez les Peuls Bari de Boromo, cercle de Koury).

_Kâmou balni balnougol bouguêdyi,_

_Misso missi missougol birâdam ;_[267]

_Fowrou oulli, diko laddé dyaboké..._

_Ndên é danêdyo wéli goundidâdé._

Le ciel s’assombrit du bleu sombre des guinées[268],

Le brouillard laisse égoutter une rosée de lait frais[269] ;

L’hyène rugit, l’aîné de la brousse répond...[270].

C’est alors qu’avec un ami au teint clair il fait bon chuchoter.

Chanson guerrière

(recueillie chez les Peuls du Djilgodi).[271]

_Dyibo ouendou :_

_Ardi dyam yara loto, ardi boné yara dyidyam._

_Ndou filirâma kaï goudyi :_

_Alla doma fa ouéta, gaoué doma fa hîra._

_Lîlêté ndou dyadyâdi, ndou lîlatâké goudé rèoubé._

_Ouendou paté filâma ;_

_Gaoué bonndé ndèr ouendou, dyoga dyokâdyi ndèr ouendou ;_

_Talmêté ndou kôé maïbé, ndou talmatâké dèn talbé._

_Boukari Koutou fîli èn,_

_Filiri èn oudyouné gou, namtorîma lotyi goursi..._

_Méti ngardo kala dilla !_

_Yoppa tyoppi ouendou ndèr ouendou !_

_Kyendé-kyendé, bi-ngal Mossi-nké !_

_Kyendé-kyendé mèn bowâ, milla-milla mèn bowi._

A Djibo est un étang :

Celui qui apporte le bien peut s’y désaltérer et s’y baigner, celui

qui apporte le mal s’y abreuvera de sang.

Il a été entouré d’étalons[272] :

Dieu veille du soir au matin et les lances veillent du matin au soir.

Ses rives seront couvertes d’entrailles, elles ne seront plus

couvertes de pagnes de femmes[273].

Autour de l’étang des haies de mimosa épineux ont été disposées ;

Des lances perfides sont dans l’étang, il y a des armes dans l’étang ;

Il sera planté de têtes de morts, il ne sera plus planté de nénuphars.

Boukari Koutou nous a entourés,

Il nous a entourés de milliers d’étalons, il a disposé en cercle des

pirogues remplies de fusils...[274]

Que tout homme venu ici avec la colère s’en aille !

Qu’il laisse les oiseaux de l’étang dans l’étang !

_Kyendé-kyendé_[275], grand fils des Mossi !

Ce n’est pas _kyendé-kyendé_ que nous voulons, c’est _milla-

milla_[276] qui nous fait plaisir.

* * * * *

[Illustration : Carte 7. — Zones d’extension des langues principales.]

[Note 249 : Voir en particulier : _Die Sudansprachen, eine

sprachvergleichende Studie_, par Diedrich Westermann (Hamburg, 1911, gr.

in-8) et la carte linguistique de Bernhard Struck.]

[Note 250 : Voir plus loin les tableaux comparatifs du chapitre II.]

[Note 251 : J’ai distingué les trois groupes de la famille mandé en

donnant à chacun comme nom le mot employé le plus généralement dans les

langues du groupe pour exprimer le nombre « dix » ; je ne prétends pas

du tout indiquer par là que ces diverses manières de rendre le nombre

« dix » soient la caractéristique des différences séparant les trois

groupes : il s’agit simplement d’appellations qui m’ont paru commodes et

de nature à représenter objectivement la chose qu’elles sont chargées de

représenter, de la même manière que les appellations de « langues d’oc »

et « langues d’oïl » sont employées chez nous.]

[Note 252 : Le _kâgoro_ pourrait à la rigueur être considéré comme un

simple dialecte intermédiaire entre le soninké et le mandingue ; on ne

possède d’ailleurs que fort peu de renseignements sur cet idiome.]

[Note 253 : Le groupe mandé-tan possède deux autres langues, non

représentées au Haut-Sénégal-Niger : le _ligbi_ (dialectes _ligbi_,

_huéla_ et _noumou_), parlé à la Côte d’Ivoire et à la Côte d’Or, et le

_vaï_, parlé au Libéria.]

[Note 254 : Le rattachement des langues _samorho_ et _sia_ est encore

douteux, ainsi que celui des quatre dialectes mal définis. Le groupe

mandé-fou possède beaucoup d’autres langues et dialectes non représentés

au Haut-Sénégal-Niger : le _mendé_ et le _landorho_ (Sierra-Leone), le

_toma_ et le _guerzé_ (Guinée), le _dan_, le _toura_, le _lo_ ou gouro,

le _mona_, le _nouan_, le _ngan_ et le _gbin_ (Côte d’Ivoire).]

[Note 255 : De nombreux dialectes de la langue sénoufo sont en outre

parlés à la Côte d’Ivoire.]

[Note 256 : En dehors du Haut-Sénégal-Niger, le groupe mossi possède à

la Côte d’Or le _dagomba_, le _gbanian_, le _boura_ ou frafra et le

_mampoursi_ ; il est probable que les deux premiers de ces quatre

idiomes sont des dialectes appartenant à la même langue que le dagari et

que les deux autres sont des dialectes appartenant à la même langue que

le nankana — J’ai des raisons de croire que les _Samo_, en outre d’un

dialecte de la langue mossi, possèdent un idiome spécial qu’il faudrait

peut-être rattacher à la famille mandé.]

[Note 257 : Appartiennent au même groupe le _siti_ et le _dégha_ de la

Côte d’Ivoire.]

[Note 258 : Ce groupe est surtout représenté au Dahomey et au Togo, tant

par le bariba et le soumba que par d’autres langues ou dialectes

(_kaouri_ ou kabré, _kotokoli_, _pila-pila_, _ouindji-ouindji_, etc.).]

[Note 259 : L’autre groupe ou _groupe sérère_ comprend le _kéguem_ ou

sérère proprement dit et le _none_, parlés uniquement au Sénégal.]

[Note 260 : Je lui donne ce nom parce que son domaine s’étend, d’une

manière générale, du bas Niger au Logone, affluent du Tchad.]

[Note 261 : Voir les cartes 6 et 7, pages 355 et 385.]

[Note 262 : Sous réserve du fait probable, mais non démontré encore, que

les Samo feraient usage d’une langue nationale d’origine mandé et ne

parleraient le mossi qu’à titre de langue secondaire.]

[Note 263 : L’une des langues mandé du groupe mandé-tan, le vaï, est une

langue écrite et possède même un alphabet original, du type syllabique,

qui lui est propre et a été créé de toutes pièces par les Vaï eux-mêmes.

C’est probablement la seule langue nègre qui possède un système

graphique non emprunté au dehors et qui en fasse couramment usage, bien

qu’on ait signalé récemment un autre exemple de ce phénomène au

Cameroun. Je ne cite ce cas que pour mémoire, la langue et l’alphabet

vaï étant localisés à une province du Libéria et à une toute petite

fraction de la colonie anglaise de Sierra-Leone.]

[Note 264 : Il convient en particulier de faire état, parmi ces

exceptions, d’ouvrages d’histoire tels que le _Tarikh-es-Soudân_, le

_Tedzkiret-en-Nisiân_ et d’autres non publiés encore.]

[Note 265 : M. Dupuis-Yakouba, adjoint principal des affaires indigènes

à Tombouctou, vient de publier chez l’éditeur Leroux le texte et la

traduction d’un véritable poème épique songaï célébrant les hauts faits

des premiers Gow, qui constituèrent chez les Songaï la caste des

chasseurs. Par son sujet, sa manière et ses dimensions, ce spécimen de

la littérature orale du Soudan est tout à fait remarquable.]

[Note 266 : Voir les spécimens de littérature mossi publiés et traduits

par M. Froger, adjoint des affaires indigènes, dans son _Etude de la

langue des Mossi_.]

[Note 267 : Variante : _Bâdé sokki tyokkougol birâdam_, la brume laisse

filer un filet de lait frais.]

[Note 268 : Il s’agit de ces cotonnades d’un bleu sombre tirant sur le

noir, analogue à la teinte que prend le firmament à la tombée de la

nuit.]

[Note 269 : Allusion à la rosée du soir qui prend souvent, à l’obscurité

naissante, une teinte laiteuse.]

[Note 270 : L’aîné de la brousse est l’un des surnoms du lion.]

[Note 271 : Relative à une incursion que fit Boukari Koutou, empereur

mossi de Ouagadougou, dans le Djilgodi vers 1890, incursion au cours de

laquelle il fut repoussé par les Peuls près de la mare de Djibo.]

[Note 272 : Allusion à la cavalerie peule envoyée pour soutenir le choc

de l’armée mossi.]

[Note 273 : D’habitude les rives de l’étang sont couvertes des pagnes

que les femmes y ont lavés et qu’elles étendent sur le sable pour les

faire sécher.]

[Note 274 : Allusion aux dispositions stratégiques prises par Boukari

Koutou, qui avait envoyé sa cavalerie des deux côtés de l’étang pour

faire un mouvement tournant et l’avait appuyée par un demi-cercle de

fusilliers garnissant la rive sud.]

[Note 275 : Formule de salutation en usage chez les Mossi.]

[Note 276 : Formule de salutation en usage chez les Peuls.]

CHAPITRE II

=Linguistique comparée=

Le cadre et le caractère général de cet ouvrage ne me permettent pas de

tenter ici une étude comparative détaillée des nombreuses langues en

usage dans le Haut-Sénégal-Niger. Il me serait d’ailleurs difficile de

mener à bien une pareille étude, vu l’état encore bien précaire des

connaissances aujourd’hui acquises sur beaucoup de ces langues. Je

voudrais essayer seulement d’esquisser à grands traits, sous une forme

brève et précise, les caractéristiques principales de chaque famille

linguistique, en m’en tenant aux généralités. J’ai disposé ces

indications par tableaux successifs, afin de faciliter les comparaisons

et de permettre de voir, d’un seul coup d’œil, par où les diverses

familles diffèrent les unes des autres et par où au contraire certaines

ont entre elles des points de contact et des affinités.

Pour les familles sémitique, hamitique, nigéro-logonaise et sénégalaise,

j’ai pris comme types de comparaison les seules langues de ces familles

représentées au Haut-Sénégal-Niger, c’est-à-dire l’arabe, le tamacheq,

le haoussa et le ouolof. Les familles tekrourienne, songaï et sénoufo ne

possédant chacune qu’une langue unique, c’est tout naturellement cette

langue qui a été prise comme terme de comparaison. En ce qui concerne

les familles mandé et voltaïque, les observations s’appliquent à

l’ensemble des langues de chacune de ces deux familles.

=I. — Composition et formation des mots.=

1o _Composition habituelle des racines_ (pronoms et particules mis à

part).

_Arabe_ : trois consonnes sans voyelle ; quelquefois quatre consonnes.

_Tamacheq_ : une consonne ; deux consonnes ; deux consonnes avec une

voyelle intercalée ; quelques racines sont terminées par une voyelle.

_Haoussa_ : une consonne suivie d’une voyelle ; deux consonnes avec une

voyelle intercalée ; une consonne suivie d’une voyelle puis de deux

consonnes.

_Ouolof_ : deux consonnes avec une voyelle intercalée (la deuxième

consonne pouvant n’être qu’une semi-voyelle) ; parfois une consonne

suivie d’une voyelle puis de deux consonnes.

_Peul_ : deux consonnes avec une voyelle intercalée ; une consonne

suivie d’une voyelle puis de deux consonnes.

_Songaï_ : une consonne suivie d’une voyelle ; deux consonnes avec une

voyelle intercalée ; une consonne suivie d’une voyelle puis de deux

consonnes ; peut-être aussi une consonne, une voyelle, une consonne, une

voyelle (douteux).

_Mandé_ : une consonne suivie d’une voyelle ; une voyelle entre deux

consonnes (rare) ; peut-être aussi une consonne, une voyelle, une

consonne, une voyelle (douteux).

