CHAPITRE XXI.

SOMMAIRE. —Symptômes de la syphilis, d’après Fracastor.

—Affaiblissement et transformation du virus, à partir de l’année

1526. —Traitement italien par le mercure. —Traitement français par

le bois de gaïac. —Arrêt du parlement de Paris contre le mal de

Naples, en 1497. —Premiers hôpitaux vénériens à Paris. —Ordonnances

du prévôt de Paris et mesures de police, sous Louis XII, François

1er et Henri II. —Invasion de la syphilis dans les provinces depuis

1494. —Les médecins refusent de soigner les malades. —Le _Triumphe

de très-haute et très-puissante dame Vérole_. —Ce livre rarissime,

attribué à Rabelais, sous le pseudonyme de Martin Dorchesino.

—Citation d’un passage du _Pantagruel_. —La _gorre_ de Rouen.

—Les syphilitiques admis à l’Hôtel-Dieu de Paris. —L’hôpital de

l’Ourcine. —Disparition des léproseries en France.

Quels étaient les symptômes, quel fut le traitement médical du mal

de Naples, dans les premiers temps de son apparition? Il ne faut pas

croire que ce mal horrible, qui passa d’abord pour incurable, ait eu,

à son début, le même caractère, le même aspect, qu’à l’époque de sa

décroissance et de sa période stationnaire. On pourrait dire, sans

craindre d’avancer un paradoxe, que la maladie, à quelques exceptions

près et hors de certaines circonstances excentriques, est redevenue

aujourd’hui ce qu’elle était avant le monstrueux accouplement de la

lèpre et du virus vénérien. Dès l’année 1540, selon le témoignage

de Guicchardin qui avait rapporté l’origine de l’épidémie à l’année

1494, le mal «s’était fort adouci et s’était changé lui-même en

plusieurs espèces différentes de la première.» Dans les commencements,

c’est-à-dire dans la période de temps qui suivit l’explosion subite et

presque universelle de ce mal inconnu que les médecins considéraient

comme une _pestilence_, les symptômes étaient bien dignes de l’effroi

qu’ils inspiraient, et l’on comprend que, dans tous les pays où la

maladie avait éclaté, des règlements de police, imités de ceux qu’on

avait jadis mis en vigueur contre la lèpre, retranchassent de la

société des vivants les malheureuses victimes de cette peste honteuse.

On supposait, d’ailleurs, que la contagion était plus immédiate, plus

prompte, plus inévitable que dans toute autre maladie contagieuse; on

ne savait pas non plus si la transmission du mal s’opérait seulement

par la conjonction charnelle; on s’imaginait que l’haleine, le regard

même d’un vérolé pouvait communiquer l’infection.

Tous les médecins qui ont observé la maladie entre les années 1494

et 1514, qu’on attribue à sa première période d’invasion et de

développement, semblent épouvantés de leurs propres observations;

ils s’accordent et se répètent à peu près dans la description des

symptômes syphilitiques, qui pouvaient ne pas se rencontrer également

chez tous les malades, mais qui formaient néanmoins la constitution

primitive du mal de Naples. Jérôme Fracastor a résumé admirablement

les traités de Léoniceno, de Torrella, de Cataneo et d’Almenar, ses

contemporains, dans son livre _De Morbis contagiosis_, où il décrit

les symptômes qu’il avait pu observer lui-même, lorsqu’il étudiait

la médecine et professait la philosophie à l’université de Vérone.

Fracastor résume en ces termes la peinture affreuse du mal de Naples

à son origine: «Les malades étaient tristes, las et abattus; ils

avaient le visage pâle. Il venait, chez la plupart, des chancres

aux parties honteuses: ces chancres étaient opiniâtres; quand on les

avait guéris dans un endroit, ils apparaissaient dans un autre, et

c’était toujours à recommencer. Il s’élevait ensuite, sur la peau,

des pustules avec croûte: elles commençaient, dans les uns, par

attaquer la tête, et c’était le plus ordinaire; dans les autres, elles

paraissaient ailleurs. D’abord elles étaient petites, ensuite elles

augmentaient peu à peu jusqu’à la grosseur d’une coque de gland, dont

elles avaient la figure; d’ailleurs, assez semblables aux croûtes de

lait des enfants; dans quelques-uns, ces pustules étaient petites et

sèches; dans d’autres, elles étaient grosses et humides; dans les uns,

livides; dans les autres, blanchâtres et un peu pâles; dans d’autres,

dures et rougeâtres. Elles s’ouvraient au bout de quelques jours et

rendaient continuellement une quantité incroyable d’une liqueur puante

et vilaine. Dès qu’elles étaient ouvertes, c’étaient de vrais ulcères

phagédéniques, qui consumaient non-seulement les chairs, mais même les

os. Ceux dont les parties supérieures étaient attaquées, avaient des

fluxions malignes, qui rongeaient tantôt le palais, tantôt la trachée

artère, tantôt le gosier, tantôt les amygdales. Quelques-uns perdaient

les lèvres; d’autres, le nez; d’autres, les yeux; d’autres, toutes

les parties honteuses. Il venait à un grand nombre, dans les membres,

des tumeurs gommeuses qui les défiguraient, et qui étaient souvent

de la grosseur d’un œuf ou d’un petit pain. Quand elles s’ouvraient,

il en sortait une liqueur blanche et mucilagineuse. Elles attaquaient

principalement les bras et les jambes; quelquefois, elles s’ulcéraient;

