NOTES _Relatives à différens Chapitres de cet Ouvrage._

[1] _Page 17._ C'est sans doute par ce moyen que l'Aveugle du

Puiseaux, dont parle M. Diderot dans sa lettre sur les Aveugles,

page 8, apprenoit à lire à son fils.

[2] _Ibidem._ Nous avons vu quelques mots ainsi piqués sur des Cartes

entre les mains de Mlle Paradis. Cette virtuose est âgée de 20 ans;

elle est née à Vienne en Autriche, lieu de sa résidence ordinaire.

Une sorte d'Apoplexie l'a privée subitement de la vue à l'âge de

deux ans. Elle s'est appliquée principalement à la Musique & a fait

en 1784, à Paris, les délices du Concert Spirituel.

[3] _Page 25._ M. Weissembourg, fils, demeurant à Manheim, devenu

Aveugle à l'âge de sept à huit ans, célèbre par les connoissances

qu'il a acquises, a conservé la faculté d'écrire; mais cet avantage

qui n'est qu'un objet de curiosité, en deviendra un d'utilité

réelle, si, comme nous l'espérons, il adopte nos procédés.

[4] _Page 32._ On a déjà des exemples de ces abréviations à la portée

de tous les lecteurs, dans les Traités de Philosophie, dans les

Dictionnaires, les Méthodes & autres Livres Elémentaires

d'Education.

[5] _Page 40._ D'après la proposition faite par nous dans les

Affiches, Annonces & Avis divers, le trois Décembre 1786, Page 3204,

au premier Article des Demandes, nous avons fait commencer le cinq

du même mois à enseigner à lire par un de nos Aveugles à un enfant

clairvoyant. Pendant les leçons, le Maître avoit un livre en relief

blanc sous les doigts, tandis que l'Elève avoit devant les yeux la

même édition en noir.

Cet enfant a donné pour la première fois des preuves de son

avancement, aux exercices faits par les Enfans-Aveugles à

Versailles, pendant les Fêtes de Noël de la même année.

[6] _Page 40._ Cet Aveugle, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus, note

1, donnoit des leçons de lecture à son fils.

[7] _Page 45._ On sait combien il est facile d'abuser de l'Imprimerie

à tous égards: & malgré la droiture de nos intentions, malgré la

tolérance que l'on a daigné avoir pour notre Typographie naissante,

dont les productions portent un caractère d'originalité

reconnoissable, nous nous sommes fait une loi de n'en rien laisser

sortir qui n'ait l'attache de M. CLOUSIER, imprimeur du ROI, & qui

ne se soit fait sous ses yeux, ou sous ceux de quelque personne

commise par lui.

[8] _Page 47._ En attendant qu'on ait formé chez les autres Nations

des établissemens semblables au nôtre, nous nous ferons un plaisir

de faire imprimer en relief & en langues étrangères, par nos

Aveugles, les livres destinés à l'usage des étrangers privés de la

vue.

[9] _Page 54._ Cette presse est de l'invention du Sr. Beaucher, Me.

Serrurier-Machiniste. Elle a rempli nos vues avec succès, quant à la

facilité d'être servie sans efforts par un enfant Aveugle, & de

recevoir le Méchanisme que nous avions à y adapter. Nous croyons

cependant qu'une pression perpendiculaire, donnée au même instant à

toute la feuille, laisseroit à son foulage plus de solidité; nous

espérons trouver cette perfection dans une presse d'un autre genre

que le Sr. Beaucher nous a annoncée.

[10] _Page 56._ Quoiqu'aux pages 30 & 56 de cet ouvrage, nous n'ayons

cité les noms que de quelques-uns de Mrs. les Imprimeurs dont nous

avons entendu faire l'éloge, nous ne pouvons nous dispenser d'avouer

que d'après notre propre façon de penser, il en est beaucoup

d'autres qui nous paroissent exercer leur état avec distinction.

Nous appercevons même parmi ceux qui composent le corps de cette

capitale, une émulation générale. Et forcés par la nature de notre

Institution de faire nous-mêmes, une espece d'apprentissage de cet

Art, nous citerions avec plaisir un nombre considérable de

productions très-connues de différentes presses, qui ne laissent

rien à desirer, tant par la netteté des caractères que par le choix

du papier, & qui nous ont servi de modèles dans l'étude que nous

avons eu à faire de la Typographie. D'ailleurs, loin de nous ériger

en juges vis-à-vis des personnes qui cultivent, soit par état soit

par goût, les Sciences ou les Arts, nous louons jusqu'aux efforts

qui n'ont point été couronnés de succès.