_Sénoufo_ : une consonne suivie d’une voyelle ; une voyelle entre deux

consonnes (rare) ; peut-être aussi une consonne, une voyelle, une

consonne, une voyelle (douteux).

_Voltaïque_ : une voyelle entre deux consonnes ; une voyelle précédée

d’une consonne et suivie de deux consonnes ; aussi une consonne suivie

d’une voyelle.

2o _Emploi des racines isolées._

_Arabe_ : la racine ne peut s’employer seule (certains pronoms et

particules mis à part).

_Tamacheq_ : certaines racines peuvent s’employer seules.

_Haoussa_ : la plupart des racines peuvent s’employer seules.

_Ouolof_ : la racine peut s’employer seule.

_Peul_ : la racine ne peut s’employer seule (exception faite de certains

pronoms et particules, ainsi que des impératifs et de quelques

abréviations usuelles).

_Songaï_ : la racine peut s’employer seule.

_Mandé_ : la racine peut s’employer seule.

_Sénoufo_ : certaines racines peuvent s’employer seules, d’autres ne le

peuvent pas.

_Voltaïque_ : les racines ne peuvent s’employer seules que dans certains

cas déterminés et seulement lorsqu’elles sont à terminaison vocalique

(sauf quelques exceptions d’ailleurs douteuses).

3o _Mode de formation des mots._

_Arabe_ : flexion interne et désinencielle ; agglutinisme par préfixes,

infixes et suffixes.

_Tamacheq_ : flexion interne et désinencielle ; agglutinisme par

préfixes, infixes et suffixes.

_Haoussa_ : flexion interne et désinencielle ; agglutinisme par préfixes

et suffixes.

_Ouolof_ : pas de flexion ; agglutinisme par suffixes seulement.

_Peul_ : pas de flexion ; agglutinisme par suffixes seulement.

_Songaï_ : pas de flexion ; agglutinisme par suffixes (avec un exemple

unique de préfixe : _i_ devant l’adjectif attribut) ; juxtaposition de

racines ou de radicaux.

_Mandé_ : pas de flexion ; agglutinisme par suffixes et très rarement

par préfixes (pour former des verbes causatifs ou factitifs) ;

juxtaposition de racines ou de radicaux.

_Sénoufo_ : pas de flexion ; agglutinisme par suffixes seulement ;

juxtaposition de racines pures placées devant d’autres racines ou des

radicaux.

_Voltaïque_ : mêmes modes de formation que pour le sénoufo.

4o _Modifications morphologiques des consonnes radicales_ (modifications

dialectales ou euphoniques mises à part).

_Arabe_ : aucune modification, sauf par redoublement.

_Tamacheq_ : aucune modification, sauf par redoublement.

_Haoussa_ : aucune modification, sauf par redoublement.

_Ouolof_ : très nombreux cas de modification morphologique de certaines

consonnes radicales.

_Peul_ : modification morphologique et syntaxique régulière de certaines

consonnes radicales.

_Songaï_ : aucune modification.

_Mandé_ : aucune modification (sauf quelques cas dans le groupe mandé-

tamou).

_Sénoufo_ : quelques cas de modification morphologique des consonnes

radicales.

_Voltaïque_ : cas nombreux de modification morphologique de certaines

consonnes radicales.

=II. — Morphologie et syntaxe.=

1o _Genres et classes._

_Arabe_ : deux genres distingués aux deux nombres dans les pronoms, les

noms, les adjectifs, les participes et les verbes (au moyen de suffixes

ou flexions désinencielles dans les noms, adjectifs et participes, de

préfixes et de suffixes dans les verbes).

_Tamacheq_ : deux genres distingués aux deux nombres dans les pronoms,

les noms, les participes et les verbes (au moyen de préfixes et de

suffixes dans les noms et les participes comme dans les verbes).

_Haoussa_ : deux genres distingués au singulier seulement dans les

pronoms, les noms, les adjectifs et les participes, mais non dans les

verbes, à l’exception d’une forme verbale féminine pour le verbe

« être » : _tché_ (au moyen de flexions désinencielles dans les noms et

les participes, de flexions désinencielles ou de préfixes dans les

adjectifs).

_Ouolof_ : pas de genres, mais un grand nombre de classes de noms

distinguées par des articles spéciaux ou particules de détermination

suffixées.

_Peul_ : pas de genres, mais un grand nombre de classes de noms et de

participes distinguées par des suffixes spéciaux, par l’emploi de

pronoms différents et par la modification de certaines consonnes

radicales.

_Songaï_ : ni genres ni classes.

_Mandé_ : ni genres ni classes.

_Sénoufo_ : pas de genres, mais des classes de noms distinguées par des

suffixes spéciaux.

_Voltaïque_ : pas de genres, mais des classes de noms distinguées par

des suffixes spéciaux.

2o _Nombres._

_Arabe_ : trois nombres distingués dans les pronoms, les noms, les

adjectifs, les participes et les verbes (au moyen de flexions, d’infixes

et de suffixes dans les noms, les adjectifs et les participes, et de

préfixes et suffixes dans les verbes).

_Tamacheq_ : deux nombres distingués dans les pronoms, les noms, les

participes et les verbes (au moyen de flexions, de préfixes et de

suffixes dans les noms et les participes, et de préfixes et suffixes

dans les verbes).

_Haoussa_ : deux nombres distingués dans les pronoms, les noms, les

adjectifs et les participes, mais non dans les verbes (au moyen de

flexions internes ou désinencielles dans les noms et les participes, de

flexions ou préfixes dans les adjectifs).

_Ouolof_ : deux nombres distingués seulement dans les pronoms et dans

les articles ou particules de détermination du nom, par des formes

spéciales pour chaque nombre.

_Peul_ : deux nombres distingués dans les pronoms, les noms, les

participes et certains verbes (dans les noms et les participes au moyen

de suffixes spéciaux à chaque nombre et par la modification de certaines

consonnes radicales, dans les verbes par une modification analogue et —

dans quelques cas — par des suffixes spéciaux).

_Songaï_ : deux nombres distingués dans les pronoms et les noms

seulement (dans les noms par l’addition d’un suffixe à la forme du

singulier).

_Mandé_ : comme en songaï, avec cette différence que, dans certaines

langues ou certains dialectes, le suffixe indiquant le pluriel peut se

substituer à la voyelle terminale de la forme du singulier et que, dans

le groupe mandé-tamou, on rencontre des cas de modification de la

première consonne radicale.

_Sénoufo_ : deux nombres distingués dans les pronoms et les noms (dans

les noms par addition d’un suffixe à la forme du singulier ou au moyen

de suffixes spéciaux à chaque nombre, et parfois au moyen de la

modification de certaines consonnes radicales).

_Voltaïque_ : deux nombres distingués dans les pronoms et les noms (dans

les noms au moyen de suffixes spéciaux à chaque nombre et parfois au

moyen de la modification de certaines consonnes radicales).

Remarque. — Dans les langues arabe, tamacheq, haoussa, peule et

voltaïques, les noms prennent toujours la marque du pluriel, même si la

pluralité est indiquée d’autre part à l’aide d’un nom de nombre ou d’un

déterminatif ou qualificatif de quantité ; au contraire dans les

familles songaï et mandé, la marque du pluriel disparaît si la pluralité

est indiquée d’autre part, ne serait-ce que par le contexte ; en

sénoufo, les deux phénomènes se rencontrent concurremment.

3o _Modifications de l’idée verbale_ (personnes, temps, modes, voix,

formes).

_Arabe_ : personnes, temps, modes, voix passive, formes dérivées

indiqués par flexions, préfixes, infixes et suffixes.

_Tamacheq_ : personnes, temps ou modes, formes dérivées indiqués par

préfixes, infixes et suffixes ; une seule voix.

_Haoussa_ : personnes indiquées par les pronoms sujets ; temps ou modes

indiqués par particules ou auxiliaires préfixés et parfois par suffixes

ou flexions désinencielles, ou encore par l’emploi de pronoms sujets

spéciaux ; voix passive indiquée par un préfixe (_a_) et par l’inversion

du pronom sujet : assez nombreuses formes dérivées indiquées par

suffixes ou flexions désinencielles.

_Ouolof_ : personnes indiquées par les pronoms sujets ; temps ou modes

indiqués par suffixes ou par auxiliaires préfixés ou parfois par la

place du pronom sujet par rapport au verbe ; une seule voix ; formes

dérivées nombreuses, indiquées par des suffixes.

_Peul_ : personnes indiquées par les pronoms sujets et parfois, à

l’impératif, par des suffixes ; temps ou modes indiqués par des suffixes

et quelquefois par des auxiliaires préfixés ; trois voix (active,

passive et moyenne ou réfléchie), indiquées par des suffixes spéciaux ;

très nombreuses formes dérivées, indiquées par des suffixes.

_Songaï_ : personnes indiquées par les pronoms sujets ; temps ou modes

indiqués par particules ou auxiliaires préfixés ; une seule voix ; deux

formes dérivées (l’intensive marquée par simple redoublement, la

factitive ou causative indiquée par un suffixe).

_Mandé_ : personnes indiquées par les pronoms sujets ; temps ou modes

indiqués par particules ou auxiliaires préfixés ou suffixés ; voix

passive indiquée par une particule suffixée ou simplement par l’absence

de régime direct ; quelques formes dérivées indiquées par préfixes ou

suffixes.

_Sénoufo_ : personnes indiquées par les pronoms sujets ; temps ou modes

indiqués par particules ou auxiliaires préfixés (peut-être aussi

quelquefois par particules suffixées) ; voix (?) ; formes (?).

_Voltaïque_ : personnes indiquées par les pronoms sujets ; temps ou

modes indiqués par suffixes et par particules ou auxiliaires préfixés ;

une seule voix (?) ; formes dérivées indiquées par suffixes.

4o _Négation._

_Arabe_ : indiquée par une particule préfixée au verbe (particules

diverses selon les temps : _lâ_, _mâ_, _lam_).

_Tamacheq_ : même système (une seule particule : _our_ ou _ou_).

_Haoussa_ : indiquée par la particule _ba_ placée au commencement et à

la fin de la proposition (à l’impératif par la particule _kada_ au début

de la proposition).

_Ouolof_ : indiquée par un suffixe qui se place entre le radical du

verbe et le suffixe de conjugaison ou bien par un auxiliaire négatif

préfixé au verbe.

_Peul_ : indiquée par des suffixes de conjugaison spéciaux et, à

l’impératif, par un auxiliaire négatif ou une particule négative

préfixés au verbe.

_Songaï_ : indiquée par une particule préfixée au verbe (_na_ pour le

passé, _si_ pour le futur).

_Mandé_ : indiquée par une particule ou un auxiliaire négatif préfixés

au verbe (particules et auxiliaires divers selon les temps, modes ou

voix : en mandingue _tè_ pour le présent, _ti_ pour le futur, _kana_

pour l’injonctif, _ma_ pour le passé et le passif).

_Sénoufo_ : indiquée par une particule préfixée au verbe (particules

diverses selon les temps ou modes) et souvent précisée par l’addition

d’une autre particule suffixée au verbe.

_Voltaïque_ : indiquée par une particule préfixée au verbe ou à

l’auxiliaire de conjugaison (particules diverses selon les temps ou

modes) et souvent précisée par l’addition d’une autre particule suffixée

au verbe.

5o _Interrogation_ (en dehors des cas où la proposition renferme un

pronom ou adverbe marquant par lui-même l’interrogation, comme « qui ?

quoi ? quand ? où ? comment ? etc. »).

_Arabe_ : particule interrogative au début de la proposition ou (dans la

langue vulgaire) mot interrogatif suffixé au verbe, ou encore particule

signifiant « ou bien non » (_aou-lâ_) placée à la fin de la proposition.

_Tamacheq_ : particule interrogative signifiant « ou bien » (_mirh_)

placée à la fin de la proposition.

