Si ma plume autrefois à chanté vers lyriques,

Eglogue Pastorale, ou Sonnets heroiques,

Si par mainte Elegie on m'à veu resjouir,

Les aureilles de ceux qui m'ont voulu ouyr,

Je ne veux à present ce Labeur entreprendre

Pour d'un stile joyeux quelque liesse prendre.

Tramper je veux ma plume au lac d'Aigre Douleur,

Et qu'au lieu d'estre blanche, elle ait noire couleur

Signifiant le dueil que mon triste cueur porte

De voir soubs un Tombeau une personne morte,

Ceste personne, Helas, dont le corps est destruict,

Avoit assez remply la Gaule de son bruict,

Sans qu'on deust reciter par expresse Escriture

Les haults dons qu'il avoit, & graces de nature,

Mais le triste regret du Peuple pour sa Mort

Me contrainct de plorer un tant noble homme mort,

Et croy, amy lecteur, qu'en lisant l'ortographe

De son nom excellant mis sur son Epitaphe,

Avec moy espandras plus de souspirs et pleurs

Que Pomone n'avoit en son jardin de fleurs.

Las, c'est Jean Bouchetel, ce Royal Secretaire

Duquel les grands valeurs ma Muse ne peut taire,

Car les haultes vertus dont florissoit son nom

Doibvent éterniser son illustre renom.

Bourges qui fut le lieu de sa noble naissance,

Et qui de son Scavoir avoit la cognoissance,

Ayant sceu le trespas d'un homme tant perfaict,

Un si horrible cry et grand dueil en à faict,

Que toutes les forests et prochaines vallees

Se sont d'Arbres, de fleurs, et de fruict despoillees.

Et les prochains ruisseaux ont augmenté leurs cours,

Des pleurs de ses amys qui pleurent tous les jours

Le trespas de celluy, qui en haulte apparence

De grand Esprit, avoit servy deux Roys de France,

Le Secretaire estant de leurs commandemens,

En grand pris et honeur de tous entendemens.

Aussi tost que la Mort, furieuse Chimere,

Feit à ce Bouchetel sentir la poincte amere

De son Dard venimeux, & que le Peuple oyant

Si piteuse nouvelle, estoit tout larmoyant,

Et mesloit à ses pleurs une triste complaincte,

Des Pégasides Seurs la troupe docte & saincte

Du mont Pernasse ouyt les regrets & douleurs

Du Peuple Berruyer, qui fondoit tout en pleurs,

Et pource que ces Seurs avoyent tousjours prisé,

Ce noble Secretaire, et fort favorisé

A ses doctes Escrits, à sa plume doree,

Et à sa Poesie aux Gaules adoree,

Apres avoir ouy la desolation

Du Peuple regrettant telle perfection,

Elles laissent leur mont plaisant et delectable

Pour toutes assister au Tombeau lamentable

De ce corps deslié d'un Esprit precieux,

Qui desja place avoit au sainct repos des Cieux,

Qui est aux bons Espris le promis heritage.

Allons, mes Seurs, allons (dict Calliope sage)

Voir le triste cercueil du noble Bouchetel,

Qui pour vivre sans fin, laisse son corps mortel,

Allons ouyr les cris de ce Peuple fidele

Ou fut de nostre amy la Terre naturelle.

Allons pour consoler ses amys et parens,

Ses filles, et ses fils en honeur apparens.

Car vous scavez, mes Seurs, qu'un tel Esprit cupide

Fut à nous honorer, translatant d'Euripide

De Grec en son Francois les beaux tragiques vers

Qui au nom d'un grand Roy ont bruict par l'univers.

Vous scavez, je le scay, que sa plume excellante

Tousjours au bien public à esté vigilante,

Vous scavez quel honeur par sa noble nature

Il à tousjours porté à la litterature,

Et de quelle faveur il à usé vers ceux

Qui n'ont en Poesie onc esté paresseux.

Donc si nous luy avons faict honeur en sa vie,

N'ayons apres sa Mort moins favorable envie,

Que dy je Mort, mes Seurs, ceux la ne meurent pas

Qui ont los immortel à l'heure du trespas.

Soubdain que Calliope accomplie en Scavoir

Prononcea ces propos, elle feit émouvoir

Ses amiables Seurs, de laisser en arriere

Leur sainct Sejour, pour voir la ville Berruyere,

Ou le Peuple faisoit un dueil triste & amer

Pour cest homme excellant qu'on vouloit inhumer,

Adonc ces belles Seurs sainctes, & immortelles,

Pour tost y assister, se preparent des Esles,

Comme jadis alors que le faux Pirenee

Les esperoit forcer d'une amour effrenee.