d’autres fois, elles devenaient calleuses jusqu’à la mort. Mais, comme

si cela n’eût pas suffi, il survenait encore, dans les membres, de

grandes douleurs; souvent, en même temps que les pustules; quelquefois,

plus tôt, et d’autres fois, plus tard. Ces douleurs, qui étaient

longues et insupportables, se faisaient sentir principalement dans la

nuit, et n’occupaient pas proprement les articulations, mais le corps

des membres et les nerfs. Quelques-uns néanmoins avaient des pustules

sans douleurs; d’autres, des douleurs sans pustules; la plupart avaient

des pustules et des douleurs. Cependant tous les membres étaient dans

un état de langueur; les malades étaient maigres et défaits, sans

appétit, ne dormaient point, étaient toujours tristes et de maussade

humeur, et voulaient toujours demeurer couchés. Le visage et les jambes

leur enflaient. Une petite fièvre se mettait quelquefois de la partie,

mais rarement. Quelques-uns souffraient des douleurs de tête, mais des

douleurs longues, et qui ne cédaient à aucun remède.» Nous regrettons

d’avoir employé la traduction lourde et incorrecte du bonhomme Jault,

qui, pour avoir été faite sous les yeux d’Astruc, donne une bien

faible idée du style ferme, élégant et poétique de Fracastor, mais

nous voulions laisser à un homme de l’art le soin de donner ici une

traduction médicale plutôt que littéraire.

Conçoit-on, après la lecture de cette description si caractéristique,

que le savant Fracastor ait nié, dans le même ouvrage, l’analogie

frappante qui existait entre la lèpre et le mal de Naples? Le dernier,

n’étant qu’une complication de la lèpre sous l’influence du virus

vénérien, devait avoir des rapports intimes avec la _peste inguinale_

du sixième siècle et le _mal des ardents_, du neuvième, qui ne furent

aussi que des transformations épidémiques de l’éléphantiasis. Mais le

mal de Naples, à partir de l’année 1514, eut aussi ses métamorphoses,

causées sans doute par ce que nous nommerons le croisement des races

de la maladie. Jean de Vigo cite le premier les squirres osseux qui

survenaient chez les malades, un an au moins après d’atroces douleurs

internes dans tous les membres. Ces squirres, qui tourmentaient

beaucoup le patient, surtout pendant la nuit, aboutissaient toujours

à la carie de l’épine dorsale. Pierre Manardi, qui traitait avec

habileté les maladies syphilitiques, vers le même temps que Jean de

Vigo (1514 à 1526), signale de nouveaux symptômes qui dénotent le virus

vénérien: «Le principal signe du mal français, dit-il au chapitre 4 de

son traité _De Morbo gallico_, consiste en des pustules qui viennent à

l’extrémité de la verge chez les hommes, à l’entrée de la vulve ou au

col de la matrice chez les femmes, et en une démangeaison aux parties

qui contiennent la semence. Le plus souvent ces pustules s’ulcèrent;

je dis _le plus souvent_, parce que j’ai vu des malades chez qui elles

s’étaient durcies comme des verrues, des clous et des poireaux.» Il

paraît que, durant cette seconde période, le mal de Naples, malgré

quelques variations symptomatiques, conserva toute son intensité. Mais,

de 1526 à 1540, il entra dans une période décroissante, quoique le mal

vénérien se dessinât davantage par la tumeur des glandes inguinales et

par la chute des cheveux. «Quelquefois le virus se jette sur les aines

et en tuméfie les glandes, dit un médecin français, Antoine Lecocq, qui

publia en 1540 son opuscule _De Ligno sancto_; si la tumeur suppure,

c’est souvent un bien. Cette maladie s’appelle _bubon_; d’autres la

nomment _poulain_, par un trait de raillerie contre ceux qui en sont

attaqués, d’autant qu’ils marchent en écartant les jambes comme s’ils

étaient à cheval.» Quant à la chute des cheveux et des poils, on doit

l’attribuer moins à la maladie qu’au traitement mercuriel qu’on lui

faisait subir. «Depuis environ six ans, disait Fracastor en 1546, la

maladie a encore changé considérablement. On ne voit maintenant des

pustules, que dans très-peu de malades, presque point de douleurs ou

des douleurs bien plus légères, mais beaucoup de tumeurs gommeuses.