_Haoussa_ : particule ou formule interrogative signifiant « ou bien »

(_ko_) ou encore « ou bien pas ainsi » (_ko ba hakka ba_) placée à la

fin de la proposition ; emploi de formes spéciales du verbe « être »,

selon son sens, dans les phrases interrogatives.

_Ouolof_ : particule interrogative au début de la proposition.

_Peul_ : particule interrogative au début de la proposition (_yalla_) ou

plus fréquemment particule interrogative à la fin de la proposition

(_nâ_) ou les deux employées simultanément, ou encore emploi de

l’inversion (le sujet se plaçant après le verbe, avec modification

morphologique de l’un et de l’autre dans certains cas).

_Songaï_ : particule interrogative signifiant « ou bien » (_ouala_)

placée à la fin de la proposition.

_Mandé_ : même système (particule _ouala_ ou _ouâ_ ou _â_ en mandingue).

_Sénoufo_ : même système.

_Voltaïque_ : même système.

Remarque. — Dans toutes les familles linguistiques, l’intonation seule,

sans emploi d’aucune particule spéciale, peut suffire à exprimer

l’interrogation.

6o _Adjectif._

_Arabe_ : des adjectifs proprement dits existent en dehors des

participes.

_Tamacheq_ : pas d’adjectifs ; les participes et les verbes

qualificatifs en tiennent lieu.

_Haoussa_ : adjectifs propres, adjectifs composés d’un substantif ou

d’un verbe précédé d’un préfixe, participes et infinitifs passifs

employés adjectivement.

_Ouolof_ : pas d’adjectifs ni de participes ; les verbes qualificatifs

en tiennent lieu, soit conjugués soit précédés d’une sorte de pronom

relatif qui n’est en somme qu’une particule spéciale de détermination

suffixée au substantif.

_Peul_ : peu d’adjectifs, mais des participes qui en tiennent lieu,

ainsi que des verbes qualificatifs soit conjugués soit précédés d’une

sorte de démonstratif jouant le rôle de pronom relatif.

_Songaï_ : adjectifs propres et adjectifs-participes formés d’un verbe

par l’addition d’un suffixe.

_Mandé_ : pas d’adjectifs propres, mais des verbes qualificatifs en

tenant lieu, soit conjugués, soit employés adjectivement à l’infinitif ;

il existe de plus des adjectifs-participes formés d’un verbe par

l’addition de divers suffixes ; enfin beaucoup de noms sont employés

adjectivement.

_Sénoufo_ : adjectifs propres et verbes qualificatifs en tenant lieu,

soit conjugués soit employés adjectivement à l’infinitif.

_Voltaïque_ : adjectifs propres, adjectifs-participes formés d’un verbe

par l’addition de divers suffixes, noms employés adjectivement, verbes

qualificatifs conjugués.

7o _Place du régime du nom._

_Arabe_ : régime du nom après ce nom sans particule d’union (le nom

déterminé par son régime perd l’article).

_Tamacheq_ : régime du nom après ce nom, avec particule d’union (_n_ ou

_en_) intercalée entre les deux.

_Haoussa_ : régime du nom après ce nom, avec particule d’union (_n_ pour

les deux genres ou bien _na_ pour le masculin et _ta_ pour le féminin)

intercalée entre les deux.

_Ouolof_ : régime du nom après ce nom sans particule d’union (le nom

déterminé par son régime conserve généralement sa particule de

détermination).

_Peul_ : régime du nom après ce nom sans particule d’union (le nom

déterminé par son régime conserve son suffixe de classe, sauf dans

certaines locutions très usuelles jouant le rôle de noms composés).

_Songaï_ : régime du nom avant ce nom sans particule d’union (en général

le régime seul peut prendre la particule de détermination)[277].

_Mandé_ : régime du nom avant ce nom sans particule d’union ou avec

particule d’union indiquant soit la possession soit la localisation.

_Sénoufo_ : régime du nom avant ce nom sans particule d’union (le nom

régime perd fréquemment son suffixe de classe).

_Voltaïque_ : régime du nom avant ce nom sans particule d’union (le nom

régime perd le plus généralement son suffixe de classe : _ten-ga_

« pays », _sô-ba_ « maître », _ten-sô-ba_ « le chef du pays » en mossi).

8o _Place des régimes du verbe._

_Arabe_ : tous les régimes après le verbe, le régime direct se plaçant

en général le premier et le régime indirect le second, (toutefois le

régime indirect pronominal se place avant le régime direct nominal).

_Tamacheq_ : tous les régimes après le verbe, le régime indirect se

plaçant en général avant le régime direct (sauf si ce dernier est

pronominal) et parfois même avant le verbe.

_Haoussa_ : tous les régimes après le verbe, le régime indirect

précédant en général le régime direct.

_Ouolof_ : le régime direct suit en général le verbe ; toutefois si ce

régime est un pronom et que le pronom sujet soit placé avant le verbe,

le pronom régime direct s’intercale entre le pronom sujet et le verbe ;

le régime indirect se place toujours après le verbe, tantôt après tantôt

avant le régime direct.

_Peul_ : tous les régimes après le verbe, le régime indirect non

accompagné d’une préposition précédant toujours le régime direct ;

toutefois le régime sur lequel on veut insister se place au début de la

proposition et alors le sujet se place après le verbe.

_Songaï_ : tous les régimes après le verbe, le régime indirect précédant

en général le régime direct.

_Mandé_ : le régime direct se place toujours immédiatement avant le

verbe, entre l’auxiliaire de conjugaison — s’il existe — et le verbe

lui-même ; le régime indirect au contraire suit toujours le verbe.

_Sénoufo_ : même règle qu’en mandé.

_Voltaïque_ : le régime direct et le régime indirect suivent en général

le verbe, le régime direct se plaçant le plus souvent le premier,

parfois intercalé entre le verbe lui-même et la particule de conjugaison

suffixée, mais suivant d’ordinaire cette particule ; toutefois le régime

direct se place quelquefois avant le verbe, surtout dans les phrases

négatives ou interrogatives ; d’autre part le régime indirect pronominal

précède le régime direct et parfois même se place avant le verbe ; enfin

le régime sur lequel on veut insister se place au début de la

proposition, sans amener de modification dans la place du sujet par

rapport au verbe.

9o _Possessifs._

_Arabe_ : les adjectifs possessifs sont rendus au moyen de suffixes

pronominaux qui sont en réalité des pronoms personnels régimes du nom et

se plaçant après lui selon la règle générale ; le nom ne prend pas

l’article.

_Tamacheq_ : même système, mais avec emploi ordinaire de la particule

d’union _n_ ou _en_ entre le nom et le pronom.

_Haoussa_ : même système, avec emploi de la particule d’union _n_.

_Ouolof_ : pour les première et deuxième personnes du singulier et du

pluriel et la troisième personne du pluriel, on a de véritables

adjectifs possessifs (formés d’une racine _s_ indiquant la possession et

suivie du pronom), qui se placent avant le nom ; (au singulier, le nom

ne prend pas de particule de détermination ; au pluriel, la particule de

détermination se place soit après le possessif soit après le nom ; le

possessif déterminant un nom régime d’un autre nom se place avant celui-

ci : les pieds de ton cheval, _sa tank-i fas_ « ton pieds cheval » ;)

pour la troisième personne du singulier toujours et exceptionnellement

pour les autres personnes, l’adjectif possessif se rend simplement par

le pronom suffixé au nom.

_Peul_ : nos adjectifs possessifs sont rendus au moyen du pronom suffixe

au nom, avec intercalement entre les deux (sauf à la première personne

du singulier) d’une particule _ma’_ ou _m_ indiquant la possession.

_Songaï_ : nos adjectifs possessifs sont rendus au moyen du pronom

préfixé au nom dont il est le régime ; ce nom conserve en général la

particule de détermination après lui.

_Mandé_ : nos adjectifs possessifs sont rendus au moyen du pronom

préfixé au nom, avec ou sans intercalement d’une particule indiquant la

possession.

_Sénoufo_ : nos adjectifs possessifs sont rendus au moyen du pronom

préfixé au nom, sans intercalement d’aucune particule.

_Voltaïque_ : même système qu’en sénoufo.

10o _Relatif._

_Arabe_ : le relatif existe après un nom déterminé et suit immédiatement

son antécédent ; si le relatif est régime, un pronom régime

correspondant, dit « de rappel », est exprimé après le verbe ; pas de

relatif après un nom indéterminé : on y supplée par le pronom personnel.

_Tamacheq_ : pas de relatif ; on y supplée par le démonstratif, avec

emploi fréquent d’un pronom de rappel en cas de relatif régime.

_Haoussa_ : il existe un relatif (_nda_ ou _da_), qui suit immédiatement

son antécédent ; qu’il soit sujet ou régime, il nécessite un pronom de

rappel.

_Ouolof_ : pas de relatif ; on y supplée par la particule de

détermination du nom, augmentée le cas échéant d’un démonstratif.

_Peul_ : pas de relatif à proprement parler ; on y supplée par une sorte

de démonstratif invariable (_ko_ ou _no_) ou, le plus souvent, par le

pronom personnel.

_Songaï_ : il existe un relatif (_ka_, pluriel _ka-yo_ ou _ki_), qui

suit son antécédent soit immédiatement soit avec intercalement de la

particule de détermination ; lorsque le relatif est régime l’emploi du

pronom de rappel est nécessaire.

_Mandé_ : pas de relatif ; un démonstratif en tient lieu généralement

(_mi_ ou _min_ en mandingue), avec emploi du pronom de rappel si l’on a

affaire à un relatif régime.

_Sénoufo_ : ?

_Voltaïque_ : il existe un relatif (au moins en mossi) ; sujet, il suit

immédiatement son antécédent ; régime, il se place entre le sujet et le

verbe de la proposition relative et exige généralement un pronom de

rappel après le verbe.

11o _Infinitif suivant un verbe._

_Arabe_ : pas d’infinitif ; les deux verbes se mettent à un mode

personnel.

_Tamacheq_ : pas d’infinitif ; les deux verbes se mettent à un mode

personnel.

_Haoussa_ : l’infinitif suit immédiatement le verbe dont il est le

régime ou bien il est remplacé par un mode personnel.

_Ouolof_ : l’infinitif suit le verbe avec intercalement entre les deux

d’une particule de liaison (_a_).

_Peul_ : l’infinitif peul est un nom et peut, comme tout nom, être

régime d’un verbe et le suivre directement ; s’il n’est pas absolument

régime du verbe, on le remplace par un mode personnel.

_Songaï_ : l’infinitif suit le verbe, avec intercalement entre les deux

d’une particule de liaison (_ka_) ; mais si le sujet logique de

l’infinitif n’est pas le même que celui du verbe précédent, on remplace

l’infinitif par un mode personnel.

_Mandé_ : mêmes règles qu’en songaï (la particule de liaison varie selon

les langues, elle est _ka_ en mandingue).

_Sénoufo_ : mêmes règles qu’en songaï et en mandé (la particule de

liaison est _sa_ en général).

_Voltaïque_ : mêmes règles qu’en songaï, mandé et sénoufo (la particule

de liaison varie selon les langues, elle est _n_ en mossi).

Remarque. — En mandé et en sénoufo, l’infinitif employé substantivement

précède le verbe dont il est le régime direct, selon la règle générale.

12o _Régime des particules remplaçant nos prépositions._

_Arabe_ : régime après la particule.

_Tamacheq_ : régime après la particule.

_Haoussa_ : régime après la particule.

_Ouolof_ : régime après la particule.

_Peul_ : régime après la particule.

_Songaï_ : régime avant la particule.

_Mandé_ : régime avant la particule.

_Sénoufo_ : régime avant la particule.

_Voltaïque_ : régime avant la particule.

13o _Place du sujet._

_Arabe_ : avant ou après le verbe.

_Tamacheq_ : avant ou après le verbe.