Ainsi elles voloyent aussi legerement

Comme voloit jadis Mercure promptement

Lors que pour accomplir le vueil de Juppiter,

Le Berger à cent yeux il vint descapiter.

Donc ces belles neuf Seurs en Scavoir excellantes

S'en vont parmy les Cieux legerement volantes,

Jusqu'a ce qu'elles voyent de Berry la Contree

Ou de Bourges leur est la ville rencontree,

Ville de grand valeur, ou les loix et les arts

Florissantes on voyt, et ou l'un des Cesars

Feit faire (comme on dict) ceste puissante Tour

Qui de ses ennemys se défend alentour,

Ville qui est bornee aussi de maintes villes,

De chasteaux, & de bourgs, et de terres fertiles,

De rivieres d'estangs, et de coulans ruisseaux

Ou poissons delicats nagent dedans les eaux,

De vignobles aussi de Bacchus non indignes

Auquel tous sont debteurs les culteurs de noz vignes,

Et sur tout d'ysouldun la liqueur excellente

Des vins, est au pais doucement violente,

Vins pour faire banquets, et grand festivité,

Bien que ce soit le lieu de ma nativité.

Grand admiration receurent ces neuf Muses

De voir de ce pais les Richesses diffuses.

Si tost qu'en ceste ville ou lon faisoit le dueil,

Elle virent le Peuple espandant larmes d'oeil,

Une griefve douleur va saisir leur Poictrine

Pour le dueil qu'on faisoit du Pere de Doctrine,

Et du bon Mecenas de Poésie aussi,

Du noble Bouchetel, le Seigneur de Saci,

Et n'eust esté que c'est le naturel des Dieux

Des Déesses aussi, n'espandre l'armes d'yeux,

On eust veu tant plorer les filles de Mémoire,

Qu'on eust veu de leurs pleurs un lac grand, comme Loire,

Toutefois pour monstrer leurs ennuys et douleurs,

Elles feirent de grands souspirs au lieu de pleurs,

Et d'un habit de dueil elles se sont parees,

Pour à la sepulture estre mieux preparees.

Le Peuple désolé en conduisant le corps

Mesloit aux pleurs les cris, faisant tristes accords,

D'autre costé la Mort espouventable et fiere

Fort se glorifioit de voir en une Biere

Le corps par elle occis, pource qu'il est charnel,

Car son pouvoir n'ha rien sur l'Esprit éternel.

Le Peuple Berruyer voyant en l'Er la Mort

Tant se glorifier de ce noble corps mort,

Ses pleurs change en vengence, et son dueil en grand ire

Et tous ces mots piquans à la Mort il va dire.

Je m'esbahis comment, o laid Monstre, inhumain,

Monstre horrible, & cruel, repeu de sang humain,

Tu es tant effrené, et plein de violence,

De tousjours faire effort à la grand excellence.

O Chimere insensee, enragee Atropos,

Pourquoy troubles tu tant des humains le repos,

Te monstrant la plus grand de toutes les meurtrieres

De nous priver souvent des choses singulieres?

Il ne te suffist pas de mettre fin amere

Aux enfans nouveaux nez du ventre de leur mere,

Qui (s'ils eussent vescu) de sublime vertu

Eussent abondamment eu l'Esprit revestu,

Mais à ceux qui font fruict à une République

Tu fais sentir l'effort de ta mortelle Pique.

Tu le m'as faict scavoir, quand par toy assailli

Fut ce Jaques Thiboust, Seigneur de Quantilli,

Conjoinct par amitié à la personne morte

Qu'en ce triste Tombeau, pour l'inhumer on porte.

Et croy qu'a ce Thiboust tu vins oster la vie

Par l'aguillon poignant de malheureuse envie,

Pource qu'il estoit fort liberal aux douceurs

De l'Escrit agreable aux Pernassides Seurs.

De cela non contente O Chimere execrable

Tu rends pasture aux vers ce corps tant honorable

Du scavant Bouchetel, secretaire des Roys,

Dont reparer ce tort oncques tu ne pourroys.

