On lit l'anecdote qui suit dans le _Segraisiana_: «M. Patris avait
suivi M. Gaston en Flandre; il logea dans le château d'Egmont. L'heure
du dîner étant venue, et étant sorti de sa chambre pour se rendre au
lieu où il mangeait, il s'arrêta en passant à la porte d'un officier
de ses amis, pour le prendre avec lui. Il heurta assez fort. Voyant que
l'officier ne venait pas, il frappa une seconde fois, en l'appelant par
son nom. L'officier ne répondit point. Patris ne doutant pas qu'il ne
fut dans sa chambre, parce que la clef était à la porte, ouvrit, et vit
en entrant son ami assis devant une table et comme hors de lui-même».
Il s'approcha de fort près et lui demanda ce qu'il avait? L'officier
revenant à lui, dit à son ami: «Vous ne seriez pas moins surpris que je
le suis, si vous aviez vu comme moi ce livre changer de place, et les
feuillets se tourner d'eux-mêmes». C'était le livre de Cardan sur la
subtilité.--«Bon! dit Patris, vous vous moquez; vous aviez l'imagination
remplie de ce que vous venez de lire, vous vous êtes levé de votre
place, vous avez mis vous-même le livre à l'endroit où il est, vous êtes
revenu ensuite à votre fauteuil, et ne trouvant plus votre livre auprès
de vous, vous avez cru qu'il était allé là tout seul. Ce que je vous dis
est très-vrai, reprit l'officier, et pour marque que ce n'est pas une
vision, c'est que la porte que voilà s'est ouverte et refermée, et c'est
par-là que l'esprit s'est retiré[1].....» Patris alla ouvrir cette porte
qui donnait sur une galerie assez longue, au bout de laquelle il y avait
une grande chaise de bois, si pesante que deux hommes pouvaient à peine
la porter. Il remarqua que cette chaise s'agitait, quittait sa place
et venait vers lui comme soutenue en l'air. Patris un peu étonné,
s'écria:--«Monsieur le diable, les intérêts de Dieu à part, je suis bien
votre serviteur, mais je vous prie de ne pas me faire peur davantage».
Et la chaise retourna à la même place d'où elle était venue.--Cette
aventure fit une forte impression sur Patris, et ne contribua pas peu à
le faire devenir dévôt.
[Note 1: Cet esprit était donc matériel.]