Une chose qui a étonné tout le monde, c’est la chute des cheveux et

des autres poils du corps..... Il arrive encore pis à présent: les

dents branlent à plusieurs, et tombent même à quelques-uns.» C’était

là évidemment la conséquence de l’emploi du mercure dans la médication

italienne; mais, en France, où l’usage des remèdes végétaux et surtout

du bois de gaïac avait prévalu, les accidents de la maladie différaient

d’une manière essentielle, qui nous permet d’avancer que le mal de

Naples, en s’éloignant de sa source, était redevenu exclusivement

vénérien et s’était dégagé de la lèpre, ou du farcin, ou de toute

autre affection contagieuse avec laquelle il avait fait une alliance

adultère.

Nous ne suivrons pas plus loin les dégénérescences du mal de Naples;

nous avons voulu seulement faire comprendre que la lèpre persistait

toujours sous le masque de ce mal nouveau, et que les climats, les

tempéraments, les circonstances locales agissaient intimement sur

les causes et les effets de la maladie. Il était inutile de démontrer

autrement quelle terrible action devait avoir la débauche publique,

à cette époque, sur la santé de ceux qui s’y livraient. On ne niera

pas que le mal était d’une nature si communicative, que la contagion

pouvait exister, dans une foule de cas, sans que l’acte vénérien lui

servît de véhicule; on conçoit donc que si le fléau pénétrait, on ne

sait par quelle voie, dans l’intérieur des ménages honnêtes, il devait

être inévitablement attaché aux faits et gestes de la Prostitution. La

fréquentation des femmes de mauvaise vie ne fut jamais plus dangereuse

que dans les cinquante années qui suivirent la première apparition

du fléau, car on ne s’avisa que fort tard de soupçonner que ce fléau,

né d’un commerce impur quelconque, se transmettait plus rapidement et

plus sûrement par les rapports sexuels, que par tout autre contact ou

accointance. Les mœurs étaient plus régulières en France qu’en Italie,

et les débauchés, pour les besoins de qui on laissait ouverts les lieux

de Prostitution, vivaient absolument en dehors de la vie commune. Ce

fut parmi eux que le mal de Naples exerça d’abord ses fureurs et ses

ravages, sans que la médecine et la chirurgie daignassent s’occuper

d’eux et leur donner des soins, qu’on jugeait inutiles pour le

malade et honteux pour le praticien. Quelques écoliers mal famés, des

apothicaires, de vieilles entremetteuses, qui se faisaient largement

payer leurs consultations et leurs drogues, s’aventurèrent à traiter

les _pauvres vérolés_, comme on les appelait, et ils opérèrent quelques

guérisons à l’aide de recettes empiriques connues de temps immémorial

pour le traitement des maladies pustuleuses. Mais ce n’est qu’en 1527,

qu’un véritable médecin, Jacques de Bethencourt, osa se compromettre,

au point de publier des recherches et des conseils sur la syphilis dans

un petit livre intitulé _Nouveau Carême de pénitence ou purgatoire du

mal vénérien_ (_Nova penitentialis Quadragesima necnon purgatorium in

morbum gallicum seu venereum_). Avant Jacques de Bethencourt, un seul

médecin français, qui a gardé l’anonyme, s’était aventuré à joindre un

_remède contre la grosse vérole_ à sa paraphrase française du _Regimen

sanitatis_ d’Arnoul de Villeneuve, publié à Lyon en 1501. On aurait

pu penser, à voir combien l’art restait étranger au mal de Naples,

que ce mal formidable n’avait pas encore pénétré en France, tandis

qu’il s’y était partout répandu, malgré tous les efforts de l’autorité

religieuse, politique et municipale. Il faut faire observer cependant

que la maladie attaquait rarement les honnêtes gens, et qu’elle

se concentrait, pour ainsi dire, dans les classes réprouvées de la

société, parmi les femmes et les hommes de mauvaise vie, les vagabonds,

les mendiants, les truands et les infâmes hôtes des Cours des Miracles.

On trouve, dans les registres du parlement de Paris, à la date du

6 mars 1497, une ordonnance qui nous apprend que l’évêque de Paris

(c’était alors un prélat vénérable, nommé Jean Simon) avait pris

l’initiative des mesures de salubrité, que réclamait la propagation de

la _grosse vérole_. Cette maladie contagieuse, «qui, puis deux ans en

çà, a eu grant cours en ce royaume, dit l’ordonnance, tant de ceste

ville de Paris, que d’autres lieux,» faisait craindre aux hommes de

l’art, qu’elle ne se multipliât encore à la faveur du printemps. En

conséquence, l’évêque avait convoqué, à l’évêché, les _officiers du

roi en Châtelet_, pour leur soumettre ses appréhensions à cet égard;