_Haoussa_ : avant le verbe ; si le sujet est un nom, on le fait suivre

généralement d’un pronom de rappel.

_Ouolof_ : avant le verbe si c’est un nom ; après le verbe, sauf à

certains temps, si c’est un pronom.

_Peul_ : avant le verbe en général ; toutefois, dans certaines

expressions usuelles, en poésie, dans certaines phrases interrogatives

et quand on a voulu attirer l’attention sur le régime en le plaçant au

début de la proposition, le sujet suit le verbe : à la 1re et à la 2e

personnes, le pronom sujet revêt alors une forme spéciale ou s’amalgame

avec le suffixe de conjugaison du verbe et ce dernier se comporte, même

au singulier, comme s’il était au pluriel.

_Songaï_ : sujet avant le verbe.

_Mandé_ : sujet avant le verbe.

_Sénoufo_ : sujet avant le verbe.

_Voltaïque_ : sujet avant le verbe.

14o _Place de l’attribut._

_Arabe_ : après le sujet ou l’expression qui tient lieu du verbe

« être », le verbe copulatif n’existant pas.

_Tamacheq_ : le substantif attribut se place après le verbe « être » ou

avant le sujet du verbe « être » ; l’adjectif attribut se traduit en

général par un participe suivant directement le sujet, sans exprimer le

verbe « être ».

_Haoussa_ : l’attribut se place entre le sujet et le verbe _né_ (féminin

_tché_) ou avant le sujet si l’on emploie le verbe _ké_ ; il peut aussi

suivre le sujet sans que le verbe « être » soit exprimé.

_Ouolof_ : l’attribut se place entre le sujet et le verbe-particule _la_

ou après le verbe _di_.

_Peul_ : l’attribut suit directement le sujet, le verbe copulatif

n’existant pas ; en général on emploie un verbe qualificatif ou

attributif qui tient lieu à la fois du verbe « être » et de l’attribut.

_Songaï_ : l’attribut se place après le verbe copulatif _tyi_.

_Mandé_ : l’attribut se place après ou avant le verbe copulatif, selon

les cas ; (en mandingue, l’attribut substantif se place soit après le

verbe _bè_ soit plutôt avant le verbe _lo_ ou _do_, et l’attribut

adjectif après ou avant les verbes _bè_ ou _yé_, selon la nature

morphologique de l’adjectif ;) le plus souvent le verbe « être » suivi

d’un attribut adjectif se tourne par un verbe qualificatif.

_Sénoufo_ : l’attribut se place après le verbe copulatif ou entre le

sujet et ce verbe, selon les cas.

_Voltaïque_ : comme en sénoufo.

15o _Place des adjectifs déterminatifs_ (possessifs exceptés) _et des

qualificatifs._

_Arabe_ : les déterminatifs précèdent le nom en général, les

qualificatifs le suivent.

_Tamacheq_ : les déterminatifs (sauf _ak_ « chaque ») suivent le nom,

ainsi que les participes qualificatifs.

_Haoussa_ : certains déterminatifs précèdent le nom, les autres le

suivent ; les qualificatifs le suivent ou bien le précèdent, mais alors

ils sont séparés du nom par la particule _n_.

_Ouolof_, _peul_, _songaï_, _mandé_, _sénoufo_, _voltaïque_ : tous les

déterminatifs et qualificatifs suivent le nom ; (les quelques exceptions

à cette règle, notamment en ce qui concerne les démonstratifs, ne sont

qu’apparentes et tiennent à ce que le démonstratif est souvent un

pronom ; ainsi en songaï « cet homme » se dit tantôt _har ouo_ et tantôt

_ouo har_, mais en réalité _ouo har_ signifie « l’homme de ceci » ou

« l’homme d’ici » ; de même en mandingue _o mousso_ « cette femme »

signifie littéralement « la femme de ceci, la femme que voici »).

16o _Articles._

_Arabe_ : un article défini invariable (_el_) précède le nom ; pas

d’article indéfini.

_Tamacheq_ : aucun article, mais le démonstratif peut jouer le rôle

d’article déterminatif et le numéral peut servir d’article indéfini.

_Haoussa_ : pas d’article défini ; un adjectif spécial joue le rôle

d’article indéfini et précède le nom.

_Ouolof_ : pas d’article à proprement parler, mais des particules de

détermination variées en jouent le rôle et se placent après le nom :

elles se composent toutes d’une consonne ou d’une semi-voyelle suivie

d’une voyelle ; la consonne varie selon la classe ou selon la consonne

initiale du nom, la voyelle varie selon la nature de la détermination.

_Peul_ : pas d’article ; les pronoms personnels de la troisième

personne, employés comme démonstratifs après le nom, ont souvent une

valeur analogue à celle de notre article défini ; un participe rendant

le nom de nombre « un » joue le rôle d’article indéfini et suit le nom.

_Songaï_ : une particule de détermination (_di_) suffixée au nom joue

exactement le rôle de notre article défini ; le numéral peut jouer le

rôle d’article indéfini.

_Mandé_ : pas d’article défini ; un article indéfini existe, distinct du

nombre « un » (_do_ en mandingue).

_Sénoufo_ : aucun article.

_Voltaïque_ : aucun article.

17o _Verbe de non-existence._

_Arabe_ : il existe plusieurs verbes de non-existence, mais, dans la

langue parlée, le verbe d’existence employé négativement est plus

fréquent.

_Tamacheq_ : l’idée de non-existence est rendue par la négation du verbe

d’existence.

_Haoussa_ : l’idée de non-existence est rendue par la négation du verbe

_ké_ ou par une simple négation sans verbe.

_Ouolof_ : le verbe d’existence _di_ a une forme négative _dou_.

_Peul_ : il existe plusieurs verbes de non-existence, dont un surtout

est d’un emploi fréquent (_al-dé_ ou _oual-dé_) ; on peut aussi employer

négativement le verbe d’existence (_on-dé_ ou _ouon-dé_).

_Songaï_ : pas de verbe de non-existence.

_Mandé_ : il existe un verbe de non-existence (_tè_ en mandingue) ; le

verbe d’existence (_bè_ en mandingue) ne s’emploie jamais négativement.

_Sénoufo_ : même chose qu’en mandé.

_Voltaïque_ : même chose qu’en mandé et en sénoufo.

18o _Numération._

_Arabe_ : décimale ; le nom de nombre précède le nom, lequel reste au

singulier à partir de 11.

_Tamacheq_ : même système et mêmes règles.

_Haoussa_ : décimale ; le nom de nombre suit le nom, lequel peut se

mettre au pluriel à partir de 2 ou rester au singulier.

_Ouolof_ : quinaire ; le nom de nombre précède le nom mais prend après

lui la particule de détermination du pluriel (_i_ ou _yi_) à partir de

2, tandis que le nom demeure invariable et ne prend aucune particule de

détermination.

_Peul_ : quinaire ; le nom de nombre suit le nom, qui se met au pluriel.

_Songaï_ : décimale ; le nom de nombre suit le nom, qui reste au

singulier.

_Mandé_ : décimale ou quinaire, selon les langues ; le nom de nombre

suit le nom, qui reste au singulier.

_Sénoufo_ : quinaire ; le nom de nombre suit le nom, qui reste au

singulier.

_Voltaïque_ : décimale ou quinaire, selon les langues ; le nom de nombre

suit le nom, qui peut se mettre au pluriel ou rester au singulier.

=III. — Phonétique.=

1o _Voyelles_ (semi-voyelles _w_ et _y_ non comprises, étant rangées

parmi les consonnes).

_Arabe_ : voyelles pures seulement (dans la langue parlée tout au

moins).

_Tamacheq_ : voyelles pures et voyelles nasalisées[278].

_Haoussa_ : voyelles pures et voyelles nasalisées.

_Ouolof_ : voyelles pures (dont la voyelles _eu_), voyelles nasalisées

et quelques voyelles nasales[279].

_Peul_ : voyelles pures seulement.

_Songaï_ : voyelles pures et voyelles nasalisées ; quelques voyelles

nasales, mais pas très nettes.

_Mandé_ : voyelles pures (dont l’_u_ français, assez rare d’ailleurs) ;

voyelles nasalisées et nombreuses voyelles nasales.

_Sénoufo_ : voyelles pures (dont _eu_ et _u_) et voyelles nasales.

_Voltaïque_ : voyelles pures (dont _eu_ et _u_), voyelles nasalisées et

voyelles nasales.

2o _Consonnes_ (présence ou absence de certaines consonnes spéciales).

_Arabe_ : possède les semi-voyelles _w_ et _y_, le _hamza_ (hiatus), le

_’aïn_, deux sortes de _h_, le _kh_ (ou _jota_), le _rh_ ou _gh_ (r

gras), des chuintantes (_ch_ et _j_), des zézayantes (_th_ dur et doux

de l’anglais), et de plus un _d_, un _t_, un _s_, un _z_ et un _k_

spéciaux (emphatiques ou claquants) ; pas de v ni de ñ (gn français dans

« dignité »).

_Tamacheq_ : possède les semi-voyelles _w_ et _y_, le _rh_ ou _gh_, des

chuintantes (_ch_ et _j_), des zézayantes (_th_ dur et doux), un _d_, un

_t_ et un _k_ spéciaux ; (pas de hamza, de ’aïn, de kh, de v, ni de ñ).

_Haoussa_ : possède les semi-voyelles _w_ et _y_, des demi-chuintantes

(_sh_ et _zh_), le _ñ_ ; (pas de hamza, de ’aïn, de kh, de rh, de

zézayantes, de v ni de lettres emphatiques ou claquantes).

_Ouolof_ : possède les semi-voyelles _w_ et _y_, le _kh_, le _ñ_, le

_v_, un _p_ et un _k_ spéciaux ; (pas de hamza, de ’aïn, de rh, de

chuintantes, de zézayantes ni de z).

_Peul_ : possède les semi-voyelles _w_ et _y_, le _hamza_, le _ñ_, l’_n

vélaire_, un _b_ et un _d_ spéciaux ; (pas de ’aïn, de kh, de rh, de

chuintantes, de zézayantes ni de z ; le _v_ est rare et seulement

dialectal, remplaçant la semi-voyelle _w_, laquelle est parfois aussi

remplacée par une semi-voyelle _u_).

_Songaï_ : possède les semi-voyelles _w_ et _y_ et le _ñ_ ; (pas de

hamza, de ’aïn, de kh, de rh, de chuintantes — sauf un _sh_ très rare et

ne se rencontrant que dans quelques mots étrangers —, de zézayantes, de

lettres emphatiques ou claquantes ni de v).

_Mandé_ : possède les semi-voyelles _w_, _u_ et _y_, le _kh_

(dialectal), le _rh_ ou _gh_, le _ñ_, l’_n vélaire_ (rare), le _v_, la

demi-chuintante _sh_ (rare et dialectale), des labiales gutturalisées

(_gb_ et _kp_) ; (pas de hamza, de ’aïn, de chuintantes vraies, de

zézayantes ni de lettres emphatiques ou claquantes).

_Sénoufo_ : possède les semi-voyelles _w_, _u_ et _y_, le _’aïn_, le

_rh_ ou _gh_, le _ñ_, le _v_, des demi-chuintantes (_sh_ et _zh_), des

labiales gutturalisées ; (pas de hamza, de kh, de chuintantes vraies, de

zézayantes ni de lettres emphatiques ou claquantes).

_Voltaïque_ : possède les semi-voyelles _w_, _u_ et _y_, le _rh_ ou

_gh_, le _ñ_, le _v_, des consonnes emphatiques ou claquantes (_b_, _p_,

_d_ et _g_ spéciaux), plus des consonnes aspirées ; (pas de hamza, de

’aïn, de kh, de chuintantes ni de zézayantes).