[11] _Page 61._ Cette production étoit faite à l'aide d'une petite

Presse que lui a formée Mr. de Kempellen, Auteur de

l'Automate-joueur d'Echecs.

[12] _Page 64._ S'il est une opération chez les Aveugles, qui demande

à être dirigée par les Clairvoyans, c'est l'Imprimerie à l'usage de

ces derniers, nous l'avouons. On nous a même souvent réitéré cette

objection sur diverses autres parties de notre institution. Mais les

Clairvoyans eux-mêmes qui travaillent à la presse, n'ont-ils pas

toujours parmi eux un guide, (le Prote), aux lumières duquel ils

sont obligés de déférer? & dans d'autres états de la vie ne voit-on

pas des personnages plus instruits, diriger ceux qui le sont moins,

en attendant que ceux-ci soient en état de conduire à leur tour des

sujets moins expérimentés qu'eux. C'est ainsi qu'un jour de

bataille, le Général d'une armée donne des ordres, dont les

Officiers subalternes ignorent le but. C'est ainsi que le Pilote

conduit au terme de leur voyage de Savans Académiciens, qui ne

connoissent pas l'Art de la Navigation.

[13] _Page 72._ La Table Arithmétique de Saunderson, étoit formée

d'une planche partagée en petits carrés, rangés horisontalement &

séparés les uns des autres de la même distance; chaque petit carré

étoit percé de neuf trous, savoir, un au milieu de chaque côté.

C'étoit par les différentes positions de fiches uniformes dans ces

différens trous, que Saunderson exprimoit toute espèce de nombre.

[14] _Ibidem._ Nous avons vu entre les mains de Mlle Paradis des

tables d'Arithmétique, que nous croyons être celles de Mr.

Weissenbourg. Mais sans une étude particulière, on ne peut suivre

les opérations qui se font à l'aide de ces tables. Nous ne savons

même pas si notre Elève opéreroit aussi vite & aussi sûrement avec

ces moyens, qu'il le fait avec ceux des Clairvoyans, que nous

n'avons d'autre mérite, que celui de lui avoir rendu palpables.

[15] _Page 86._ Si le goût & les dispositions que certains Aveugles

montrent pour le Violon ou pour les instrumens qui se marient avec

lui, étoient dirigés par l'Art, peut-être un jour s'en

serviroient-ils, comme d'un moyen propre à gagner plus honnêtement

leur vie. Un Citoyen estimable[*] qui approuve toutes les parties de

notre Institution, sans témoigner pour aucune d'elles de

prédilection particulière, nous suggéroit, à la suite d'un de nos

exercices, qu'on pourroit employer utilement par la suite des

Aveugles Musiciens dans des fêtes.

[*] M. Thierry, Auteur de l'Almanach des Voyageurs.

[16] _Ibidem._ Tout le monde connoit le mérite de Mr. Chauvet,

Aveugle, Organiste de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. On cite en

France plusieurs autres Aveugles, dont le talent assure les

espérances que nous avons conçues de l'utilité de son étude pour nos

Elèves. Qu'il seroit consolant pour nous de tirer un jour d'un Art

d'agrément, des moyens de subsistance pour une partie de ces

infortunés, & de le voir devenir, par un heureux choix, l'instrument

de la bienfaisance!

[17] _Page 88._ On nous objecte, avec raison, que nos Elèves ne

pourront exécuter sur la Musique; ce n'a jamais été notre but.

Qu'importe qu'ils rendent leurs morceaux par coeur, pourvu qu'ils le

fassent fidèlement?

[18] _Ibidem._ Personne n'ignore combien la mémoire des Aveugles est

sûre, & avec quelle promptitude ils la meublent. On connoit

d'ailleurs cette conception que la plûpart d'entre eux montrent dans

les opérations difficiles de l'esprit; dispositions si étonnantes,

que l'on douteroit presque si la nature a été plus avare dans ses

dons à leur égard, qu'empressée à les dédommager de ceux qu'elle

leur a refusés.

[19] _Page 89._ Mlle Paradis, qui s'occupoit de l'étude de la

composition, pendant son séjour à Paris, & qui chercha alors des

moyens de figurer les accords, apprit avec plaisir que nous faisions

des tentatives à ce sujet. Nous regrettons que son départ précipité

pour aller recueillir sous un autre climat le fruit de ses talens,

ne nous ait pas laissé le tems de lui offrir le résultat de nos

procédés, pour l'aider à fixer sur le papier la matière de son

étude.

