Étant dans une grande ville de province, logé chez un ami, il me dit que
depuis la mort du propriétaire, personne ne pouvait habiter la maison,
parce que toutes les nuits on faisait un sabat épouvantable. Nous
entendrons ce sabat, dis-je, et nous dénicherons peut-être le revenant.
Il n'est pas difficile à dénicher, répondit-il, puisque tous les soirs
nous voyons son ombre. Ah! ah! tant mieux.
Me voilà donc aux aguets dès la brune: j'avais pris la précaution de
m'armer. Vers les onze heures, comme nous étions à souper, il entre un
grand fantôme couvert d'un linceul, chacun tremble; moi seul je me mets
à rire. Le spectre me fait signe de le suivre, je lui réponds: _Allons
marche_.
Nous descendons; il m'emmène dans la cave, là il me montre une pioche
et me dit: fouille. Je me mets en devoir d'obéir, à peine avois-je
donné cinquante coups de bêche, que je trouve une marmite de fer bien
hermétiquement fermée. Prends cette marmitte, me dit le fantôme, et vois
ce qu'elle contient. Quelle fut ma surprise en la voyant pleine d'or.
Elle contient mille louis, reprend mon interlocuteur, porte les à mon
fils et dis lui bien qu'il ne m'imite pas; dévoré du démon de l'avarice,
ma seule passion a été d'entasser or sur or; maintenant j'en porte la
peine, je suis condamné à cent ans de souffrances. Dis de plus à mon
fils qu'il me fasse dire cinquante messes par an, cela abrégera ma
pénitence. Adieu, en finissant cela, il disparut. Je remis fidèlement
à son fils le dépôt que j'avais trouvé, et depuis ce tems, la paix fut
rétablie dans la maison de mon ami.