il fut décidé qu’on en référerait au parlement, et la Cour, s’étant

réunie pour délibérer, commit un de ses conseillers Martin de Bellefaye

et son greffier, pour seconder les vues charitables de l’évêque,

et pour s’entendre à ce sujet avec le prévôt de Paris. Le parlement

rendit une ordonnance qui fut publiée dans les rues et carrefours, et

qui renfermait la police concernant la maladie nouvelle. Cette police

avait été discutée, en présence de l’évêque de Paris, par plusieurs

_grands et notables personnages de tous estatz_. Les étrangers, tant

hommes que femmes, malades de la grosse vérole, devaient sortir de

la ville, vingt-quatre heures après la publication de l’ordonnance,

sous peine de la hart; qu’ils retournassent, soit dans leur pays

natal, soit dans l’endroit où ils faisaient leur résidence quand la

maladie les avait attaqués. Pour faciliter leur prompt départ, on

délivrerait à chacun d’eux, lorsqu’ils sortiraient par les portes

Saint-Denis ou Saint-Jacques, la somme de 4 sols parisis, en prenant

leur nom par écrit et en leur faisant défense de rentrer dans la ville,

avant leur guérison. Quant aux malades qui résidaient et demeuraient

à Paris lorsqu’ils avaient été atteints de la maladie, injonction

leur était faite de se retirer dans leurs maisons, «sans plus aller

par la ville, de jour et de nuit,» sous peine de la hart. Si ces

malades, relégués dans leur domicile, étaient pauvres et indigents,

ils pouvaient se recommander aux curés et marguilliers de leurs

paroisses, qui les pourvoiraient de vivres. Au contraire, les malades,

qui n’auraient pas d’asile, étaient sommés de se retirer au faubourg

de Saint-Germain-des-Prés, où une maison avait été louée et disposée

pour leur servir d’hôpital. D’autres _demourances_ seraient préparées

ailleurs pour les pauvres femmes malades, qui étaient moins nombreuses

que les hommes, mais qui par honte cachaient sans doute aussi longtemps

que possible leur état de santé. On prévoyait déjà que l’hospice

provisoire de Saint-Germain-des-Prés ne suffirait pas, à cause de

l’augmentation du nombre des malades, et l’on promettait d’y adjoindre

des granges et autres lieux voisins de cet hospice, afin de recevoir

tous les pauvres qui se présenteraient pour se faire panser. Les

dépenses de ces nouvelles maladreries étaient à la charge de la ville,

dans laquelle on ferait des quêtes et où l’on établirait au besoin un

impôt spécial. Deux agents comptables devaient être placés, l’un à la

porte Saint-Jacques, l’autre à la porte Saint-Denis, pour délivrer les

4 sols parisis et pour inscrire les noms de ceux qui toucheraient cette

indemnité, en sortant de la ville; des surveillants seraient placés

à toutes les portes de Paris, pour que les malades n’y rentrassent

pas _apertement_ ou _secrètement_. L’article le plus important de

l’ordonnance est le huitième, ainsi conçu: «Item, sera ordonné par

le prévost de Paris, aux examinateurs et sergents, que, ès quartiers

dont ils ont la charge, ils ne souffrent et permettent aucuns d’iceulx

malades aller, converser ou communiquer parmi la ville. Et où ils en

trouveront aucuns, ils les mettent hors d’icelle ville, ou les envoient

et mènent en prison, pour estre pugnis corporellement, selon ladite

ordonnance.»

