donné à ce cours. Si je me propose d'étudier avec vous la manière dont
s'est formé et développé notre enseignement secondaire, ce n'est pas
pour me livrer à des recherches de pure érudition; c'est pour aboutir
à des résultats pratiques. Assurément, la méthode que je suivrai sera
exclusivement scientifique; c'est celle qu'emploient les sciences
historiques et sociales. Si j'ai pu parler tout à l'heure de foi
pédagogique, ce n'est pas que j'aie l'intention d'en prêcher aucune; je
resterai ici un homme de science. Seulement, je crois que la science
des choses humaines peut servir à guider utilement la conduite humaine.
Pour se bien conduire, dit un vieil adage, il faut se bien connaître.
Mais nous savons aujourd'hui que, pour se bien connaître, il ne suffit
pas de tourner notre attention sur la partie superficielle de notre
conscience; car les sentiments, les idées qui viennent y affleurer
ne sont pas, il s'en faut, celles qui ont le plus d'efficacité sur
notre conduite. Ce qu'il faut atteindre, ce sont les habitudes, les
tendances qui se sont constituées peu à peu au cours de notre vie
passée, ou que nous a léguées l'hérédité; ce sont là les vraies forces
qui nous mènent. Or elles se dissimulent dans l'inconscient. Nous ne
pouvons donc arriver à les découvrir qu'en reconstituant notre histoire
personnelle et l'histoire de notre famille. De même, pour pouvoir
remplir, comme il convient, notre fonction dans un système scolaire,
quel qu'il soit, il faut le connaître, non du dehors, mais du dedans,
c'est-à-dire par l'histoire. Car, seule, l'histoire peut pénétrer au
delà du revêtement superficiel qui le recouvre dans le présent; seule,
elle en peut faire l'analyse; seule, elle peut nous montrer de quels
éléments il est formé, de quelles conditions dépend chacun d'eux, de
quelle manière ils se sont composés les uns avec les autres; seule, en
un mot, elle peut nous faire assister au long enchaînement de causes et
d'effets dont il est la résultante.
Tel sera, Messieurs, l'enseignement que vous receviez ici. Ce sera,
au sens propre du mot, un enseignement pédagogique, mais qui, par
la méthode employée, différera singulièrement de ce qu'on appelle
ordinairement de ce nom, puisque les travaux des pédagogues seront pour
nous, non des modèles à imiter, non des sources d'inspiration, mais
des documents sur l'esprit du temps. J'espère donc que la pédagogie,
ainsi renouvelée, réussira enfin à se relever du discrédit, injuste en
partie, où elle est tombée; j'espère que vous saurez vous affranchir
d'un préjugé qui a trop duré, que vous comprendrez l'intérêt et la
nouveauté de l'entreprise, et que vous me prêterez, par suite, le
concours actif que je vous demande et sans lequel je ne saurais faire
œuvre utile.
[Footnote 6: Cette leçon d'ouverture avait été précédée d'une première
séance où M. le Recteur Liard, M. Lavisse, M. Langlois, directeur du
Musée pédagogique, avaient mis les étudiants au courant des mesures
prises pour organiser leur préparation professionnelle. L'allocution de
M. Langlois a paru dans la Revue Bleue, n° du 25 novembre 1905.]
[Footnote 7: Pendant leur seconde année de préparation, les candidats à
l'agrégation font un stage dans les lycées de Paris.]
TABLE DES MATIÈRES
Introduction
L'œuvre pédagogique de Durkheim
I
L'Éducation, sa nature, son rôle
II
Nature et Méthode de la Pédagogie
III
Pédagogie et Sociologie
IV
L'évolution et le rôle de l'Enseignement secondaire en France
End of Project Gutenberg's Éducation et sociologie, by Émile Durkheim