[20] _Page 92._ Parmi les Aveugles, qui n'ayant pas l'avantage d'avoir

la pension des Quinze-Vingts, sont obligés de demander leur vie dans

la capitale, nous en avons vu plusieurs qui s'occupoient de quelque

travail relatif aux métiers. Le nombre de ceux que nous pouvons

faire exercer par les Aveugles, dans nos Ateliers, est

très-considérable, & nous ne craignons pas de dire, que si nous

continuons à être secondés, nous parviendrons un jour à mettre tous

les Aveugles à l'abri de l'indigence, en les occupant

fructueusement.

[21] _Page 93._ Les Enfans-Aveugles qui sont à l'instruction dans

notre maison d'Institution, filent à l'aide d'une machine fort

ingénieuse de l'invention du Sr. Hildebrand, Mécanicien. Un d'entre

eux tourne une roue principale qui donne à plusieurs rouets un

mouvement que chaque fileur peut arrêter, accélérer, ou ralentir à

son gré, sans troubler l'ordre général.

[22] _Page 99._ Nous nous ferons un plaisir de diriger la Fabrication

des ustensiles nécessaires à l'instruction de tout Aveugle étranger.

Les livres & OEuvres de Musique, seront fournis par nos Elèves

Aveugles, & vendus à leur _seul bénéfice_. Lorsque nous aurons mis

la dernière main aux objets de première nécessité, nous espérons

nous occuper des jeux, & de tout ce qui pourra faire pour les

Aveugles, l'objet d'une récréation honnête. Nous croyons qu'il doit

entrer également dans nos vues, de faire enseigner à

l'Enfant-Aveugle à marcher sans conducteur.

[23] _Page 105._ Nous parlons avec d'autant plus de connoissance de

cause de l'instruction des Sourds & Muets, & notre opinion en est

d'autant plus conforme à la vérité, que forcés par des circonstances

dont nous ne pouvions nous défendre, de consacrer les loisirs que

nous laissoit l'instruction de nos Aveugles à celle _du jeune homme

trouvé sur les Côtes de Normandie_, qui est un Sourd & presque Muet,

nous avons senti à chaque pas combien l'entreprise étoit difficile,

au-dessus de nos forces, & du seul ressort de M. l'Abbé de l'Epée.

Nous nous proposons de donner l'Histoire de ce jeune homme

infortuné. La composition des Planches en sera faite par lui, & le

tirage par les Enfans-Aveugles. Le tout sera proposé par

souscription, dont le bénéfice entier divisé en deux portions

égales, reviendra moitié aux Enfans-Aveugles, & moitié à ce jeune

infortuné.

[24] _Page 107._ Il eût été sans doute précieux pour Saunderson,

Auteur de diverses productions, de les confier lui-même au papier, &

sans être obligé de s'en rapporter à la foi d'un Copiste, de pouvoir

à chaque instant s'en rendre personnellement un compte exact.

Un de nos Elèves montrant quelques dispositions pour la Poésie, nous

prions nos Lecteurs de nous permettre de l'encourager, en joignant

un échantillon de son talent naissant, après les modèles des divers

ouvrages d'Imprimerie qui peuvent être exécutés par les Aveugles, &

qui sont à la fin de ce Volume.

PRÉCIS HISTORIQUE _De la Naissance, des Progrès, & de l'état actuel de

l'Institution des Enfans-Aveugles._

Plusieurs Personnes respectables ont porté l'intérêt qu'elles prenoient

à notre Institution, jusqu'à nous demander comment une pareille idée

avoit pu nous entrer dans l'esprit; par quels moyens nous en avions

tenté l'exécution; & par quels degrés elle étoit parvenue au point où

elle est maintenant. Jaloux de satisfaire une si louable curiosité, nous

nous empressons de joindre ici un récit succint de la Naissance, des

Progrès, & de l'état actuel de notre Etablissement.

Une nouveauté d'un genre singulier attiroit, il y a plusieurs années, un

concours de monde, à l'entrée d'un de ces lieux de rafraîchissemens,

placés dans les Promenades publiques, où d'honnêtes Citoyens vont se

délasser un instant vers la chûte du jour.