Cet article prouve que la grosse vérole était regardée comme une

sorte de peste, et que, dès cette époque, on avait organisé dans

Paris un service de santé avec des _examinateurs_ et des _sergents_,

attachés à chaque quartier de la ville, et chargés de faire observer

rigoureusement les règlements sanitaires. Cependant, on ne croyait

pas à l’infection de l’air durant le règne de la maladie, puisque les

malades sont autorisés à rester dans la ville, pourvu qu’ils soient

enfermés chez eux. Il est probable que les maisons où logeaient des

malades étaient signalées à l’attention publique par quelque signe

extérieur, tel qu’une botte de paille suspendue à une des fenêtres,

ou bien une croix de bois noir clouée à la porte. Une désignation

de ce genre fut du moins exigée de ceux qui habiteraient des maisons

_infectées de peste_, par une ordonnance du prévôt de Paris, en date

du 16 novembre 1510. Quoique cette ordonnance et celles d’une date

postérieure, relatives aux épidémies, ne prescrivent aucune mesure

de prudence à l’égard des lieux de débauche, il est certain qu’on

les faisait évacuer et qu’on en scellait la porte jusqu’à ce que la

santé publique fût améliorée. Il en était de même des étuves, qu’on

fermait pendant toute la durée de la contagion. Dans le cours du

printemps de 1497, le nombre des malades de la grosse vérole s’accrut

considérablement, selon les prévisions du bon évêque. «Le vendredi

5 mai, la Cour de parlement prélevoit une somme de 60 livres parisis

(environ 300 fr. de notre monnaie) sur le fonds des amendes, et faisoit

remettre cette somme à sire Nicolas Potier et autres, commis touchant

le faict des malades de Naples, pour icelle somme estre employée ès

affaires et necessitez desdits malades.» Les registres du parlement,

où nous trouvons ce fait consigné, mentionnent aussi, à la date du 27

mai de la même année, des _remontrances_ que l’évêque de Paris adressa

derechef à Messieurs, pour leur demander une _aumône en pitié_, attendu

que, si, des malades reçus dans l’hospice du faubourg Saint-Germain,

«y en avoit de garis en bien grant nombre,» les autres souffraient de

cruelles privations, car «l’argent estoit failly et y faisoit l’on de

petites aumosnes pour le présent.» Le greffier de la Cour offrit de

consacrer à ces _œuvres pitéables_ quinze ou seize écus (environ 200

fr.), qui étaient déposés au greffe au moins depuis dix ans, et qu’on

n’avait jamais réclamés. La Cour ordonna de remettre cette somme à

l’évêque. Ce document prouve que la charité publique commençait à se

lasser, probablement parce que la cause ordinaire de la maladie n’était

pas faite pour édifier les bonnes âmes. Quant aux malades guéris, il

est à présumer que ce n’étaient point de véritables vénériens, et que

bien des mendiants s’étaient fait passer pour malades sans l’être, afin

de participer au bénéfice des 4 sols parisis.

En effet, les espérances qu’on aurait pu concevoir d’après la lettre

de l’évêque au parlement, ne se réalisèrent pas, et les nombreuses

guérisons que cette lettre annonçait amenèrent un surcroît de malades.

La population saine de Paris s’effraya et demanda hautement l’expulsion

de ces étranges pestiférés, qui faisaient horreur à voir. Le prévôt

de Paris se rendit à ces réclamations unanimes, et il fit crier à son

de trompe l’ordonnance suivante (regist. bleu du Châtelet, fol. 3):

«Combien que par cy devant ait été publié, crié et ordonné à son de

trompe et cry public, par les carrefours de Paris, à ce qu’aucun n’en

peut prétendre cause d’ignorance: que tous les malades de la grosse

vérole vuidassent incontinent hors la ville et s’en allassent, les

étrangers ès lieux dont ils sont natifs, et les autres vuidassent

hors la ville, sur peine de la hart: néanmoins, lesdits malades, en

contemnant lesdits crys, sont retournez de toutes parts et conversent

parmi la ville avec les personnes saines, qui est chose dangereuse

pour le peuple et la seigneurie qui à présent est à Paris. L’on défend

derechef, de par le roy et monsieur le prévost de Paris, à tous lesdits

malades de ladite maladie, tant hommes que femmes, que incontinent

après ce présent cry, ils vuident et se départent de ladite ville et

forsbourgs de Paris, et s’en voisent (s’en aillent), savoir lesdits

forains faire leur résidence ès pays et lieux dont ils sont natifs,

et les autres hors ladite ville et forsbourgs, sur peine d’estre

jectez en la rivière, s’ils y sont prins, le jourd’hui passé. Enjoint

l’on à tous commissaires, quarteniers et sergents, prendre ou faire

prendre ceulx qui seront trouvez, pour en faire exécution. Fait le

lundy 25e jour de juin l’an 1498.» Cette ordonnance, qui n’admettait

ni excuse, ni délai, ni exception, avait été motivée par la présence

à Paris de toute la noblesse (_seigneurie_), qui venait offrir ses

hommages au nouveau roi Louis XII, et qui s’effrayait de la rencontre

des malades, que l’on avait bien de la peine à retenir dans leurs

maisons; car leur mal, si horrible qu’il fût, ne les empêchait pas

de se donner du mouvement et de l’air. On avait fermé les yeux sur

les infractions aux lois de police, quand ces malades étaient des

bourgeois aisés et bien apparentés, mais leur aspect avait de quoi

faire détester la ville à quiconque les voyait apparaître comme des

pourritures vivantes: «Ce n’étoient qu’ulcères sur eux, dit Sauval en

s’appropriant les expressions de Fernel, et qu’on auroit pris pour du

gland, à en juger par la grosseur et par la couleur, d’où sortoit une

boue vilaine et infecte qui faisoit bondir le cœur; ils avoient le

visage haut, d’un noir verdâtre, d’ailleurs si couvert de plaies, de

cicatrices et de pustules, qu’il ne se peut rien voir de plus hideux.»

(_Antiq. de Paris_, t. III, p. 27.) Le savant Fernel, qui vivait à la

fin du seizième siècle, ajoute que cette première maladie vénérienne

ressemblait si peu à celle de son temps, qu’on a peine à croire que

ce fût la même. «Icelle maladie, disait en 1539 l’auteur pseudonyme

du _Triumphe de très-haulte et très-puissante dame Vérole_, a remis

beaucoup de sa férocité et aigreur première, et n’en sont les peuples

si travaillez, qu’ils souloient.»