Remarque. — Les langues arabe, tamacheq et haoussa ne possèdent à

proprement parler ni consonnes nasalisées ni consonnes yodisées ; toutes

les autres langues du Haut-Sénégal-Niger font au contraire un usage

fréquent des consonnes nasalisées (_mb_, _nd_, _ñg_, en particulier) et

des consonnes yodisées (_dy_ ou _gy_, _ty_ ou _ky_, en particulier).

3o _Syllabes terminales des mots._

_Arabe_ : terminaisons vocaliques et consonantiques (terminaisons

consonantiques plus fréquentes).

_Tamacheq_ : terminaisons vocaliques et consonantiques (terminaisons

consonantiques plus fréquentes).

_Haoussa_ : les terminaisons vocaliques sont les plus fréquentes ; les

terminaisons consonantiques sont plus rares et ne se présentent que par

une dentale (_t_, _d_, _s_, _z_, _r_, _l_) ou une nasale (_n_, _ñ_) ou

encore une semi-voyelle.

_Ouolof_ : terminaisons vocaliques et consonantiques.

_Peul_ : terminaisons vocaliques et consonantiques ; en dehors des cas

où la racine s’emploie seule, on ne trouve de terminaisons

consonantiques que par _l_, _m_, _n_, _ñ_, ou la semi-voyelle _y_.

_Songaï_ : terminaisons vocaliques et consonantiques ; ces dernières,

moins fréquentes que les premières, ne se présentent que par _l_, _m_,

_n_, _ñ_, _r_, _s_ ou une semi-voyelle.

_Mandé_ : terminaisons uniquement vocaliques (par voyelles pures ou

nasales).

_Sénoufo_ : terminaisons uniquement vocaliques (sauf les cas où la

racine s’emploie seule et alors cette racine ne forme en réalité que la

première partie d’un mot composé).

_Voltaïque_ : terminaisons vocaliques et consonantiques ; ces dernières,

moins fréquentes, ne se présentent que par une labiale ou une dentale

(sauf les cas cités pour le sénoufo).

* * * * *

[Note 277 : Exemple : _boro_ « homme », _bongo_ « tête », _boro di_

« l’homme », _boro di bongo_ « la tête de l’homme », _boro bongo_ « une

tête d’homme ».]

[Note 278 : J’appelle « voyelles nasalisées » des voyelles pures suivies

d’un _n_ sonore ; on donne aussi à ces phonèmes le nom de « nasales-

voyelles ».]

[Note 279 : J’appelle « voyelles nasales » des voyelles terminées par un

_n_ non sonore, comme les groupes « on, en » dans les mots français

« bon, mien » ; certains donnent à ces phonèmes le nom de voyelles

nasalisées, qui me semble moins logique.]

CHAPITRE III

=Caractères généraux de chacune des quatre langues principales.=

1o _Mossi._ — Ma compétence est fort médiocre en ce qui concerne la

langue mossi et, bien qu’elle soit la plus importante de toutes celles

parlées au Soudan Français par le nombre des individus qui en font

usage, je serai nécessairement fort bref à son sujet. Je ne me serais

même pas permis d’en parler ici, si le beau travail de M. Froger, paru

l’an dernier, n’était venu à point pour me fournir les indications qui

me manquaient.

Il suffit de parcourir son ouvrage pour se convaincre que la langue

mossi est remarquablement riche, tant en vocables qu’en formes, et

qu’elle est parfaitement adaptée aux besoins de la civilisation

soudanaise actuelle et même à ceux d’une civilisation plus développée

dont il est permis de prévoir l’avènement. Cependant je doute que cette

langue soit appelée à une extension bien considérable et je crois que, à

mesure que le centre de la Boucle du Niger s’éloignera davantage de

l’état d’isolement où il s’est confiné jusqu’ici, le mandingue, le

songaï et le haoussa s’y répandront de plus en plus, tandis que le mossi

demeurera à peu près localisé aux pays où il est parlé actuellement et

perdra même du terrain au lieu d’en gagner. C’est qu’en effet cette

langue présente d’assez grandes difficultés, surtout au point de vue

phonétique, pour les étrangers qui seraient tentés de se l’assimiler :

si elle est parlée par un aussi grand nombre de gens, cela tient

uniquement à la densité de population des pays mossi et à l’hégémonie

politique exercée depuis des siècles sur une région vaste et bien

peuplée par les _nâba_ de Ouagadougou et du Yatenga. Mais il est facile

de constater qu’elle ne s’est pas étendue d’une manière appréciable en

dehors de l’habitat propre des Mossi ou des tribus que les Mossi se sont

assimilées.

La fréquence des consonnes, qui se suivent souvent à deux ou trois ou

même davantage sans voyelle d’appui bien nette, rend très malaisée la

prononciation de beaucoup de mots et nécessite une oreille

particulièrement exercée pour les entendre et les comprendre ; je me

contenterai de citer, à titre d’exemples, des mots comme _pabrhdba_,

_sikkdba_, et des membres de phrase comme _t f kyi, t b yell t b wa t b

leb, t m gnangh fo_, etc.

La difficulté de donner à une racine le suffixe qui convient selon la

classe et le nombre des noms est également un obstacle, très surmontable

assurément, mais un peu déroutant et de nature à rendre l’étude du mossi

plus malaisée que celle de langues à règles très peu nombreuses et à

exceptions plus rares encore, telles que le songaï et le mandingue.

2o _Mandingue._ — Cette dernière langue se présente sous un aspect bien

différent de celui du mossi : aucun phonème difficile à articuler, rien

que des syllabes à terminaison vocalique, rarement deux consonnes se

suivant sans voyelle intercalée (lorsque le cas se présente, la seconde

consonne est presque toujours une liquide ou une semi-voyelle ou bien la

première est une nasale) ; une morphologie d’une simplicité extrême,

consistant simplement dans l’emploi judicieux d’un nombre limité de

suffixes et de particules — une vingtaine — qui servent à former les

noms composés, les diminutifs, les augmentatifs, les adjectifs, les

participes et substantifs dérivés du verbe, le pluriel dans les noms, le

temps ou le mode et la voix dans les verbes, sans qu’aucune modification

intervienne jamais dans le radical du mot ; enfin une syntaxe se

réduisant à peu près à deux règles : le régime d’un mot se place

toujours avant ce mot, l’adjectif se place toujours après le substantif.

L’exposé complet de la grammaire mandingue peut tenir en une vingtaine

de pages.

Le vocabulaire par contre est d’une richesse généralement insoupçonnée,

tant à cause du nombre relativement considérable des racines qu’en

raison de la quantité de dérivés qui peuvent être obtenus de chacune par

le jeu des suffixes et de deux ou trois mots jouant le rôle de préfixes.

La faculté, très généralisée, d’employer le même radical comme

substantif, comme adjectif et comme verbe vient encore en aide aux

étrangers qui ne possèdent qu’une partie restreinte du vocabulaire.

Tout cela explique suffisamment la force d’extension de cette langue et

fait comprendre comment elle tend à se répandre de plus en plus en

dehors de son domaine propre, jusqu’à devenir presque, dans le Soudan

Occidental, la langue indigène officielle, celle à laquelle on a recours

tout d’abord lorsqu’on se trouve en présence d’un individu dont on

ignore l’origine.

Pour être impartial, je dois dire cependant que le mandingue présente

quelques difficultés. La principale provient du nombre considérable des

homonymes et des paronymes : dans une langue où la majorité des racines

se composent d’une seule consonne suivie d’une seule voyelle, il n’est

pas étonnant que beaucoup de ces racines se ressemblent phonétiquement

ou même soient complètement identiques, et ce phénomène ne contribue pas

peu à rendre obscures certaines propositions qui, grammaticalement, sont

d’ailleurs d’une simplicité limpide. On cite souvent cette phrase _a ko

a bè fani ko ko ko_ « elle dit qu’elle lave le linge de l’autre côté de

la rivière », dans laquelle la syllabe _ko_ représente quatre mots très

différents : dire, laver, rivière, derrière. A vrai dire, lorsque _ko_

signifie « rivière », il se prononce avec un _o_ ouvert, tandis que

l’_o_ est fermé dans _ko_ signifiant « dire » et dans _ko_ signifiant

« derrière » et à la fois fermé et allongé dans _ko_ signifiant

« laver ». Mais combien de sons exactement semblables représentent des

significations très distinctes ! Par exemple _kan_ qui veut dire « être

égal, cou, langage et dessus », _di_ qui veut dire « donner, être

agréable, comment ? et miel », _bon_ qui veut dire « être grand,

répandre et maison », _sama_ qui veut dire « tirer, présenter et

éléphant », _kono_ ou _konon_ qui veut dire « attendre, ventre, oiseau

et perle », etc.

Une autre difficulté consiste dans le nombre relativement considérable

des dialectes et sous-dialectes ; assurément les différences entre les

divers dialectes, à part de rares exceptions, sont surtout d’ordre

phonétique, mais elles sont suffisamment accentuées souvent pour qu’il

soit difficile au non initié de reconnaître le même mot sous ses divers

aspects dialectaux. Ainsi « main » se dira _bourou_ en dioula, _boulou_

en malinké, _bolo_ ou _blo_ en banmana ; « soleil » se dira _téré_ en

dioula, _télé_ en malinké, _tlé_ ou _klé_ en banmana ; « nom » se dira

_torho_ en dioula, _torho_ ou _togo_ en malinké, _tokho_ en khassonkè et

_toua_ en banmana ; « semblable » se dira _nyorhon_ en dioula, _nyorhon_

ou _nyohon_ en malinké et _nyouan_ en banmana ; « un » se dira _kélé_ en

dioula, _kélé_ ou _kélen_ en malinké et en banmana, _khélé_ en

khassonkè ; _koro_ « auprès » deviendra _koto_ en malinké et _sorho_

« viande » deviendra _soubo_ ; « blanc » se dira _gbê_ en dioula, _gouè_

ou _guè_ en malinké, _dyè_ en banmana, etc. Certaines modifications

dialectales portent aussi sur l’emploi ou la valeur de quelques

particules de conjugaison, _ka_ par exemple marquant le passé en dioula

et l’injonctif en banmana, etc.

Mais il convient d’observer qu’avec un peu d’étude et d’expérience, on

arrive très vite à posséder la clef de ces modifications, qui

s’accomplissent en général selon des procédés très réguliers et

constants. D’autre part il est très rare que, parmi les différentes

formes que revêt un mot donné selon les régions, il ne s’en trouve pas

une dont l’emploi se soit généralisé au point qu’elle soit comprise même

dans les pays où on ne l’emploie pas d’habitude ; ainsi, bien que

« nom » se traduise usuellement par _toua_ en banmana, je crois que neuf

Banmana sur dix comprendront sans hésitation celui qui leur dira : _i

torho bè di ?_ « quel est ton nom ? » Même pour les formes

grammaticales, lorsqu’elles diffèrent selon les dialectes, il est rare

que l’une d’elles au moins ne soit pas comprise partout : ainsi les

Banmana emploient _yé_ comme particule du passé, certains Malinké

emploient de préférence _li_ dans le même cas, tandis que d’autres

Malinké et tous les Dioula se servent généralement de _ka_ ; cependant

la phrase _a ka sô san kounou_ sera entendue partout avec le sens de

« il a acheté un cheval hier ». C’est de cette façon que s’est formée

cette « langue blanche », ce _kan gbê_, qui est le mandingue de tout le

monde et que tout le monde comprend sans difficulté, sauf dans les

petits villages éloignés des grandes voies de communication et qui sont

pour ainsi dire isolés du reste du monde mandingue ; ce dialecte en

quelque sorte international a puisé çà et là dans chacun des dialectes

proprement dits, adoptant les formes les plus répandues et les faisant

siennes ; aussi est-ce celui-là qui tend à se généraliser et qui

arrivera un jour à unifier les dialectes régionaux en les remplaçant peu

à peu. Actuellement déjà, le _kan gbê_ règne en maître chez les Dioula

et les Malinké du Haut-Sénégal-Niger, de la Côte d’Ivoire et de la

Guinée Française ; seul, le dialecte banmana, avec ses élisions de

voyelles, ses tendances à l’apocope et son emploi abusif d’un passif

incomplet, garde une physionomie à part et un peu rébarbative.