Bourges avoit esté fertile et plantureuse

D'avoir produict ce fruict qui la rendoit heureuse,

Mais par ton grand outrage elle à perdu ce bien

Qui tant luy profitoit, et ne te sert de rien,

Sinon pour le monstrer Chimere furieuse,

D'espandre sang humain en tout temps curieuse,

Et pour monstrer en toy plus grande Tyrannie

Qu'aux Tigres affamez qui sont en Hyrcanie,

Tu m'as ravy l'honeur du gracieux Scavoir

Duquel l'homme meschant ne veult notice avoir.

Tu m'as osté la fleur des neuf Seurs Pégasides,

Et le vray ennemy des folles Pierides.

Tu m'as privé du fruict lequel avoit produict

Bourges, belle Cité, digne d'immortel bruict,

Ainsi Moutons paissans en l'herbageuse Plaine

Point ne portent pour eux dessus leur Doz la laine,

Semblablement pour eux petis oiseaux paissans

Ne bastissent leur nid, mais pour hommes passans.

Ainsi pour eux aussi les Beufs que le Joug serre,

Ne vont roulans l'Ereau sur la fertile Terre.

Ainsi pour leur proffit Abeilles amoureuses

Ne font de leur doux Miel les liqueurs savoureuses.

Donc, o cruelle Mort, considere l'outrage

Qu'a present tu me fais par tyrannique rage.

Considere le tort tant grand que tu m'as faict

De me priver ainsi d'un homme tant perfaict.

Si j'estoys l'Orateur dont l'Arpine se vente,

Ou le Grec Démosthene en parole eloquente,

Tu entendroys de moy des mots qui valent pis,

O Chimere passant le venin des Aspics.

Mais si ma langue n'est assez prompte & active

Pour me plaindre de toy de piquante invective,

Les bons autheurs Francoys qui mes cris entendront,

A ta grand cruauté par Escrit respondront,

Parquoy tu recevras tel vitupere et honte

Que tu ne serviras que de fable et de compte

Au Peuple simple et bas, qui de toy escrira

La grand iniquité, laquelle il publira.

Oste toy de mes yeux, O Alecto villaine,

Qui fais mourir les fleurs de ta puante alaine.

Absente toy d'icy tant les soirs que matins

O maudicte Atropos, aux cheveux serpentins.

Tu m'as assez grevé de m'oster au meur age

Ce secretaire exquis, tant noble personnage,

Et qui tant de faveur aux vertueux portoit,

Et les adversitez des pauvres supportoit,

Se monstrant mieux aymer des vertus l'exercice

Que les thresors acquis par mondaine avarice.

Assez m'as offensé, o Royne des Chimeres

De me faire sentir tant de douleurs ameres,

Me privant de celluy par mortel desarroy

Qui tant estoit utile à mon Gallique Roy,

Mais avec ton effort, de son ame immortelle

Tu ne triompheras, comme de la mortelle

Et transitoire chair de caduque action

Qui tombe en un moment à putrefaction,

Et dont j'appaiseray mon dueil, comme j'espere,

C'est que ce bon Seigneur en fortune prospere

A laissé beaux enfans de si nobles Espris,

Qu'ils ne mourront encor que tu les eusses pris,

Et par eux mon honeur apparent, on verra

Tant que des Bouchetelz le Tige durera,

Desquelz le doux regard et gracieuse forme

Aux divines vertus du Pere se conforme,

En démonstrant les dons de leur perfection

Aupres de l'oeil Royal, par admiration

Ou de leur vertu haulte et grace bien aymee

Immortelle sera la noble Renommee.

Le Peuple Berruyer tous ces regrets faisoit

Quand la cruelle Mort (qui adonc s'amusoit

A escouter les cris de ce Peuple fidele)

A faict sortir ces Dicts de sa bouche cruelle.

Je ne mesbahis point si avec triste habit

Qu'on porte par coustume au lamentable obit,

O Peuple humain par trop endormy en tenebres

Tu fais un si hault cry en tes Pompes funebres,

C'est faulte d'approuver l'ordonnance de Dieu,

Qui ceux qu'il ayme mieux, de ce terrestre lieu

Tire tousjours à soy, pour monstrer que ce Monde

Au pris de son Sejour, de vray plaisir n'abonde.

Le plaisir terrien passe comme fumee,

Ou comme seche Paille en cendres consumee,

Mais le plaisir d'enhault dure éternellement,

Que Dieu promect aux bons vivans fidelement.