L’arrêt du parlement du 6 mars 1497 (sa date est de l’année 1496,

suivant le calendrier pascal) ne permet pas de douter que le mal de

Naples ait régné dans tout le royaume depuis l’année 1494, mais on

n’a pas encore recherché l’époque de l’invasion dans chaque province

et dans chaque ville. Les archives municipales et consulaires

fourniraient des documents précis à cet égard. Astruc, dans son grand

traité monographique, a cité seulement deux faits qui constatent

l’introduction du mal de Naples à Romans en Dauphiné et au Puy en

Velay, dans l’année 1496: «La maladie de _las bubas_, disent les

registres de l’université de Manosque, a été apportée cette année

par certains soldats de Romans en Dauphiné, qui étoient au service du

roy et de l’illustrissime duc d’Orléans, dans la ville, leur patrie,

qui étoit encore saine et qui ne connoissoit point cette sorte de

maladie, laquelle ne régnoit point encore dans la Provence.» Dans

une chronique inédite de la ville du Puy en Velay, l’auteur, Estève

de Mèges, bourgeois de cette ville, rapporte que la grosse vérole a

paru pour la première fois, au Puy, dans le cours de l’année 1496.

L’extrait des registres de Manosque est très-précieux en ce qu’il sert

à prouver que l’armée de Charles VIII, au retour de l’expédition de

Naples, était infectée de la nouvelle maladie, et, en effet, cette

maladie s’est manifestée, en l’année 1495, sur toute la route que

parcouraient les débris de cette armée, qui rentrait en France, par

bandes désorganisées, après la bataille de Fornoue. Les soldats qui

apportèrent le mal de Naples à Romans avaient fait partie sans doute

de l’arrière-garde, qui s’enferma dans Novare avec le duc d’Orléans,

et qui y soutint un siége mémorable pendant plusieurs mois. Depuis

l’époque où Astruc recueillait les matériaux de son encyclopédie

des maladies vénériennes, une étude plus consciencieuse des archives

municipales, sur tous les points de la France, a permis de constater

que le mal de Naples s’était étendu de ville en ville et jusqu’au fond

des plus petits hameaux dès l’année 1494, ce qui s’accorde avec l’arrêt

du parlement de Paris, où il est dit, à la date du 6 mars 1497, que

«la grosse vérole a eu grant cours en ce royaume, puis deux ans en çà

(c’est-à-dire en 1495 et 1496).» Dans les grandes villes seulement,

à l’exemple de Paris, on usa de rigueur contre les malades, on les

chassa en les menaçant du fouet ou de la potence; mais, ailleurs, on se

contenta de les éviter et de les fuir, on les laissa mourir en paix.

Nous ne croyons pas, comme l’assure plus d’un contemporain, que la

vingtième partie de la population fut enlevée par l’épidémie, en France

et en Europe; mais, comme l’écrivait Antoine Coccius Sabellicus en

1502: «Peu des gens en moururent, eu égard au grand nombre des malades,

mais beaucoup moins de malades s’en guérirent.» Ulric de Hutten, qui

s’était cru guéri et qui succomba aux progrès latents du mal à l’âge

de trente-six ans, disait lui-même que, sur cent malades, à peine en

guérissait-on un seul, et encore retombait-il le plus souvent dans un

état pire que le premier. (_De Morbi gall. curatione_, cap. 4.) Car la

vie était plus affreuse que la mort, pour ces malheureux, qui n’avaient

pas droit de vivre dans la société de leurs semblables, et qui ne

trouvaient ni remède physique ni soulagement moral à leurs atroces

souffrances.