3o _Peul._ — Le peul a acquis une réputation de langue harmonieuse qui

n’est assurément pas surfaite : on l’a appelé « un langage d’oiseaux,

l’italien d’Afrique, etc. » et ce n’est pas sans raison. L’absence de

tout son rauque, l’extrême abondance des dentales et surtout des

liquides douces, la fréquence des voyelles _i_ et _é_, comme aussi

l’intonation musicale si particulière à cette langue, la rendent

agréable à entendre, même lorsqu’on ne la comprend pas, surtout si elle

est parlée par des femmes.

Quoique sa morphologie et sa syntaxe reposent sur des principes très

simples, le nombre considérable de ses suffixes et la délicatesse des

modifications que chacun apporte à la valeur d’un radical donné font du

peul l’une des langues africaines les plus difficiles à bien posséder et

à manier avec précision. Les mêmes causes d’autre part lui assurent une

indiscutable supériorité sur les idiomes qui se parlent autour de lui :

je ne crois pas qu’il existe une nuance de pensée qui ne puisse être

rendue avec exactitude par la langue peule.

Son vocabulaire est l’un des plus riches que je connaisse. Le nombre des

racines est d’une abondance extraordinaire et, si l’on songe que, de

chaque racine ou presque, on peut tirer de six à dix verbes dérivés, que

chacun de ces verbes dérivés peut s’employer à trois voix différentes

(active, passive et moyenne ou réfléchie), que chaque voix de chaque

verbe peut donner naissance à trois participes au moins de sens

différents et à une quantité presque illimitée de substantifs, tout cela

d’ailleurs par la simple addition à la racine de suffixes dont chacun a

sa valeur propre, on ne sera pas étonné de la faveur en laquelle je

tiens cette langue.

L’une des caractéristiques les plus spéciales du peul réside dans le

phénomène des classes entre lesquelles sont répartis les substantifs.

Elles sont au nombre de onze pour le singulier — ou de dix-sept si l’on

tient compte des sous-classes — et de cinq pour le pluriel. Chaque

classe ou sous-classe possède un pronom spécial pour représenter les

substantifs qu’elle renferme et chacune est caractérisée

morphologiquement par un suffixe identique à ce pronom ou dérivant de

lui. De plus certaines consonnes radicales subissent, dans certaines

classes, une modification ou transformation très spéciale : c’est ainsi

que la racine _rèw_ devient _dèbb_ dans six classes du singulier et dans

trois du pluriel, tandis qu’elle conserve la forme _rèw_ dans les autres

classes. Au point de vue des catégories des êtres ou objets selon les

classes, il y a moins de précision ; certaines classes ont une

catégorisation très nette : ainsi la classe du singulier à pronom _o_ et

la classe du pluriel à pronom _bé_ ne renferment que des noms d’êtres

humains[280], la classe du singulier à pronom _ngèl_ (par _g_ dur) et la

classe du pluriel à pronom _koñ_ (prononcez comme l’impératif français

« cogne ») ne renferment que des noms de diminutifs (diminutifs d’êtres

humains, d’animaux ou d’objets quelconques), la classe du singulier à

pronom _dam_ ne renferme que des noms de liquides ou de corps facilement

liquéfiables, la sous-classe du singulier à pronom _ba_ (_nga_ dans les

dialectes parlés à l’est du bas Niger) ne renferme que des noms

d’animaux se nourrissant de végétaux ; mais, pour chacune des autres

classes et sous-classes, il existe en général un nombre plus ou moins

grand de catégories diverses : la classe du singulier à pronom _ngal_

renferme des augmentatifs, des noms d’instruments, des noms d’oiseaux ;

la classe du singulier à pronom _ngol_ renferme des noms d’objets

allongés, des noms abstraits, etc. Toutefois, même lorsque la

spécialisation des catégories n’est pas absolument nette, elle existe

cependant.

Le fait que chaque classe ou sous-classe possède son pronom spécial et

ses désinences spéciales et que les adjectifs (ou participes qualifiant

des substantifs) prennent une désinence analogue à celle de la classe à

laquelle appartient le substantif qualifié, le traitement que subissent

certaines consonnes radicales selon la classe du mot, donnent à la

langue peule une physionomie très particulière qui n’a pas toujours été

comprise mais qui a été remarquée par tout le monde.

Ces diverses particularités du peul, en même temps qu’elles en font une

langue intéressante, harmonieuse, riche et puissante, en font aussi une

langue dont l’assimilation est malaisée. Aussi est-il fort rare de

l’entendre parler par d’autres indigènes que ceux dont elle est la

langue maternelle et elle n’a aucune chance de devenir une langue

d’échange. Par un phénomène inverse, les Peuls qui se trouvent en petit

nombre au sein d’une population autre que la leur se voient forcés

d’apprendre la langue que l’on parle autour d’eux, et c’est ainsi que

l’on rencontre un nombre considérable de Peuls parlant le soninké, le

mandingue, le songaï, le mossi, le haoussa, etc., tandis qu’il est

excessivement rare de trouver des Mandé, des Songaï, des Mossi, des

Haoussa parlant le peul.

Ceux d’ailleurs qui, à la suite de circonstances spéciales, ont réussi à

apprendre le peul le parlent en général fort mal. Les Rimaïbé, bien

qu’ils ne connaissent souvent pas d’autre langue que le peul, qui est

l’idiome de leurs maîtres, ne le parlent que d’une façon incorrecte. La

même remarque a été faite en ce qui concerne les gens appartenant aux

castes spéciales, et particulièrement les Laobé. Les Peuls proprement

dits eux-mêmes sont loin d’observer toujours toutes les règles de la

langue et en prennent à leur aise notamment dans l’application des

principes relatifs à la distinction des classes et aux modifications des

consonnes radicales. Seuls, parmi tous les gens de langue peule, les

Toucouleurs parlent d’une façon tout à fait correcte.

Ce fait n’est pas l’un des moindres arguments militant en faveur de la

théorie que j’ai soutenue plus haut, théorie d’après laquelle les

ancêtres des Peuls auraient, lors de leur séjour au Fouta-Toro du VIIIe

au XIe siècles, abandonné leur langue d’origine asiatique ou nord-

africaine pour emprunter aux Nègres du Tekrour la langue toucouleure,

que nous appelons aujourd’hui la langue peule[281]. Nous avons vu que

toutes les traditions indigènes s’accordent pour donner le Fouta-Toro

comme point de départ aux diverses migrations qui ont porté les Peuls

vers l’Est jusque dans le bassin du Nil ; or il est facile de constater

que, à mesure qu’on s’éloigne du Fouta-Toro dans la direction de l’Est,

la langue parlée par les Peuls s’écarte de plus en plus des règles

fondamentales qui lui donnent sa physionomie propre, tandis que les

Toucouleurs, même établis à demeure très loin de leur pays d’origine —

par exemple ceux de Ségou, de Bandiagara, de Say — continuent à

appliquer scrupuleusement ces mêmes règles. Tout cela tend bien à

prouver, il me semble, que le peul n’est vraiment la langue nationale

que des seuls Toucouleurs et que sa véritable patrie d’origine doit être

placée dans l’ancien Tekrour, c’est-à-dire dans le Fouta Sénégalais.

Un autre phénomène encore vient à l’appui de mon hypothèse. Un examen,

même superficiel, de la langue sérère montre qu’un nombre considérable

de radicaux de cette langue, et notamment ceux qui expriment les idées

les plus communes, comme « laisser, accepter, acheter, vendre, allumer,

apporter, avoir, battre, être beau, être blanc, être noir, être brave,

cuire, dormir, boire, manger, demander, envoyer, marcher, pouvoir, rire,

tomber, tuer, voler, etc. », sont identiques ou analogues aux radicaux

peuls correspondants, tandis que l’allure générale de la langue sérère

est très différente de l’allure générale de la langue peule et se

rapproche plutôt de la physionomie du ouolof. D’autre part on rencontre

dans le sérère et — quoique sur une échelle beaucoup plus restreinte —

dans le ouolof, des phénomènes de modifications de consonnes radicales

et des éléments de dérivation qui rappellent singulièrement les

phénomènes et éléments correspondants du peul. Et pourtant le sérère par

sa morphologie générale, le ouolof surtout par son vocabulaire et sa

grammaire, s’éloignent assez considérablement du peul. On sait que les

Sérères n’ont pas toujours habité leur pays actuel, qu’ils étaient

autrefois établis plus à l’Est et au Nord et qu’ils ont, durant des

siècles, voisiné avec les habitants du Tekrour et fait partie de leur

empire ; on sait aussi que les Ouolofs ont été tour à tour sujets et

suzerains du même empire : il n’est donc pas étonnant que des emprunts

aient été faits par les Sérères et les Ouolofs à la langue du Tekrour et

que la trace de ces emprunts soit encore visible aujourd’hui. On

pourrait même prétendre, quoique ce soit plus téméraire, que ce serait

le sérère qui aurait influencé la langue du Tekrour, ou encore, ce qui

serait peut-être plus près de la vérité, qu’une langue du bas Sénégal,

aujourd’hui disparue, a contribué à la formation de la langue

toucouleure, de la langue sérère, et, pour une part moindre, de la

langue ouolove. Quoi qu’il en soit, comme les analogies constatées entre

le peul d’une part et d’autre part le sérère et — à un bien moindre

degré — le ouolof sont tout aussi visibles dans le dialecte des Peuls du

Baguirmi que dans celui des Toucouleurs du Fouta-Toro, il faut bien

admettre que les Peuls du Baguirmi et d’ailleurs ont pris leur langue

dans le bas Sénégal, étant donné que l’influence des Sérères ne s’est

jamais, que je sache, portée jusqu’au lac Tchad. C’est donc là un

premier point qui me paraît définitivement acquis : la langue actuelle

des Peuls était parlée au Tekrour avant l’époque des premières

migrations peules vers le Sud et vers l’Est.

DELAFOSSE Planche XIV

[Illustration : _Cliché Fortier_

FIG. 27. — Pêcheurs du Niger.]

[Illustration : _Cliché Fortier_

FIG. 28. — Une flottille de pêche sur le Niger.]

Mais, pourrait-on dire, cela n’empêcherait pas que les Peuls eussent

apporté leur langue actuelle de l’Asie ou du Nord-Est de l’Afrique : ils

l’auraient introduite avec eux au Tekrour, où elle aurait passé au

sérère une partie de ses radicaux et serait devenue la langue des

Toucouleurs, et ensuite ils l’auraient transportée dans tout le Soudan

occidental et central.

Assurément une telle hypothèse n’est pas absurde matériellement et elle

demeurera même historiquement soutenable tant que nous ne posséderons

aucun document nous permettant de savoir quelle langue était parlée au

Tekrour avant l’arrivée des Peuls dans ce pays : or il est vraisemblable

que nous ne disposerons jamais d’un document de cette nature.

Nous avons bien le nom des « gorilles » : lorsque le navigateur

carthaginois Hannon arriva aux côtes de Guinée, il aperçut des sauvages

velus qui ne lui paraissaient pas avoir figure humaine et que ses

interprètes lui désignèrent d’un nom qui, passé dans notre langue à

travers la traduction grecque du texte punique, est devenu « gorille ».

Comme il est vraisemblable, d’après le récit de Hannon, que ses

interprètes avaient été embarqués à l’embouchure du Sénégal, on pourrait

rapprocher le mot « gorille » de l’expression ouolove _gôr yi_ « ce sont

des hommes », ce qui permettrait de supposer que, dès le VIe siècle

avant J.-C., on parlait déjà ouolof à l’embouchure du Sénégal et que le

nom servant à désigner les hommes en ouolof appartenait déjà à une

racine qui, précisément, sert aussi à les désigner en peul (_gôr-ko_,

racine _gôr_ ou _wôr_ selon les cas). Mais je ne veux assurément pas

faire état d’un argument basé sur un mot unique, transmis par

l’intermédiaire d’un texte punique que nous ne possédons pas.