En ce divin Sejour sont plaisirs delectables

Plus qu'on ne voyt au Ciel d'estoilles agreables,

De ces plaisirs divins il convient estimer

Le nombre estre plus grand, que des Sablons de Mer,

Et qu'il n'y à d'Espis dedans les jaunes Blez

Qui sont parmy les champs de Céres assemblez,

Et qu'on ne voyt de pluye et de neige arriver,

En la froyde saison du glacial Hyver.

Dy moy (Peuple troublé de dueil melancholique)

Dy tant que tu voudras que je te vexe & pique,

Que je porte nuisance en mettant à l'envers

Tant de corps, qui seront la nourriture aux vers.

Tant que voudras, dy moy meschante & inutile,

Monstre inhumain, armé de cruauté hostile,

Si est ce que sans moy l'Esprit plus precieux

Que n'est le corps mortel, ne s'en va voir les Cieux.

Les Cieux estoient fermez par une forfaicture

De cest homme premier, ouvrage de nature,

Mais ce sainct Redempteur l'ouverture en à faicte

Quand il fut mis en croix par une gent infaicte.

Or devant le peché de l'homme transgresseur

Je n'avoys aucun Dard qui peust estre agresseur

Pour en faire mourir & succomber les hommes

Au funebre tombeau, comme au temps ou nous sommes,

Dont ce divin Sauveur de creature humaine

(O peuple Berruyer) ne m'a dict inhumaine,

Alors que sa bonté et grace tant valut

De mourir en la croix, pour te donner salut,

Sa divine bonté jamais ne m'a tancee

Lors que de ses Esleus j'ay la fin avancee,

En faisant mourir d'eux le corps tant seulement,

Pour faire vivre l'Ame au Ciel durablement.

Il est vray que mon dard porte double poincture,

Scavoir douce et amere à mainte creature.

Ceux qui sont endurcis en fraudes et malices,

Et qui font tout leur Dieu de mondaines delices,

Trouvent amer mon dard, à leur Mort cognoissans

Qu'a Dieu ils ont esté trop desobeissans,

Mais ceux qui ont suyvi le chemin d'equité,

L'entretien de la paix, douceur, et charité,

Ne trouvent de mon dard la poincture que doulce,

Cognoissans que par moy leur ame au Ciel se poulse.

Doncques, O peuple humain, à tort de moy te plainds

Quand je fay succomber hommes de vertu pleins,

Puis que par leur vertu qui à tous se descouvre,

Le tout puissant Recteur son Paradis leur ouvre.

Puis que tel as cognu celluy dont ton oeil pleure,

Que ne t'asseures tu que son Esprit demeure

En ce divin Sejour qui est promis à ceux

Qui aux sainctes vertus n'ont esté paresseux?

Et si j'ay renversé le corps, qui n'est que cendre,

Tu n'en doibs contre moy en querele descendre.

Celluy qui est sans fin, et le commencement,

Ce Pere supernel, qui ayme doucement

Les culteurs de son nom, avoit l'heure ordonnee

A celluy que tu plainds, de sa fin terminee.

Pourtant cesse tes pleurs, tes complainctes et cris,

Ne me menace plus d'injurieux Escrits:

Mais loue le Seigneur, et sa saincte ordonnance,

Au veuil duquel ne fault user de repugnance.

Quand la maigre Atropos eut prononcé ces Dicts,

D'une voix veritable, et loing de contredicts

Qui peussent meriter, pour prouver le contraire,

Le peuple Berruyer commence à se distraire

De courroux enflamé, et son dueil appaisant,

Aux propos de la Mort n'est plus contredisant,

Et ainsi appaisé, monstrant meilleur visaige,

Suyt le corps au Tombeau du deffunct, qui tant sage

Et tant prudent estoit, quand son Esprit lié

Estoit au mortel corps, dont Dieu la deslié,

Et lors non sans regret fut mis en sepulture

Le corps, qui est subject aux vers et pourriture,

Et son esprit ayant des Cieux fruition,

Attend d'un plus beau corps la resurrection.

Lors que mis au Tombeau fut le corps miserable,

Des Pernassides Seurs la troupe venerable

Feit graver au Tombeau du trespassé le nom,

Avecques ses vertus de durable renom,

Calliope, qui est des neuf Seurs la premiere,

Sur le Marbrin Tombeau meit ces vers en lumiere:

L'epitaphe de Monseigneur Bouchetel, par la Muse Calliope.