Dans les premiers temps de l’apparition du mal de Naples, on peut dire

qu’il ne fut traité nulle part selon les règles de l’art; les médecins

s’abstenaient presque partout, en déclarant, à l’instar de Barthélemi

Montagnana, professeur de médecine à la Faculté de Padoue, que ce mal

était inconnu à Hippocrate, à Galien, à Avicenne et autres anciens

médecins; ils avaient, d’ailleurs, un préjugé d’aversion insurmontable

contre la lèpre, à laquelle survivait la syphilis. En outre, ce mal

honteux semblait se concentrer dans la classe abjecte, qui couvait

tant de vilaines infirmités dans son sein, et il n’y aurait eu que peu

d’avantages à retirer du traitement de ces infirmités, nées du vice, de

la misère et de la crapule. «Dans la cure des maladies, disaient-ils en

se drapant dans leur majesté doctorale, la première indication devant

être prise de l’essence même de la maladie, on ne pouvait tirer aucun

indice d’un mal qui était absolument inconnu.» Les médecins français

se montrèrent plus indifférents ou plus ignorants encore que ceux

d’Allemagne et d’Italie: ils abandonnèrent entièrement aux charlatans

de toute espèce la _curation_ de ce mal qui leur semblait un problème

insoluble. Ce fut cette désertion générale des hommes de l’art, qui

fit intervenir une foule d’intrus dans le traitement vénérien; après

les barbiers et les apothicaires, on vit les étuvistes, les baigneurs,

les cordonniers et les savetiers se changer en opérateurs. De là,

tant de drogues diverses, tant de méthodes différentes, tant d’essais

infructueux, tant de procédés ridicules, avant qu’on osât employer le

mercure ou vif-argent, avant qu’on eût connaissance des vertus du bois

de gaïac. La saignée, les lavements, les emplâtres, les purgatifs,

les tisanes jouaient leur rôle plus ou moins neutre, comme dans la

plupart des maladies; mais les frictions, les bains et les sudorifiques

réussissaient mieux, du moins en apparence. «Le meilleur moyen que j’ai

trouvé de guérir les douleurs et même les pustules, écrivait Gaspard

Torrella, qui avait expérimenté en France cette médication anodine,

c’est de faire suer le malade dans un four chaud ou du moins dans une

étuve, pendant quinze jours de suite, à jeun.» On faisait aussi, en

France, un prodigieux usage de la panacée qu’on prétendait tirer de la

vipère: vin où on avait laissé mourir et infuser des vipères; bouillon

de vipères; chair de vipère, bouillie ou rôtie; décoction de vipères,

etc. Ce furent les chirurgiens qui se servirent du mercure pour obtenir

un traitement énergique contre un mal qu’on voyait résister à tout.

Le succès répondit à leur hardiesse, mais l’ignorance ou l’imprudence

des opérateurs, qui usèrent du mercure à forte dose, occasionna des

accidents terribles, et plusieurs malades, qui ne fussent pas morts de

la maladie, moururent du remède. Gaspard Torrella attribue aux effets

du mercure la mort du cardinal de Segorbe et d’Alphonse Borgia.

On chercha donc un remède moins dangereux et plus certain; on

crut l’avoir trouvé, quand le hasard fit découvrir en Amérique les

propriétés antisyphilitiques du bois de gaïac. Ulric de Hutten, qui

avait éprouvé un des premiers la puissance de ce remède, raconte

qu’un gentilhomme espagnol, trésorier d’une province de l’île de

Saint-Domingue, étant fort malade du mal français, apprit d’un

indigène le remède qu’il fallait employer contre ce mal, et apporta

en Europe la recette qui lui avait rendu la santé. Ulric de Hutten

place en 1515 ou 1517 l’importation du gaïac en Europe. Ce fait est

rapporté différemment, d’après les traditions locales, dans les notes

des curieux Voyages de Jérôme Benzoni (édit. de Francfort, 1594): «Un

Espagnol, qui avoit pris la vérole avec une concubine indienne et qui

souffroit de cruelles douleurs, ayant bu de l’eau de gaïac que lui

donna un serviteur indien qui faisoit le médecin, fut non-seulement

délivré de ses douleurs, mais encore parfaitement guéri.» Depuis

cette époque (1515 à 1517), on publia, par toute l’Europe, que le

mal de Naples pouvait enfin se guérir avec une drogue que fournissait

l’Amérique, et dès lors le peuple, qui fait d’étranges confusions dans

ses chroniques orales, se persuada que le remède et le mal devaient

être originaires du même pays. Les noms de _mal de Naples_ et de _mal

français_ ne pouvaient survivre longtemps à cette préoccupation qui

mettait le berceau du mal auprès de l’arbre qui le guérissait; les

noms de _grosse vérole_ et de _vérole_, par excellence, prévalurent,

pour restituer à l’Amérique ce qu’on pensait lui appartenir. Les

premières cures dues à l’usage du bois de gaïac furent merveilleuses.

Nicolas Poll, médecin de Charles-Quint, affirme que trois mille

malades désespérés furent guéris presque à la fois, sous ses yeux,

grâce à la décoction de gaïac, et que leur guérison ressemblait à une

résurrection. Le grand Érasme, qui avait été attaqué d’une syphilis

terrible avec douleurs frénétiques, exostoses, ulcères et carie des os,

après avoir essayé onze fois le traitement mercuriel, fut radicalement

guéri par le bois de gaïac, au bout de trente jours. Ce bois de

gaïac fut donc reçu comme un bienfait du ciel, mais on ne tarda pas

à s’apercevoir que ce bienfait avait aussi de graves inconvénients:

aux accidents vénériens succédait souvent une consomption mortelle.

Néanmoins, le bois de gaïac conserva de nombreux partisans jusqu’à ce

qu’il fût détrôné par un autre bois provenant aussi de l’Amérique, et

nommé par les naturels du pays _hoaxacan_, que les Européens appelèrent

_bois saint_ (_sanctum lignum_). Le dernier remède eut plus de vogue

en France que partout ailleurs; et, pendant une partie du seizième

siècle, on fit une immense consommation de ce bois aromatique, qui

justifia fréquemment son bienheureux nom par des cures extraordinaires.