L’argument tiré du fait que le peul est parlé plus correctement par les

Toucouleurs que par les Peuls me semble avoir une bien autre valeur. Il

en existe d’autres encore à l’appui de ma thèse. Les Peuls ou Proto-

Peuls n’ont pas séjourné qu’au Fouta : avant d’y arriver ils ont bien

été forcés de passer quelque part et ils ne se sont pas transportés des

bords de la Méditerranée aux rives du Sénégal comme un bolide. Si l’on

fait quelque crédit aux traditions indigènes, il faut admettre qu’ils

ont habité la région de Oualata pendant au moins cinq siècles, c’est-à-

dire plus longtemps que n’a duré leur séjour au Tekrour ; lorsque le

gros de leur peuple s’est porté au Fouta, un certain nombre d’entre eux

sont demeurés dans le Hodh, sont allés fonder Tichit et ont donné

naissance aux Guirganké ; d’autres peut-être sont devenus les Nimadi. Il

serait très intéressant de savoir si ces derniers, sur lesquels on n’a

que de très vagues renseignements, ne possèdent pas un idiome spécial et

quel est cet idiome. Mais en tout cas ni à Oualata, ni a Tichit ni chez

les Guirganké on ne trouve trace d’une langue ressemblant au peul ; si

la langue des Proto-Peuls de Ghana avait été le peul actuel ou quelque

chose y ressemblant, il serait bien étonnant que cette langue n’ait pas

laissé de traces dans le Hodh alors qu’elle aurait eu assez de force

pour s’imposer à toute la population du Fouta, pour influencer si

fortement le sérère et pour se perpétuer durant plus de mille ans à

travers tout le Soudan. En d’autres termes, comment expliquer que cette

langue ne se retrouve nulle part au-delà du Fouta, lorsqu’on suit en

sens inverse l’itinéraire le plus probable de l’immigration proto-peule,

à moins d’admettre qu’elle est née au Fouta même et que les Proto-Peuls

l’y ont trouvée lorsqu’ils y sont arrivés pour la première fois ?

Si nous quittons le domaine de l’histoire pour aborder celui de la

linguistique pure, la chose paraîtra plus certaine encore : la langue

peule, par son type purement agglutinatif, par ses classes de noms, par

ses suffixes de conjugaison, par sa phonétique, par la nature même de

ses radicaux et par la forme de ses racines, présente tous les

caractères fondamentaux des langues nègres ; elle constitue dans

l’Afrique Noire une famille à part, c’est vrai, mais cette famille est à

grouper avec les autres familles soudanaises et avec la famille bantoue,

dont elle se rapproche à certains égards, tandis que les différences qui

séparent le peul des langues sémitiques et hamitiques sont telles que je

ne puis arriver à concevoir comment on a pu, même un instant, songer à

le rattacher à la famille sémitique ou à la famille hamitique.

Un linguiste anglais très autorisé en matière d’idiomes africains, M.

Migeod, a opposé une seule objection à ma théorie : « Comment admettre,

m’a-t-il dit, qu’un peuple de race blanche et de mentalité supérieure

aurait pu abandonner sa langue pour adopter une langue nègre ? » Cette

objection n’est pas de nature à m’effrayer. Tout d’abord il n’est pas

démontré que la mentalité des Judéo-Syriens et leur civilisation, au

moment de leur arrivée au Fouta, fût notablement supérieure à celle des

Noirs du Tekrour ; ensuite il est fort probable, comme je l’ai laissé

entrevoir, que la langue qu’ils parlaient alors n’était pas _leur_

langue propre, mais bien une langue d’emprunt récoltée en Egypte ou en

Cyrénaïque, peut-être un égyptien bâtard, peut-être tout simplement le

berbère : depuis leur départ de Syrie ils avaient sans doute changé de

langue plus d’une fois et ils ne devaient pas tenir outre mesure à celle

qu’ils parlaient au moment de leur venue sur les rives du Sénégal et qui

ne cadrait pas plus avec leur génie national que la langue des

Toucouleurs. Enfin, le fait d’un groupement de race blanche adoptant une

langue nègre ne me paraît pas autrement surprenant : les raisons tirées

de l’orgueil de race n’ont rien à voir avec le développement des

langues ; les Touareg Kel-Oui ont à peu près abandonné le tamacheq pour

ne plus parler que le haoussa et cependant ce sont leurs serfs, les

Bougadié, qui le leur ont appris ; les descendants des conquérants

marocains de Tombouctou ne parlent pas d’autre langue que celle des

Nègres Songaï, que leurs ancêtres avaient asservis et regardaient comme

une race d’esclaves.

4o _Songaï._ — Je place la langue songaï après la langue peule en raison

de sa légère infériorité au point de vue du nombre de ses

ressortissants, mais il serait plus logique, dans cette esquisse des

caractères généraux des principales langues du Soudan Français, de la

placer à côté du mandingue. Elle en a la simplicité et la force

d’expansion, en raison précisément de cette simplicité.

Je dirai même que le songaï est plus facile encore à parler que le

mandingue : sa prononciation est plus aisée encore, car il n’a ni le rh

guttural ni les voyelles nasales un peu spéciales du mandingue ; sa

morphologie, très analogue à celle de cette dernière langue quant aux

principes appliqués, est plus rudimentaire encore ; quant à sa syntaxe,

elle est presque inexistante. Si la grammaire mandingue peut tenir en

vingt pages, dix pages suffiraient largement à la grammaire songaï : la

partie grammaticale du manuel Hacquard et Dupuis, qui est, je crois,

complète, renferme quarante pages, dont plus des trois quarts sont

remplis par des exemples. D’autre part les homonymes ne sont qu’en

nombre restreint et leur présence n’offre pas la difficulté réelle

qu’elle entraîne en mandingue. Les variations dialectales paraissent

insignifiantes, si l’on en excepte la différence de prononciation du _d

mouillé_ ou yodisé qui distingue le parler de Tombouctou et de Dienné de

celui du Djerma ; dans ce dernier pays on le prononce _z_, on dirait par

exemple _zenné_ au lieu de Dienné.

Si le songaï est une langue facile, il est par ailleurs une langue

pauvre : son vocabulaire est beaucoup plus restreint que celui du

mandingue et le nombre des dérivés que l’on peut former d’un radical

donné n’est pas considérable. Aussi a-t-il fait de copieux emprunts aux

langues étrangères, à l’arabe, au tamacheq, et surtout au peul et au

mandingue. Ces emprunts d’ailleurs ne comportent que des mots, que le

songaï a adoptés tels quels, sans se préoccuper de leur formation. Tout

naturellement, les mots étrangers ne sont souvent que d’un emploi

local : beaucoup d’expressions arabes, couramment usitées à Tombouctou,

sont à peu près inconnues à Say ; de nombreux mots mandingues ont cours

à Dienné qui ne sont pas compris à Gao ; mais beaucoup aussi ont acquis

définitivement et partout droit de cité et font partie aujourd’hui du

vocabulaire songaï, dont ils constituent presque le quart.

[Note 280 : De là les appellations de « genre hominin » et de « genre

commun » (commun aux deux sexes) données respectivement à l’ensemble de

ces deux classes par le général Faidherbe et par de Guiraudon. Ces mêmes

auteurs rangeaient tous les autres mots dans une seule classe que le

premier appelait « genre brute » et le second « genre neutre ». Une

telle division est tout à fait défectueuse, car il n’existe aucune

raison de réunir ensemble des classes dont chacune est aussi distincte

des autres que toutes ensemble sont distinctes de la classe à pronom

_o_. Faidherbe et de Guiraudon prétendaient aussi que les modifications

de consonnes radicales se faisaient en sens inverse selon que le mot

appartenait au genre hominin ou commun ou au genre brute ou neutre ;

cette affirmation n’est pas exacte et beaucoup de noms ne désignant pas

des êtres humains subissent, au moins au singulier, les mêmes

modifications que les noms d’être humains : il y a là une question de

classes multiples et non pas une question de double genre humain et non-

humain.]

[Note 281 : Les indigènes de langue peule font une distinction entre le

parler des Toucouleurs et celui des Peuls proprement dits : les premiers

appellent leur langue _poular_, tandis que les seconds donnent à la même

langue, telle qu’ils la parlent eux-mêmes, le nom de _foulfouldé_.]

CHAPITRE IV

=Bibliographie linguistique.=

Je n’ai pas l’intention d’établir ici une liste complète des

publications relatives aux langues soudanaises : une telle

bibliographie, bien peu fournie en ce qui concerne certains idiomes,

serait au contraire fort étendue pour ce qui regarde le mandingue, le

peul et surtout le haoussa. Mais parmi tout ce qui a été publié sur ces

langues et sur d’autres, beaucoup d’ouvrages ou de mémoires ne

présentent plus guère d’intérêt aujourd’hui que pour les collectionneurs

et les érudits.

Je voudrais donner seulement l’indication des ouvrages les plus récents

et de ceux qui offrent le plus de garanties et de facilités pour l’étude

des langues parlées dans le Haut-Sénégal-Niger. Je crois en effet ce

renseignement fort utile, si j’en juge par le grand nombre de personnes

qui se sont adressées à moi pour savoir où elles pourraient étudier

telle ou telle langue de la colonie.

_Etudes générales de linguistique soudanaise._

F. W. H. MIGEOD. — _The languages of West-Africa_, vol. I. — London

(Kegan-Paul), 1911, in-8, 374 pages.

M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs de plus de 60 langues ou

dialectes_ parlés à la Côte d’Ivoire et dans les régions limitrophes.

— Paris (Leroux), 1904, gr. in-8, 284 pages.

_Arabe._

O. HOUDAS. — _Précis de grammaire arabe_ (langue écrite et langue

parlée). — Paris (André), 1897, in-8, 264 pages.

R. BASSET. — _Notes sur le hassânia._ — Paris, 1910, in-8 (fasc. 2 du

tome XXXIX des Publications de la Faculté des Lettres d’Alger).

A. de BIBERSTEIN-KASIMIRSKI. — _Dictionnaire arabe-français._ — Paris,

1860, 2 vol. gr. in-8.

E. GASSELIN. — _Dictionnaire français-arabe_ (arabe vulgaire et arabe

grammatical). — Paris (Leroux), 1880-86, 2 vol. gr. in-4, 974 et 860

pages.

Père J. B. BELOT. — _Vocabulaire arabe-français à l’usage des

étudiants._ — Beyrouth, 1898, in-8, 1000 pages (nombreuses éditions).

Remarque. — Ces trois dictionnaires s’adressent surtout à ceux qui

voudraient étudier l’arabe écrit ; le troisième, assurément moins

complet, mais plus portatif et d’un prix plus abordable, peut suffire

dans la plupart des cas.

_Zenaga._

Général FAIDHERBE. — _Le Zenaga des tribus sénégalaises._ — Paris

(Leroux), 1877, in-8, 96 pages.

R. BASSET. — _Etude sur le dialecte zenaga._ — Paris, 1910, in-8

(fasc. 1 du tome XXXIX des Publications de la Faculté des Lettres

d’Alger).

_Tamacheq._

Général HANOTEAU. — _Essai de grammaire de la langue tamachek_, 2e

édit. — Alger (Jourdan), 1896, in-8, 300 pages.

H. BARTH. — _Travels and discoveries in Northern and Central Africa._

— London, 1858, 5 vol. in-8 (renferme un vocabulaire et une grammaire

du dialecte des Oulmidden).

CID KAOUI. — _Dictionnaire pratique tamâheq-français._ — Alger

(Jourdan), 1900, gr. in-4, 444 pages.