Celluy qui du Laurier pernassien fut digne,

Et qui avoit l'amour de moy & de mes Seurs,

Ce noble Bouchetel, le Mecenas insigne

De tous ceux qui aymoient Poetiques douceurs,

La memoire de soy delaisse aux successeurs

Avecques son corps mis en ceste sepulture,

Mais O vous viateurs, soyez certains et seurs

Que son renon n'est pas subject à pourriture.

Melpomené apres ce quatrain composa,

Et dessus le Tombeau par ordre l'apposa.

L'epitaphe de mondict Seigneur Bouchetel par La Muse Melpomené.

Soubs un petit cercueil est la chair inhumee

D'un serviteur Royal, c'estoit Jean Bouchetel,

Mais de ses grands vertus ne meurt la Renommee

Qui à ses successeurs le rendent immortel.

Ce quatrain fut escript, adoncques Terpsicore

Decora le Tombeau de ces six vers encore.

L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Terpsicore.

Celluy qui sans cesser de noz honeurs cupide,

Espandoit nostre nom par ce grand univers,

Et qui a triomphé sur le Grec Euripide

Translatant en Francois ses beaux Tragiques vers,

Delaisse un corps mortel au funebre tombeau,

Pour au divin repos voir un Regne plus beau.

Clio lors ensuivant en poetique Metre

Ainsi de ce defunct les louanges va mettre.

Epitaphe dudict Seigneur par la Muse Clio.

Par les mains de Pallas la plume fut taillee

Pour en servir deux Roys de France heureusement,

Et par elle à celluy Bouchetel fut baillee

Qui par sa Mort au Ciel vit eternellement.

Lors que Clio eut faict ainsi son Epitaphe,

Thalie feit le sien, avec telle ortographe.

L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Thalie.

Celluy qui par sa plume et par son grand Scavoir

Feit service à deux Roys, dont la vie est mortelle,

Heureusement au Ciel le Roy des Roys va voir

Qui à tous ses esleus donne vie immortelle.

Desque Thalie eut mis à son Escrit la fin,

Erato meit ces vers dessus le Marbre fin.

L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Erato.

O Viateur, veux tu scavoir qui gist ici?

C'est le corps d'un qui eut tant de graces infuses,

C'est le bon Bouchetel, le Seigneur de Saci,

La fleur, le bruict, l'honeur des vertus et des Muses.

Lors que par Erato le Tombeau fut orné,

Son Epitaphe ainsi Euterpe a ordonné.

L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Euterpe.

Celluy qui tant jadis vertu a faict florir,

Laisse son corps mortel au Tombeau lamentable,

Helas, c'est Bouchetel, mais son honeur mourir

On ne verra jamais, car il est perdurable.

Euterpe avoit ja mis ces vers portans l'honeur

Du noble Bouchetel, de Saci le Seigneur,

Alors que Polymnie en son honeur aussi

Apposa au Tombeau ces quatre vers ici.

L'epitaphe dudict Seigneur, par la Muse Polymnie.

Bourges, tu as esté ville bien fort heureuse

D'avoir mis sur la Terre un homme si scavant,

Qui ne meurt par la Mort, la gloire plantureuse

De sa perfection, le rend aux Cieux Vivant.

Quand ces vers eut escrit la Muse Polymnie,

L'epitaphe dernier fut tel par uranie:

L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Euranie.

Si vous voulez (Lecteurs) avoir perfection

En ce Monde terrien, ou vanité abonde,

A folles voluptez n'ayez affection,

Mais tous cherchez au Ciel le thresor pur et monde,

Comme ce Bouchetel, quand il vivoit au Monde,

Qui par son bon Esprit acquit auctorité,

Dont à present tiré hors de la Terre immonde,

Il contemple à loisir les lieux d'Eternité.

Quand ces belles neuf Seurs (dont l'honeur point ne tombe

Dedans le lac d'oubly) sur la Marbrine Tombe

Eurent gravé ces vers, avec un ordre tel

Eternisant le nom du noble Bouchetel,

Elles s'en vont voler sur leur mont de Pernasse

Qui de sublimité les Nues outrepasse,

Ou sans fin leur viendra de ce défunct memoire,

Et de sa Progenie ou gist honeur et gloire.

Fin.

Les Epigrammes.

A Monseigneur Davanson, President du grand Conseil.