On faisait infuser pendant vingt-quatre heures une livre de saint-bois

coupé en morceaux ou râpé; la décoction se prenait à jeun, quinze

ou trente jours de suite, et procurait des sueurs abondantes qui

diminuaient l’âcreté du mal et l’entraînaient quelquefois avec elles.

Les médecins français ont écrit plusieurs traités sur l’efficacité

du gaïac et du bois-saint; ils en parlent avec une sorte de respect

et de pieuse admiration, mais ils ne font d’ailleurs que répéter

les éloges qu’Ulric de Hutten, en Allemagne, et François Delgado, en

Italie, avaient accordés les premiers à ce merveilleux spécifique,

en reconnaissance de leur guérison. «O saint bois! disait dans ses

oraisons un patient qui se trouvait soulagé, sinon guéri, par les

heureux effets de ce médicament, ô saint bois, n’es-tu pas au propre le

bois bénit de la croix du bon larron!»

La guérison obtenue par le saint-bois ou par le gaïac n’était pourtant

pas si radicale, que les traces de la maladie disparussent tout à

fait: on reconnaissait à des signes trop certains les infortunés qui

avaient échappé à l’action aiguë du mal, sans pouvoir se soustraire

à son travail incessant et mystérieux. Voici le sombre tableau que

fait de ces prétendus convalescents l’auteur anonyme du _Triumphe de

la très-haute et très-puissante dame Vérole_: «Les uns boutonnants,

les autres refonduz et engraissez, les autres pleins de fistules

lachrimantes, les autres tout courbez de gouttes nouées.» Le même

auteur, qui s’efforçait d’enseigner la continence et la sagesse à ses

lecteurs en leur offrant «l’exemple des malheureux qui tombent par

leur luxure dissolue aux accidents dessusdits,» leur représente ainsi

les préliminaires non moins effrayants du mal de Naples: «Les aultres

estant encore aux faulxbourgs de la vérole, bien chargez de chancres,

pourreaux, filets, chauldespisses, bosses chancreuses, carnositez

superflues et aultres menues drogues, que l’on acquiert et amasse au

service de dame Paillardise.» Longtemps avant que ce singulier ouvrage

eût été publié à Lyon (1539) sous le pseudonyme de Martin Dorchesino,

la poésie française s’était emparée de ce lamentable sujet, que Jérôme

Fracastor devait célébrer dans son beau poëme virgilien et vénérien,

qui porte le nom de la maladie elle-même (_Syphilis sive morbus

gallicus_). Jean Droyn, d’Amiens, bachelier ès lois, poëte connu par

deux poëmes moraux et chrétiens, _la Nef des fols du monde_ et _la

Vie des Trois Maries_, composa une ballade en l’honneur de la grosse

vérole, et cette ballade, après avoir fait le tour de la France avec

la maladie nouvelle, fut imprimée à Lyon, en 1512, à la fin des poésies

morales de frère Guillaume Alexis, moine de Lyre et prieur de Bussy. La

ballade de maître Jean Droyn est fort curieuse en ce qu’elle accuse la

Prostitution d’avoir répandu en France le mal de Naples, que le poëte

met sur la conscience des Lombards. D’où l’on peut conclure que les

guerres de Louis XII en Italie avaient été encore plus funestes à la

santé de ses sujets, que la première expédition de Charles VIII. Nous

croyons que la citation de cette pièce de vers ne sera pas déplacée

ici, comme un monument de la joyeuse philosophie de nos ancêtres en

matière de peste et de plaisir.

Plaisants mignons, gorriers, esperrucats,

Pensez à vous, amendez votre cas,

Craignez les troux, car ils sont dangereux,

Gentilshommes, bourgeois et advocats,

Qui despendez ecus, salus, ducas,

Faisant bancquetz, esbattement et jeux,

Ayez resgard que c’est d’estre amoureux,

Et le mettez en vostre protocole,

Car, pour hanter souvent en obscurs lieux,

S’est engendrée ceste grosse vérole.

Menez amours sagement, par compas:

Quand ce viendra à prendre le repas,

Veüe ayez nette devant les yeux,

Fuyez soussi et demenez soulas,

Et de gaudir jamais ne soyez las,

En acquerant hault renom vertueux.

Gardez vous bien de hanter gens rongneux,

Ne gens despitz, qui sont de haulte colle;

Car, pour bouter sa lance en aulcun creux,

S’est engendrée ceste grosse vérole.

Hantez mignones qui portent grans estas,

Mais gardez-vous de monter sur le tas

Sans chandelle; ne soyez point honteux,

Fouillez, jettez, regardez hault et bas,

Et, en après, prenez tous vos esbats;

Faites ainsi que gens aventureux,

Comme dient un grant tas de baveux,

Soyez lettrez sans aller à l’eschole,

Car, par Lombards soubtils et cauteleux,

S’est engendrée ceste grosse vérole.

Histoire de la prostitution chez tous les peuples du monde depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à nos jours, tome 5/6 · 第 8 / 38 题