Huit à dix pauvres Aveugles, des lunettes sur le nez, postés le long

d'un pupitre qui portoit de la musique, y exécutoient une symphonie

discordante, qui sembloit exciter le joie des Assistans. Un sentiment

tout différent s'empara de notre ame; & nous conçumes dès l'instant la

possibilité de réaliser à l'avantage de ces Infortunés, des moyens dont

ils n'avoient qu'une jouissance apparente & ridicule. L'Aveugle, nous

dîmes-nous à nous-mêmes, ne connoit-il pas les objets à la diversité de

leurs formes? Se méprend-il à la valeur d'une pièce de monnoie? Pourquoi

ne distingueroit-il pas un _ut_ d'un _sol_, un _a_ d'une _f_, si ces

caractères étoient rendus palpables.

Nous réfléchissions quelquefois à l'utilité de cette exécution,

lorsqu'une autre observation vint encore nous frapper. Un jeune Enfant

plein d'intelligence, mais privé de la vue, écoutoit toujours avec fruit

corriger les devoirs Classiques de son frère. Souvent même il le prioit

de lui lire des livres élémentaires. Celui-ci, plus occupé des objets de

ses récitations, fermoit l'oreille aux sollicitations de son malheureux

frère, qu'une maladie cruelle emporta bientôt.

Ces différens exemples ne tardèrent pas à nous convaincre, combien il

seroit précieux pour les Aveugles d'avoir des moyens qui pussent étendre

leurs connaissances, sans qu'ils fussent obligés d'attendre ou

quelquefois même de demander infructueusement les secours des

Clairvoyans.

Si l'exécution de ces moyens nous sembla possible, elle ne laissa pas de

nous présenter d'abord quelques difficultés. Nous avions besoin d'être

encouragés, nous l'avouons. Mademoiselle Paradis arriva dans cette

Capitale. Elle nous fit voir ses tentatives & celles de M. Weissenbourg.

Nous recueillîmes celles des Aveugles qui avoient vécu avant nos jours;

nous mîmes à exécution quelques-uns de leurs procédés; nous y joignîmes

le résultat des nôtres; & nous fîmes un Plan général d'Institution. Il

ne nous manquoit plus qu'un sujet sur lequel nous pussions tenter nos

premiers essais. La Providence sans doute daigna diriger notre choix sur

lui.

François le Sueur, frappé de cécité à la suite de convulsions à l'âge de

six semaines, n'avoit, à dix-sept ans & demi, aucune notion relative aux

Lettres. Né d'une famille honnête, mais tout-à-fait dépourvue des biens

de la fortune, & contrainte de chercher des moyens de subsistance dans

la Classe du Peuple la moins aisée, quoique la plus laborieuse

peut-être, le jeune Aveugle jouit à peine de l'usage de la raison qu'il

craint d'être à charge à ses parens; bientôt il s'oblige de lui-même à

s'aller présenter tous les jours à la porte de nos Temples, pour y

demander cette espèce de secours faible & passager, que l'indigent

arrache souvent avec peine au riche qui fuit ses importunités. Plein de

joie à la moindre récolte, il vole avec empressement, au sein de sa

famille malheureuse, en partager le fruit avec les auteurs de ses jours,

avec trois soeurs & deux frères, dont le dernier est encore à la

mamelle. C'est au milieu de cette vie pénible, aussi peu propre à

inspirer qu'à favoriser le goût des Sciences, que notre premier Elève

commence son éducation. Bientôt un noble enthousiasme s'empare de lui;

il divise sa journée; il enlève à la nécessité de travailler à son

existence, des momens qu'il consacre à l'étude. Ses efforts ne tardent

pas à être suivis de succès. On nous demande à voir le résultat de nos

procédés; nous saisissons la circonstance favorable d'une Assemblée

Académique où nous étions nommés pour lire un mémoire. Nous prenons pour

sujet quelques réflexions sur l'éducation des Aveugles. M. le Noir,

alors Magistrat chargé de l'Administration de la Police, présidoit cette

Assemblée. Il voit nos premiers essais, les accueille avec un intérêt

qu'il inspire bientôt à des Ministres, protecteurs des Arts & de

l'indigence. M. le Comte de Vergennes, M. le Baron de Breteuil, M. le

Contrôleur-Général, M. le Garde des Sceaux, veulent bien permettre que

le jeune le Sueur fasse ses exercices en leur présence, & tous ces

témoins respectables encouragent notre premier Elève par leurs

bienfaits.