A. de MOTYLINSKI. — _Grammaire et dictionnaire français-touareg._ —

Alger (Jourdan), 1908, in-8, 330 pages.

_Haoussa._

M. DELAFOSSE. — _Manuel de langue haoussa._ — Paris (Maisonneuve),

1901, in-18, 136 pages.

M. LANDEROIN et J. TILHO. — _Grammaire et contes haoussas._ — Paris

(E. Larose), 1909, in-18, 292 pages.

Les mêmes. — _Dictionnaire haoussa comprenant haoussa-français et

français-haoussa._ — Paris (E. Larose), 1910, in-18, 172 et 164 pages.

_Ouolof._

Mgr A. KOBÈS. — _Grammaire de la langue wolofe._ — Saint-Joseph de

Ngazobil, 1869, in-8.

J. B. RAMBAUD. — _La langue wolof._ — Paris (Leroux), 1903, pet. in-8,

106 pages.

Mgr A. KOBÈS. — _Dictionnaire français-wolof._ — Dakar, 1855, in-8.

Le même. — _Dictionnaire wolof-français_, nouv. édit. — Saint-Joseph

de Ngazobil, 1875, in-8.

P. H. GREFFIER. — _Guide de la conversation français-volof._ — Saint-

Joseph de Ngazobil, 1907, in-32.

_Peul._

Dr TAUTAIN. — _Contribution à l’étude de la langue foule_ (Revue de

linguistique et de philologie comparées, Paris, 1889-90, 82 pages).

T. G. de GUIRAUDON. — _Manuel de la langue foule._ Paris (Welter),

1894, in-18, 144 pages.

H. GADEN. — _Note sur le dialecte foul parlé par les Foulbé du

Baguirmi_ (Journal asiatique, Paris, janv.-févr. 1908, 70 pages).

D. WESTERMANN. — _Handbuch der Ful-Sprache._ — Berlin, 1909, in-8, 274

pages.

_Songaï._

A. HACQUARD et A. DUPUIS. — _Manuel de la langue songay._ — Paris

(Maisonneuve), 1897, in-18, 254 pages.

A. DUPUIS-YAKOUBA. — _Les Gow, chasseurs du Niger_ (texte songaï et

traduction française). — Paris (Leroux), 1911, in-8, 300 pages

environ.

_Langues mandé : étude générale._

H. STEINTHAL. — _Die Mande-Neger-Sprachen._ — Berlin, 1867, in-8, 344

pages.

M. DELAFOSSE. — _Essai de manuel pratique de la langue mandé_ (IVe

partie). — Paris (Leroux), 1901, gr. in-8, 304 pages.

_Bozo._

M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs_ (le chap. IV renferme un

court vocabulaire bozo et quelques notes de grammaire). — Rien autre

n’a été publié à ma connaissance sur la langue bozo.

_Soninké_ (aucune étude complète de la langue soninké n’a paru jusqu’à

présent).

Général FAIDHERBE. — _Langues sénégalaises._ — Paris (Leroux), 1887,

in-18, 266 pages (renferme une courte notice grammaticale et un

vocabulaire).

Dr TAUTAIN. — _Note sur les trois langues soninké, banmana et

mallinké_ (Revue de linguistique et de philologie comparées, Paris,

1887).

G. BASTARD. — _Essai de lexique pour les idiomes soudanais_ (Revue

Coloniale, Paris, mai 1900. — Renferme un vocabulaire soninké).

M. DELAFOSSE. — _Essai de manuel pratique de la langue mandé_ (IVe

partie, chap. VIII).

Le même. — _Vocabulaires comparatifs_ (chap. IV).

_Kâgoro_ : néant.

_Mandingue (dialecte banmana)._

F. S. (Père Sauvant). — _Manuel de la langue bambara._ — Maison-

Carrée, 1905, in-8, 154 pages.

Mgr H. BAZIN. — _Dictionnaire bambara-français._ — Paris, 1906, gr.

in-8, 694 pages.

MOUSSA TRAVÉLÉ. — _Petit manuel français-bambara._ — Paris (Geuthner),

1910, in-8, 68 pages.

_Mandingue (dialecte khassonkè)._

G. BASTARD. — _Essai de lexique_ (renferme un vocabulaire khassonkè).

M. DELAFOSSE. — _Essai de manuel pratique de la langue mandé_ (IVe

partie, chap. V).

_Mandingue (dialecte malinké)._

J. B. RAMBAUD. — _La langue mandé._ — Paris (Bouillon), 1896, in-8,

132 pages.

Père ABIVEN. — _Grammaire malinké._ — Paris, 1900, in-8.

Le même. — _Dictionnaire malinké-français._ — Paris, 1900, in-8.

Le même. — _Dictionnaire français-malinké._ — Paris, 1900, in-8.

Missionnaires du Saint-Esprit. — _Dictionnaire français-malinké et

malinké-français._ — Conakry, 1906, in-18, 176 pages.

_Mandingue (dialecte dioula)._

M. DELAFOSSE. — _Essai de manuel pratique de la langue mandé_ (les

trois premières parties concernent spécialement le dialecte dioula).

_Soussou_ (diallonké).

J. H. DUPONT. — _Outline of a grammar of the Susu language._ — London,

1882, in-12.

J. B. RAIMBAULT. — _Dictionnaire français-soso et soso-français._ —

Rio-Pongo, 1885, in-18, 164 pages.

_Samorho_ : néant.

_Sia._

M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs_ (le chap. IV renferme un

court vocabulaire sia et des notes grammaticales). — Rien autre n’a

été publié à ma connaissance sur la langue sia.

_Sénoufo._

M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs_ (chap. V : dialectes des

Minianka, des Folo et de plusieurs tribus de la Côte d’Ivoire). — Rien

autre n’a été publié à ma connaissance sur la langue sénoufo.

_Langues voltaïques : étude générale._

M. DELAFOSSE. — _Les langues voltaïques_ (Boucle du Niger). (Mémoires

de la Société de Linguistique de Paris, tome XVI, fasc. 6, Paris,

1911).

_Tombo, Dogom et Déforo_ : néant.

_Mossi._

F. FROGER. — _Etude de la langue des Mossi_, suivie d’un vocabulaire

et de textes. — Paris (Leroux), 1910, gr. in-8, 260 pages.

_Gourmantché._

F. DUBOIS. — _Vocabulaire gourma_ (Bulletin du Comité de l’Afrique

Française, Paris, juillet 1898). — Rien autre.

_Nankana_ : néant.

_Dagari et Birifo._

M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs_ (chap. VII). — Rien autre.

_Nounouma._

M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs_ (chap. VII, gouressi). —

Rien autre.

_Sissala._

F. W. H. MIGEOD. — _The languages of West-Africa_ (numération page 144

et quelques phrases page 284 en _isala_ et _ajolo_).

_Boussansé_ : néant.

_Lobi, Dian, Pougouli et Gan._

M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs_ (chap. VII). — Rien autre.

_Bobo._

M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs_ (chap. VII, vocabulaires

des dialectes kian et tara et notes grammaticales). — Rien autre.

_Koulango._

M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs_ (chap. VII). — Rien autre.

_Bariba._

S. W. KOELLE. — _Polyglotta africana._ — London, 1854, gr. in-fol.

(renferme un vocabulaire _barba_). — Rien autre.

_Soumba_ : néant.

* * * * *

TABLE DES MATIÈRES

CONTENUES DANS LE PREMIER VOLUME

* * * * *

Pages

Préface par M. le gouverneur Clozel 1

Documents annexes 13

Avant-propos 31

PREMIÈRE PARTIE : LE PAYS 35

_Chapitre premier : limites_ 37

_Chapitre II : hydrographie_ 45

Hydrographie rétrospective 45

Bassin de la Comoé 63

Bassin du Sénégal 64

Bassin de la Volta 66

Bassin du Niger 68

_Chapitre III : orographie_ 75

_Chapitre IV : régions naturelles_ 79

_Chapitre V : climatologie_ 90

_Chapitre VI : répartition de la population_ 96

_Chapitre VII : géographie administrative_ 103

DEUXIÈME PARTIE : LES PEUPLES 107

_Chapitre premier : classification et répartition géographique 109

actuelle des divers groupements ethniques_

Nomenclature des familles, groupes et peuples 113

Différentes appellations données aux peuples 116

Composition de chaque peuple 131

Répartition numérique des peuples 142

Population de chacune des circonscriptions administratives 157

_Chapitre II : origine et formation des groupements ethniques 175

actuels_

Généralités 175

Maures de l’Azaouad 180

Maures du Hodh 183

Touareg 191

Peuls 198

Toucouleurs 235

Songaï 238

Mandé du Nord 252

Mandé du Centre 282

Mandé du Sud 296

Sénoufo 300

Peuples voltaïques 302

Tableau chronologique 319

_Chapitre III : ethnographie descriptive_ 327

Caractères physiques 327

Habitation, vêtement, parure et armement 333

Mentalité et genre de vie 341

TROISIÈME PARTIE : LES LANGUES 353

_Chapitre premier : classification et répartition des langues du 357

Haut-Sénégal-Niger_

Nomenclature et classification 357

Répartition géographique, ethnique et numérique 364

Langues écrites et langues parlées 374

_Chapitre II : linguistique comparée_ 387

Composition et formation des mots 387

Morphologie et syntaxe 390

Phonétique 404

_Chapitre III : Caractères généraux de chacune des quatre 408

langues principales_

Mossi 408

Mandingue 409

Peul 412

Songaï 419

_Chapitre IV : bibliographie linguistique_ 421

* * * * *

LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET Cie.

Note du transcripteur :

Les changements dans l’ERRATA ont été aportés.

Page 12, " intestines et de bararie " a été remplacé par " barbarie "

Page 15, " Colonisatien, main-d’œuvre, crédit " a été remplacé par

" Colonisation "

Page 53, " que peu de renseigements " a été remplacé par

" renseignements "

Page 58, " et n n pas des Berbères " a été remplacé par " et non pas "

Page 130, note 62, " du la Boucle de Niger " a été remplacé par

" de la Boucle du Niger "

Page 137, " au m ins à l’heure actuelle " a été remplacé par

" au moins "

Page 138, " cercles de Bolo-Dioulasso " a été remplacé par

" Bobo-Dioulasso "

Page 148, " du Niger de Bourem a Niamey " a été remplacé par

" Bourem à Niamey "

Page 162, " les Tombo dans l’ést " a été remplacé par " l’Est "

Page 165, " Dioula, 1.474 Bannama " a été remplacé par " Banmana "

Page 179, " du cercle de Satagoudou " a été remplacé par

" Satadougou "

Page 185, note 108, " mieux imformé que Yakout " a été remplacé par

" informé "

Page 239, " Soninké de Banamba est le bannama " a été remplacé par

" banmana "

Page 245, " les meillleurs soldats de l’armée " a été remplacé par

" meilleurs "

Page 247, " se mettre sous la protetcion " a été remplacé par

" protection "

Page 264, " pris fin et leur dipersion " a été remplacé par

" dispersion "

Page 276, " desquels elles se contituèrent " a été remplacé par

" constituèrent "

Page 284, " trouver a l’étroit dans " a été remplacé par " à "

Page 289, " vraisembleblement des Kâgoro " a été remplacé par

" vraisemblablement "

Page 321, " maisons à terasse à Gao " a été remplacé par " terrasse "

Page 338, " sont en général reconnaisables " a été remplacé par

" reconnaissables "

Page 346, " devaient nécesrairement passer toutes " a été remplacé

par " nécessairement "

Page 412, " abusif d’un passif imcomplet " a été remplacé par

" incomplet "

Page 415, " dans l’applica-cation des principes " a été remplacé par

" l’application "

De plus, quelques changements mineurs de ponctuation et d’orthographe

ont été apportés.

Haut-Sénégal-Niger (Soudan français), Tome 1 (de 3): le pays, les peuples, les langues · 第 14 / 14 章