J'ay des neuf Seurs eu quelque fois faveur

(Noble Seigneur, prudent et honorable)

Qu'ayez trouvé en mes Escrits saveur

Qui sont sacrez à ce Roy venerable,

Mais le Scavoir qui vous rend admirable,

Meritoit bien stile plus doux coulant

Que n'est le mien, pour d'oeuvre perdurable

Magnifier vostre nom excellant.

Si doy je bien me monstrer vigilant

A honorer par humble obeissance

Vostre Scavoir des vertus distillant,

Dont noblement vous avez jouissance,

Combien que j'aye entiere cognoissance

Que vous ayez un fruict plus savoureux

De l'Olivier plein de resjouissance,

Duquel seroit Apollon amoureux.

Quand toutefois de ce fruict bien heureux

De l'Olivier, qui pres de vous fleuronne,

Vous aurez pris le plaisir plantureux,

En luy offrant du Laurier la Couronne,

Qui dignement son front sainct environne,

Je vous supply un peu baisser voz yeux

Sur les Escritz qu'humblement je vous donne,

Vous soubhétant toute faveur des Cieux.

A Monseigneur M. Jean Bertrand Lieutenant Criminel de Paris.

La Prophetique Escriture

Ordonne judicature

D'hommes puissans, non pollus,

Craignans Dieu, loing d'avarice,

Pour administrer Justice,

Comme estans de Dieu eslus.

Ceste grand Divinité

Qui est une en trinité,

Pour l'heur de la Republique

Juge à Paris vous debvoit,

Ou droict aller on vous voyt

Sans chercher la voye oblique.

Et avec vostre prudence

Joincte à la Jurisprudence

Dont voz sens sont penetrez,

Vostre grand perfection

Conjoinct la dilection

Des lettres, et des lettrez.

Voyla pourquoy ma Minerve

Un los Eternel reservé

Aux excellentes vertus,

Dont par un don admirable

De Dieu aux bons favorable

Vous avez les sens vestus.

Pour la grand felicité

De la plus noble Cité

Dont nous ayons cognoissance,

Ceux qui vivent sagement

Desirent fort longuement

Vous voir en convalescence.

De ma part, sachant combien

Merite d'honeur et bien

Vostre constance immobile,

Je pry ce divin Recteur

Qu'il vous soit distributeur

De l'age de la Sibylle.

A Monseigneur de Frelu General de Lyon.

Sachant combien ce Thresorier illustre

Du Bourg, cognoist vostre perfection

D'hommes rassis au rang avoir grand lustre,

Et cognoissant la grand dilection

De vos deux cueurs par ferme affection,

Ne doy je pas orner mon escriture

Des dons exquis par admiration

Qu'avez receus par graces de Nature?

Certes ouy, car si l'architecture

Des grands Palais Royaux est belle à voir,

De vostre Esprit (O noble Creature)

En plus grand pris fault la science avoir.

Royaux Palais peuvent fin recevoir,

Mais vostre Esprit est d'une vigueur telle,

Que de la Mort l'audacieux pouvoir

N'abolira vostre grace immortelle.

A Monseigneur Godefroy, Conseiller du Roy, au Chastellet de Paris.

Sonnet.

Si quelque fois la grand maturité

Des Loix & Droicts, ou vostre estat s'applique

Pour l'entretien d'une grand Republique,

Donne repos à vostre auctorité,

Je vous supply par la benignité

Qui tant vous rend humain et pacifique,

De voir un peu mon oeuvre Poetique,

C'est Zoroastre ou gist divinité.

En le lisant, s'il vous plaist en gré prendre

L'humilité, laquelle je doy rendre

A voz vertus, d'un cueur obeissant,

J'ay bon espoir que vous verrez autre oeuvre

Par cy apres, qui publie et descueuvre

Aux successeurs vostre nom florissant.

A Monseigneur Hector Maniquet, Secretaire de ma Dame la Duchesse de

sainct Paul.

Minerve un jour visitoit les fontaines

Que de ses piedz feit le cheval volant,

Ou les neuf Seurs, doctes, sainctes, haultaines,

Faisoient chapeaux de Laurier excellant.

Pallas leur dict, O Troupeau vigilant

Incessament à toute chose bonne,

Je vous supply que vostre main ordonne

A mon Hector le Chapeau de hault pris,

Cela fut faict, du Laurier la Couronne

Sur vostre front des lors son siege a pris.

A Monseigneur de Luce, Secretaire de Monseigneur le Prince de Ferrare.