Mais tandis que nous esquissions ainsi dans le particulier les premiers

traits de notre Plan d'Institution des Enfans-Aveugles; déjà une

Compagnie de Bienfaisance, composée de Membres de la première

distinction, par leur naissance, leurs fonctions, leur fortune, ou leurs

talens; dépositaire des bienfaits publics dont chacun d'eaux se plaît à

augmenter la masse suivant ses facultés; & qui, arrachant des heures à

leurs affaires ou à leurs loisirs, vont s'occuper deux fois par mois au

fond d'un Cloître, loin des regards publics, des moyens de diminuer le

nombre de Infortunés; déjà la SOCIÉTÉ PHILANTROPIQUE avoit jetté les

fondemens de cette Institution. Douze pauvres Enfans-Aveugles recevoient

de cette Compagnie chacun un secours de 12 livres par mois. Satisfaite

de nos premières tentatives, elle daigna confier à nos soins ces

Infortunés. Nous ne tardâmes pas à concevoir l'espérance d'ajouter, au

secours qu'elle leur donnoit, le produit de leurs travaux. Que

d'obligations n'avons nous pas à rendre à toute cette Société

respectable. Et que ne nous est-il permis de nommer ceux de ses Membres,

qui, n'ayant ni réputation ni fortune à acquérir, ont partagé avec nous,

modestement & dans le silence, les détails nombreux auxquels nous

entraîne la direction de cet Etablissement!

Bientôt notre Institution acquit un nouveau dégré d'intérêt aux yeux du

Public. Alors, on cessa de croire que la faculté de recevoir par le

tact, l'éducation que nous proposions, étoit restreinte à un individu,

seul favorisé des dispositions de la Nature. De quatorze

Enfans-Aveugles, instruits des premiers élémens, il ne s'en trouvoit

alors que trois dont les progrès fussent lents; parce que, jouissant

encore d'un foible rayon de lumière, ils obtenoient de moins du côté du

tact ce qui leur restoit (presqu'en pure perte) du côté de la vue.

Il ne manquoit plus, pour mettre le sceau à cet Etablissement, que le

témoignage des Savans sur ses moyens. L'Académie des Sciences daigna

s'occuper de leur examen, & en fit le rapport que nous avons inséré à la

suite de cet Ouvrage.

Entraîné par le suffrage des Gens instruits, par sa propre expérience,

par les mouvemens d'un coeur disposé à favoriser le bien, le Public

s'empressa de toutes parts à contribuer aux frais de construction d'un

Edifice que nous élevions à la Nature souffrante.

L'Académie Royale de Musique exécuta, le 19 Février 1786, au bénéfice

des Enfans-Aveugles, un Concert, dans lequel on fut partagé entre

l'admiration qu'exerçoient, d'une part, le noble désintéressement de ses

Membres, de l'autre, le talent qu'ils firent briller dans cette

circonstance.

Engin le Lycée, le Musée, & le Sallon de Correspondance, se disputèrent,

à l'envi, la douce satisfaction de voir, au milieu de leurs Séances

Académiques, de jeunes Enfans-Aveugles balbutier les premiers élémens de

la lecture, des calculs, &c.: Et dans les arênes où le Génie seul avoit

jusqu'alors donné des encouragemens, on vit pour la première fois la

bienfaisance décerner les Couronnes.

L'enthousiasme gagna les Sociétés particulières; & les exercices des

Enfans-Aveugles furent toujours terminés par quelque récolte en leur

faveur, envoyée à la Maison Philantropique, qui, joignant ce secours à

ceux qui provenoient de ses propres fonds, le leur distribuoit avec la

tendresse qu'une bonne mère ressent également pour chacun de ses enfans.

Trente de ces Infortunés partagent maintenant, avec ces secours, les

avantages de notre Institution. Plusieurs autres, trop jeunes encore

pour être appliqués aux travaux, n'en reçoivent pas moins le soulagement

auquel leur triste situation semble leur assurer un droit. Mais dans

l'état actuel où est notre Etablissement, nous prions nos Lecteurs de ne

le regarder que comme une ébauche. Nous espérons que leur sagacité leur

montrera dans ces prémices, le gage des succès qu'ils promettent par la

suite. C'est ainsi qu'un Observateur attentif, des productions de la

Nature, voit, dans les boutons que le Printems fait pointer de toute

part sur les arbres, l'annonce des fruits que produira l'Automne.

Essai sur l'éducation des aveugles · 第 21 / 42 题