6. Vous vous expliquez maintenant ce que signifie le titre que j'ai

donné à ce cours. Si je me propose d'étudier avec vous la manière dont

s'est formé et développé notre enseignement secondaire, ce n'est pas

pour me livrer à des recherches de pure érudition; c'est pour aboutir

à des résultats pratiques. Assurément, la méthode que je suivrai sera

exclusivement scientifique; c'est celle qu'emploient les sciences

historiques et sociales. Si j'ai pu parler tout à l'heure de foi

pédagogique, ce n'est pas que j'aie l'intention d'en prêcher aucune; je

resterai ici un homme de science. Seulement, je crois que la science

des choses humaines peut servir à guider utilement la conduite humaine.

Pour se bien conduire, dit un vieil adage, il faut se bien connaître.

Mais nous savons aujourd'hui que, pour se bien connaître, il ne suffit

pas de tourner notre attention sur la partie superficielle de notre

conscience; car les sentiments, les idées qui viennent y affleurer

ne sont pas, il s'en faut, celles qui ont le plus d'efficacité sur

notre conduite. Ce qu'il faut atteindre, ce sont les habitudes, les

tendances qui se sont constituées peu à peu au cours de notre vie

passée, ou que nous a léguées l'hérédité; ce sont là les vraies forces

qui nous mènent. Or elles se dissimulent dans l'inconscient. Nous ne

pouvons donc arriver à les découvrir qu'en reconstituant notre histoire

personnelle et l'histoire de notre famille. De même, pour pouvoir

remplir, comme il convient, notre fonction dans un système scolaire,

quel qu'il soit, il faut le connaître, non du dehors, mais du dedans,

c'est-à-dire par l'histoire. Car, seule, l'histoire peut pénétrer au

delà du revêtement superficiel qui le recouvre dans le présent; seule,

elle en peut faire l'analyse; seule, elle peut nous montrer de quels

éléments il est formé, de quelles conditions dépend chacun d'eux, de

quelle manière ils se sont composés les uns avec les autres; seule, en

un mot, elle peut nous faire assister au long enchaînement de causes et

d'effets dont il est la résultante.

Tel sera, Messieurs, l'enseignement que vous receviez ici. Ce sera,

au sens propre du mot, un enseignement pédagogique, mais qui, par

la méthode employée, différera singulièrement de ce qu'on appelle

ordinairement de ce nom, puisque les travaux des pédagogues seront pour

nous, non des modèles à imiter, non des sources d'inspiration, mais

des documents sur l'esprit du temps. J'espère donc que la pédagogie,

ainsi renouvelée, réussira enfin à se relever du discrédit, injuste en

partie, où elle est tombée; j'espère que vous saurez vous affranchir

d'un préjugé qui a trop duré, que vous comprendrez l'intérêt et la

nouveauté de l'entreprise, et que vous me prêterez, par suite, le

concours actif que je vous demande et sans lequel je ne saurais faire

œuvre utile.

[Footnote 6: Cette leçon d'ouverture avait été précédée d'une première

séance où M. le Recteur Liard, M. Lavisse, M. Langlois, directeur du

Musée pédagogique, avaient mis les étudiants au courant des mesures

prises pour organiser leur préparation professionnelle. L'allocution de

M. Langlois a paru dans la Revue Bleue, n° du 25 novembre 1905.]

[Footnote 7: Pendant leur seconde année de préparation, les candidats à

l'agrégation font un stage dans les lycées de Paris.]

TABLE DES MATIÈRES

Introduction

L'œuvre pédagogique de Durkheim

I

L'Éducation, sa nature, son rôle

II

Nature et Méthode de la Pédagogie

III

Pédagogie et Sociologie

IV

L'évolution et le rôle de l'Enseignement secondaire en France

End of Project Gutenberg's Éducation et sociologie, by Émile Durkheim

Éducation et sociologie · 第 10 / 10 段