Résusciter il faudroict Apelles

Pour paindre au vif vostre magnificence,

Ou l'excellant graveur Praxiteles

Pour à jamais graver vostre excellence

En Marbre fin, car la supresme Essence

Vous a donné telle perfection

(Trescher Seigneur) que la mettre en silence,

N'est au Scavoir porter dilection.

A Monseigneur Garnier Parisien, Receveur des Tailles.

Comme les grains sont gardez au Grenier

Pour des humains estre la nourriture,

En vous ainsi (noble Seigneur Garnier)

Sont conservez plusieurs dons de Nature.

Telle saveur portez à l'Escriture

En rejectant les thresors d'avarice,

Que ceux qui ont des lettres l'exercice,

Doibvent trop mieux graver qu'en Marbre fin

Les dons divins, qui sont en vous sans vice,

Et qui par Mort ne peuvent prendre fin.

A Monseigneur de Fontenay Secretaire du Roy de Navarre.

Bien sainctement nous a faict à scavoir

Celluy Caton qui l'Esprit endoctrine,

Qu'en nous de Mort une image on peut voir,

Si nostre Esprit demeure sans Doctrine.

Celluy qui seul aveugles illumine,

De hault Scavoir vous a tant exorné,

Que vous estiez du tout predestiné

A faict fruict d'escriture honorable

En la maison de ce Roy tant bien né

Des Navarroys, d'honeur incomparable.

A Monseigneur Lopin, Conseiller en la Court de Parlement.

Sonnet.

Comme au matin la rubiconde Aurore

Donne splendeur au Monde spacieux,

Comme au Printemps le Soleil gracieux,

De rayons d'Or cest univers decore,

La grand douceur qui les prudens honore

Vostre renom faict voler jusqu'aux Cieux,

Et au Senat vous rend plus precieux

Que l'Argent pur, ne que l'Or fin encore.

Tels Senateurs que vous, ou grace abonde,

Sont estimez une perle en ce Monde,

Loing d'avarice, et pres de charité,

Aussi celluy qui recompensera

Le bien et mal, vostre ame poulsera

Au sainct repos du lieu de Verité.

A Monseigneur Carles, Secretaire de Monseigneur le Prince de Condé.

Sonnet.

Celluy qui peut toutes choses donner,

Vous a pourveu d'une telle sagesse,

D'un tel esprit, d'une telle largesse,

De tant de dons qui me font m'estonner,

Que je ne puis par escrit ordonner

Si hault honeur, que meritez sans cesse,

Representant tout acte de Noblesse,

Qui faict par tout vostre nom résonner.

Si l'Orateur dont l'Arpine se vente

Vivoit encor, par sa bouche éloquente

Il ne pourroit réciter voz valeurs,

Parquoy bien plus on trouveroit estrange.

Si je pouvois paindre vostre louange

(Comme il convient) de bien vifves couleurs.

A Monseigneur, Francois Charpillet, Lyonnois.

Comme l'amoureuse Abeille

Du doux Miel qu'elle appareille

Nous donne un goust savoureux,

Et comme d'Atlas les Filles

En leurs beaux jardins fertiles

Recueillent l'Or plantureux,

Ainsi de vostre clemence

S'espand par tout la semence,

Et de vostre Esprit gentil,

Dont pour louer voz merites,

Il me faudroit des Carites

Avoir stile plus subtil.

Si est ce que les neuf Seurs

Qui ont tesmoignages seurs

De vostre tant noble zele,

Feront poetiques vers

Deubs à voz honeurs divers

Avec louange éternelle.

A monsieur M. Guillaume Oger, Procureur au Chastellet de Paris.

Doy je effacer de silence

De voz graces l'excellence,

O sage et prudent Oger,

Qui exerceant la pratique,

Loing de dol et fraude inique

Faictes les proces juger?

Vostre nature n'est telle

De chercher faulse cautelle,

Et toute déception,

Car selon jurisprudence

Vous monstrez vostre prudence

En vostre vocation.

Oultre vous aymez les Muses

Qui voz louanges diffuses,

Et ce qu'avez merité

Par mes vers annonceront,

Et vostre nom laisseront

Aux yeux de posterité.

Les Divins Oracles de Zoroastre, ancien Philosophe Grec, Interpretez en Rime Françoise, par François Habert de Berry; Avec un Commentaire moral sur ledit Zoroastre, en Poesie Françoise, et Latine. · 第 3 / 4 段